Tes ALAT sont à 32. Le laboratoire écrit « normal ». Moi je m’inquiète à partir de 25.
Cet écart de sept points contient toutes les années où l’on peut encore faire quelque chose. Et le nutriment qui compte le plus dans cette histoire, la choline, n’apparaît sur aucun bilan de routine. Un nutriment absent du bilan reste un angle mort : personne ne le dose, donc personne n’en parle, donc personne ne corrige.
Voici le carrousel, planche par planche, avec ce que je dis autour de chacune.
Le malentendu
1. La couverture
Le titre s’écrit « anti-foie gras » et non « du foie gras », parce qu’en français « foie gras » désigne d’abord un mets. Le préfixe lève l’ambiguïté et transforme un constat en promesse.
2. Zéro alcool, et pourtant
On croit tous que le foie gras est une histoire de bouteilles. Sauf que tes bactéries intestinales fabriquent de l’alcool toutes seules, en fermentant le sucre et l’amidon que tu manges tous les jours. Chez les patients au foie gras, on a mesuré un taux d’alcool sanguin plus élevé que chez les autres, sans une goutte bue.
Ton intestin brasse, ton foie encaisse.
3. ALAT, le chiffre à suivre
Une enzyme est un outil que ta cellule garde enfermé chez elle. Celle-là s’appelle ALAT et travaille dans tes cellules de foie. Si le laboratoire la retrouve dans ton sang, c’est qu’elle s’est échappée.
Deux précisions de vocabulaire qui comptent. On écrit ALAT, parfois TGP sur les feuilles françaises, jamais ALT qui est la notation anglo-saxonne : personne ne trouvera « ALT » sur une prise de sang française. Et la cible que je retiens est sous 25 UI/L, pas la norme du laboratoire.
D’où vient le gras
4. Ton foie fabrique du gras
Pendant que tu dors, pendant que tu manges, ton foie fabrique du gras puis le charge dans ses transporteurs. Cinquante-neuf pour cent de ce gras vient de tes réserves, vingt-six pour cent vient du sucre, quinze pour cent seulement vient de ton assiette.
Ton assiette pèse donc un septième de ta production de gras. C’est contre-intuitif, et c’est ce qui explique pourquoi les régimes pauvres en graisses déçoivent tant sur ce sujet.
5. Sans choline, le camion reste au garage
Le gras voyage emballé dans une particule appelée VLDL, dont l’enveloppe est faite de phosphatidylcholine. Pour la fabriquer, ton foie a besoin de choline. Sans elle, la particule reste inachevée, les triglycérides restent enfermés dans la cellule hépatique, et ils s’y accumulent jour après jour.
C’est ça, un foie gras. L’objectif n’est pas de fabriquer moins, c’est que le gras sorte. Un foie qui exporte reste léger, un foie qui stocke s’abîme.
6. Le gras, pas le cholestérol
Ce qui s’entasse dans ton foie, ce sont des triglycérides : un glycérol pour trois acides gras, une réserve d’énergie. Le cholestérol est autre chose, un matériau de construction pour tes membranes, tes hormones et tes sels biliaires. Ton corps fabrique les deux, à partir du sucre comme des graisses.
Deux molécules, deux lignes sur ta feuille, deux sujets. On les confond tout le temps.
Le nutriment absent
7. La choline, tu en manques
Ton foie sait en fabriquer un peu tout seul par une voie de secours, jamais assez pour couvrir la demande d’une journée. Après la ménopause, il en fabrique encore moins, parce que la voie de synthèse dépend des œstrogènes.
Ta réserve tient trois à six semaines. Ça se joue donc chaque semaine, plutôt qu’en cure de temps en temps.
8. Un dosage qui manque
La choline reste absente de tous les bilans de routine. Personne ne la dose, personne ne pense à adapter l’alimentation pour en apporter, encore moins à la supplémenter quand la demande grimpe.
Sans dosage, la carence reste invisible. Invisible, donc absente des conversations. On pilote donc autrement, avec les ALAT, le seul chiffre que tu as déjà sous les yeux.
Ce que tu peux observer
9. Le foie souffre en silence
Le foie est un organe indolore : il possède très peu de nerfs sensitifs et ne prévient que lorsqu’il gonfle, ce qui est déjà tard. Alors la plupart des gens passent à côté des signaux qu’il envoie ailleurs, et ces signaux arrivent des années avant le diagnostic.
Un foie chargé ne fait aucun mal. Il parle par le reste du corps.
10. Ton foie parle avec ton corps
L’haleine chargée au réveil, avant même le café. La langue pâteuse avec un enduit blanc au fond. Les cernes qui restent malgré huit heures de sommeil. Le teint terne, qui tire vers le gris ou le jaune. Les repas gras qui pèsent, la digestion qui traîne le soir. Le réveil difficile alors que la nuit a été correcte.
Aucun de ces signes ne suffit à lui seul. Leur accumulation compte, et leur installation dans le temps encore plus. Un point de vigilance médicale : des yeux ou une peau franchement jaunes, c’est une consultation, pas une observation.
11. Toi aussi tu ressembles à une madeleine ?
La bouée qui fait tout le tour, juste au-dessus de la ceinture. Le pantalon qui marque alors que la balance affiche pareil. La gêne sous la dernière côte à droite quand tu respires à fond. Le ventre dur au réveil, qui gonfle encore après le repas. Et cette ceinture que tu desserres discrètement chaque soir.
Pose ta main sous la côte droite et respire à fond. Une gêne à cet endroit se note. Ce ventre-là parle du foie, plus que de la balance.
12. Le signe que tu peux mesurer ce soir
Un mètre de couturière autour du nombril. Au-dessus de 94 cm chez l’homme, au-dessus de 80 cm chez la femme. C’est le gras qui entoure les organes, celui qui compte pour ton foie, et c’est particulièrement significatif si le ventre est arrivé récemment.
C’est cette planche qui a donné son nom à ce que j’appelle la bouée hépatique, expression que je reprends dans l’épisode sur le prédiabète.
13. Sur ta prochaine prise de sang
L’homocystéine est un déchet utile de ton métabolisme, à l’échelle de la cellule. Elle circule en permanence et ton corps la recycle en continu. Quand elle monte trop haut, tout un ensemble de processus biologiques tourne au ralenti, et la fabrication de l’enveloppe du gras en fait partie.
C’est un bon témoin de ce qui se passe dans tes cellules, silencieux lui aussi. Cible : 7 µmol/L au maximum. Demande à ton médecin de la doser, elle est rarement cochée d’office. L’article sur les folates et la méthylation explique le cycle en détail.
Atlas de sémiologie · 6 planches
Ce qui se voit quand la choline manque
Des signaux du terrain, à lire dans le tableau clinique entier, jamais comme le symptôme d’une maladie.

1 / 6 Le lobule du foie, et 3 cellules agrandies
- Hépatocytes chargés de gouttes de graisse : la stéatose
- VLDL qui quittent la cellule la phosphatidylcholine y emballe les triglycérides pour les sortir du foie
Premier signal au bilan : des ALAT qui montent, sans cause virale ni alcool.

2 / 6 Le cerveau en coupe sagittale
- Hippocampe moins d’acétylcholine : la mémoire de travail et à court terme flanche
Et au quotidien : un brouillard mental, une fatigue cognitive, une tête vide après les repas.

3 / 6 Le neurone et sa gaine de myéline
- Gaine de myéline faite de sphingomyéline, tirée de la phosphatidylcholine
- Gaine appauvrie la conduction nerveuse ralentit
Ce qui se voit : un ralentissement psychomoteur, une fatigue cognitive.

4 / 6 La jonction entre le nerf et le muscle
- Terminaisons du nerf moteur l’acétylcholine y déclenche la contraction
- Vésicules d’acétylcholine elle se fabrique à partir de la choline
- Fibre musculaire fatigue et faiblesse à l’effort, crampes nocturnes

5 / 6 La peau en coupe
- Surface de la peau sèche, qui pèle
- Plaque rugueuse la tendance eczémateuse
En toile de fond : des membranes appauvries en phospholipides.

6 / 6 2 mèches de cheveux, et leur fibre agrandie
- Cheveux sains le repère
- Cheveux ternes, fragilisés les phospholipides de structure manquent
Les signes relevés dans le Précis des micronutriments, au complet : certains dépassent le sujet de cet article. Voir l’atlas en grand.
L’assiette
14. L’œuf entier, le pilier
Cent cinquante à cent soixante-dix milligrammes de choline dans un seul œuf. Je vais jusqu’à deux ou trois par jour selon le contexte. Entier : le mot compte, parce que tout est dans le jaune.
Cuits mollets, le jaune coulant, et si possible label Bleu-Blanc-Cœur.
15. Les aliments les plus riches
Le foie, une à deux fois par semaine. Les œufs, tous les jours. Le jaune concentre tout : environ quatre fois plus que l’œuf entier rapporté au poids.
16. La choline travaille toujours en équipe
Les folates dans l’épinard, le kale, la blette, le cresson, les lentilles et les pois chiches. La B12 dans le foie de veau tous les quinze jours, les sardines, les moules, les œufs. Le magnésium dans le cacao cru, les graines de courge, les amandes, le sarrasin. La B6 dans le foie, le saumon sauvage, les graines de tournesol, la banane mûre, l’avocat. Le zinc dans les huîtres, la viande rouge, les crustacés. Et la bétaïne, qui épargne la choline, dans la betterave, le germe de blé et les œufs.
Ces familles travaillent ensemble. Une seule qui manque, et tout le circuit ralentit. Des aliments, plutôt que des gélules.
17. Ce qui épuise tes réserves
Le verre du soir, tous les soirs, même sans jamais être ivre : l’alcool vide la choline du foie. La grossesse et l’allaitement, qui puisent dans la réserve maternelle. Le végétalisme strict quand les légumineuses manquent, et qui oublie la B12 au passage.
Trois situations, un même résultat.
Ce qui fait sortir le gras
18. Bouger
Trois séances par semaine pendant 8 à 12 semaines, en mélangeant endurance et renforcement musculaire. Résultat mesuré : les ALAT baissent, les triglycérides baissent, la sensibilité à l’insuline remonte. Marche, vélo, natation, poids, le mélange bat la monotonie.
Et surtout, casser le temps assis. Trois fois par semaine suffit, la régularité fait le reste.
19. Ton foie travaille pendant que tu dors
Trente et une études, plus de 800 000 personnes : celles qui dorment le plus ont environ 20 % de risque en moins de développer un foie gras. Soyons honnêtes sur ce que cela vaut : ces études observent, elles ne prouvent aucune cause, et aucun seuil d’heures n’a jamais été démontré.
Ce qu’on sait, en revanche, c’est que ton foie fait son ménage la nuit, pendant que tu ne manges plus. Le jeûne le plus simple est celui de la nuit.
20. Ce que je demande en échange
Stéatose documentée ou transaminases hautes : commence par un bilan médical.
Ce que je ne fais pas
Une stéatose avec fibrose, des transaminases nettement élevées, ou une hépatopathie connue relèvent d’un suivi médical, et rien de ce qui précède ne s’y substitue. Ce que décrit ce carrousel concerne la longue phase silencieuse qui précède, celle où les ALAT sont à 32 et où tout le monde trouve ça normal.
Pour prolonger, l’article sur l’aldolase B, le fructose et la fatigue hépatique travaille le versant sucre de la même histoire, et la connexion thyroïde et foie explique pourquoi les deux se lisent ensemble.
Références
Précis sur les micronutriments, tome 1, Ma Librairie Naturo, 2026 : chapitre choline p.339, p.340, p.352, p.356 et p.357 (VLDL et phosphatidylcholine, voie de secours PEMT, réserve de 3 à 6 semaines), homocystéine et méthylation p.143.
Tables CIQUAL, Anses : teneurs en choline des aliments, consultées en 2026.





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