Tu te réveilles à 5h du matin, cerveau en surchauffe, incapable de te rendormir. Les pensées s’enchaînent comme un flux incontrôlable, ton cœur bat trop vite, ta mâchoire est serrée depuis des heures. Ou alors, scénario inverse : tu ne ressens plus rien, plus d’envie, plus de motivation, juste une fatigue plombante et une procrastination paralysante qui te colle à la peau. Dans les deux cas, le problème est le même, il s’appelle déséquilibre neurochimique. Plus précisément, un antagonisme dysfonctionnel entre GABA et dopamine, les deux neurotransmetteurs qui régulent ton équilibre entre calme et action, repos et mouvement, frein et accélérateur. En consultation, je vois ce déséquilibre presque quotidiennement, souvent ignoré, parfois médicamenté à l’aveugle, rarement corrigé à la racine. Pourtant, comprendre ce binôme et savoir le restaurer change radicalement la vie de mes patients. Parce que quand l’un des deux s’effondre, c’est tout ton système nerveux qui déraille.
GABA et dopamine, les deux pôles de ton système nerveux
Le GABA (acide gamma-aminobutyrique) est le principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau. Il représente 30 à 40 % de toutes les synapses du système nerveux central. Sa fonction : freiner l’activité neuronale, calmer l’excitation, favoriser le sommeil, réduire l’anxiété, détendre les muscles. C’est littéralement le frein de ton cerveau. Sans GABA, tes neurones s’emballeraient en boucle, comme un moteur sans régulateur. La dopamine, elle, appartient à la famille des catécholamines (avec l’adrénaline et la noradrénaline). Elle stimule la motivation, le mouvement, la récompense, l’action, la concentration. C’est l’accélérateur, le moteur de ton désir et de ton engagement dans le monde. Ces deux molécules fonctionnent en opposition complémentaire, comme un thermostat neurochimique. Quand l’une monte, l’autre descend. Quand l’équilibre se maintient, tu navigues entre calme et action avec fluidité. Quand il se rompt, tu bascules dans l’un des deux extrêmes.
La synthèse du GABA se fait à partir du glutamate, lui-même dérivé de la glutamine et du glucose. L’enzyme clé s’appelle GAD (glutamate décarboxylase), elle dépend absolument de la vitamine B6 active (pyridoxal-5-phosphate, P5P). Sans B6, pas de GABA. Le magnésium joue aussi un rôle crucial : il module les récepteurs GABA-A et GABA-B, potentialisant l’effet inhibiteur. La dopamine, elle, se synthétise à partir de la tyrosine (un acide aminé), via une cascade enzymatique qui nécessite fer, vitamine B6, vitamine C, tétrahydrobioptérine (BH4). La tyrosine provient soit de l’alimentation (viandes, poissons, œufs, amandes), soit de la conversion de la phénylalanine. Chaque étape de cette cascade peut dysfonctionner : carence en cofacteurs, polymorphismes génétiques (COMT, MAO), stress oxydatif, inflammation chronique.
Comme l’enseigne Marchesseau, le terrain prime sur le symptôme. Un déficit en GABA ou une dopamine déréglée ne sont jamais des événements isolés, ils reflètent toujours un déséquilibre plus profond : toxémie, surcharge hépatique, dysbiose intestinale, épuisement surrénalien, carences nutritionnelles chroniques. C’est ce terrain qu’il faut corriger, pas uniquement le neurotransmetteur en surface. Sinon, tu colmates une fuite sans réparer la tuyauterie.
Quand le GABA s’effondre, l’anxiété paralyse
Un déficit en GABA se manifeste par une constellation de symptômes que mes patientes décrivent souvent avec les mêmes mots : “je ne peux plus m’arrêter de penser”, “j’ai l’impression que mon cerveau tourne en boucle”, “je me sens tendue en permanence sans raison”. Cliniquement, cela donne : anxiété de fond chronique, ruminations mentales incontrôlables, troubles de l’endormissement (le fameux cerveau qui refuse de s’éteindre), hypersensibilité sensorielle (bruit, lumière, odeurs), tensions musculaires (nuque, mâchoires, épaules), palpitations sans cause cardiaque, hypervigilance, irritabilité, difficulté à lâcher prise. Certains présentent même des tremblements fins, une transpiration excessive, une sensation de boule dans la gorge. Ces personnes ont souvent recours à l’alcool le soir pour “décompresser”, car l’alcool agit comme agoniste GABAergique : il active temporairement les récepteurs GABA-A, procurant un soulagement immédiat mais toxique à long terme.
Les causes d’un déficit en GABA sont multiples. D’abord, les carences nutritionnelles : déficit en vitamine B6 (très fréquent, surtout sous pilule contraceptive, avec IPP, ou régime végétalien mal conduit), magnésium bas (80 % de la population selon les études), zinc insuffisant (crucial pour la synthèse enzymatique). Ensuite, l’inflammation chronique et le stress oxydatif : ils bloquent l’enzyme GAD et détruisent les neurones GABAergiques. Le cortisol élevé (stress chronique, dysfonction surrénalienne) inhibe directement la production de GABA et désensibilise les récepteurs. La dysbiose intestinale joue aussi : certaines souches bactériennes comme Lactobacillus rhamnosus produisent du GABA in situ, d’autres comme les Clostridium pathogènes produisent des toxines qui bloquent les récepteurs GABA centraux. Enfin, les polymorphismes génétiques sur le gène GAD1 ou les récepteurs GABA peuvent réduire l’efficacité du système.
Une particularité importante : le GABA circulant (sanguin) ne traverse quasiment pas la barrière hémato-encéphalique. Donc prendre du GABA en complément oral a un effet périphérique (détente musculaire, modulation vagale) mais limité au niveau cérébral. Ce qui fonctionne mieux : fournir les précurseurs (glutamine, B6, magnésium), potentialiser les récepteurs (taurine, théanine, plantes GABAergiques), restaurer le microbiote producteur, réduire l’inflammation et le cortisol. En consultation, je remarque souvent que les femmes en périménopause ou ménopause voient leur GABA s’effondrer brutalement : la progestérone, qui est un puissant modulateur positif des récepteurs GABA-A, chute, et avec elle la capacité à gérer le stress. C’est pourquoi tant de femmes de 45-55 ans développent soudainement des troubles anxieux qu’elles n’avaient jamais eus. Restaurer la progestérone (bioidentique si nécessaire) et soutenir le GABA devient alors prioritaire.
Quand la dopamine déraille, hyperactivité ou apathie
La dopamine fonctionne selon une courbe en U inversé : trop peu, et tu tombes dans l’apathie, la démotivation, la procrastination, la dépression ; trop, et tu bascules dans l’agitation, l’impulsivité, l’insomnie, l’irritabilité, voire les comportements compulsifs. Les deux extrêmes cohabitent souvent chez la même personne selon les moments. Le matin, dopamine trop basse, impossible de démarrer sans trois cafés. Le soir, dopamine trop haute (effet rebond de la caféine, stress accumulé), impossible de s’arrêter, cerveau en surchauffe, insomnie d’endormissement. Ce pattern cyclique épuise progressivement le système.
Les signes d’une dopamine basse : fatigue mentale dès le réveil, difficulté à initier des tâches, procrastination chronique, absence de plaisir (anhédonie), baisse de libido, mouvements ralentis, voix monocorde, expression faciale éteinte, besoin constant de stimulants (café, sucre, cigarette), tendance dépressive. Ces personnes cherchent désespérément la motivation extérieure parce que le moteur interne ne démarre plus. En neurologie, on retrouve ce tableau dans le Parkinson (destruction des neurones dopaminergiques de la substantia nigra) ou dans les dépressions atypiques. En naturopathie, on le voit souvent après un burn-out prolongé, une carence en tyrosine (régime végétalien mal conduit), un déficit en fer (la tyrosine hydroxylase, première enzyme de la synthèse dopaminergique, est fer-dépendante), ou un excès de stress chronique qui a vidé les réserves.
Les signes d’une dopamine trop élevée : agitation mentale permanente, incapacité à rester en place, pensées qui fusent dans tous les sens, irritabilité explosive, comportements compulsifs (jeux, achats, sexe, travail), insomnie d’endormissement, hypervigilance, parfois même agressivité ou paranoïa dans les cas extrêmes. Ce profil se voit chez les entrepreneurs en burn-in (pas encore burn-out mais en surchauffe permanente), les athlètes surentraînés sous stimulants, ou après un abus de suppléments dopaminergiques mal dosés (tyrosine, mucuna pruriens, phénylalanine). Le paradoxe de ce tableau : ces personnes sont épuisées mais incapables de ralentir, car leur système nerveux sympathique tourne en surrégime. Elles consomment leurs réserves plus vite qu’elles ne les reconstituent, jusqu’à l’effondrement.
La régulation de la dopamine dépend de deux enzymes majeures : la COMT (catéchol-O-méthyltransférase) qui dégrade la dopamine en utilisant des groupes méthyles (donc dépendante de la méthylation, donc de la B12 et des folates), et la MAO (monoamine oxydase) qui dégrade également les catécholamines. Des polymorphismes génétiques sur ces enzymes modifient radicalement le métabolisme dopaminergique. Une COMT lente (variant Val158Met) dégrade lentement la dopamine, elle reste plus longtemps dans la synapse : cela donne des individus plus résistants au stress aigu, mais plus sensibles à la surstimulation chronique. Une COMT rapide dégrade vite la dopamine : meilleure gestion du stress chronique, mais plus de difficulté avec le stress aigu. Connaître ton profil génétique (via un test 23andMe + interprétation) permet d’adapter finement ton protocole.
Le rôle central du microbiote dans l’équilibre GABA-dopamine
Ton intestin produit des neurotransmetteurs. Pas de façon anecdotique, mais massivement. Environ 50 % de la dopamine corporelle totale et une partie significative du GABA sont synthétisés par ton microbiote intestinal. Certaines souches bactériennes comme Lactobacillus plantarum, Lactobacillus rhamnosus, Bifidobacterium dentium produisent du GABA. D’autres comme Escherichia coli, Bacillus subtilis, Serratia marcescens produisent de la dopamine. Bien que ces neurotransmetteurs intestinaux ne traversent pas massivement la barrière hémato-encéphalique, ils modulent le nerf vague (qui transmet 80 % des informations de l’intestin vers le cerveau) et influencent ainsi indirectement le tonus neurochimique central. C’est ce qu’on appelle l’axe intestin-cerveau, un concept que Kousmine avait déjà pressenti en parlant de l’intestin comme “deuxième cerveau”.
Un intestin perméable (leaky gut), une dysbiose chronique, un SIBO (pullulation bactérienne dans l’intestin grêle) perturbent profondément cet équilibre. L’inflammation locale génère des cytokines pro-inflammatoires (IL-6, TNF-alpha) qui passent dans la circulation, franchissent la barrière hémato-encéphalique, et déclenchent une neuro-inflammation. Cette inflammation cérébrale détruit les neurones GABAergiques, épuise la dopamine, et bloque la synthèse de sérotonine (autre neurotransmetteur clé). Résultat : anxiété, dépression, fatigue mentale, troubles du sommeil, tout cela à partir d’un intestin malade. En consultation, je vois régulièrement des patients chez qui restaurer l’intestin selon le protocole 4R suffit à résoudre 80 % de leurs troubles anxieux ou motivationnels. Pas de psychotrope, juste de la glutamine, du zinc-carnosine, des probiotiques ciblés, l’éviction du gluten et des produits laitiers, et de la patience.
Les endotoxines bactériennes (LPS, lipopolysaccharides) issues de bactéries gram-négatives en excès dans l’intestin activent les récepteurs TLR4 et déclenchent une cascade inflammatoire qui inhibe la tyrosine hydroxylase (donc baisse de dopamine) et la GAD (donc baisse de GABA). Un simple test de zonuline sérique ou de calprotectine fécale permet d’objectiver cette perméabilité intestinale. Les IgG alimentaires (souvent élevés contre gluten, caséine, œufs, soja) signent une hyperactivation immunitaire chronique liée à l’intestin. Corriger cela est fondamental. Comme le rappelle Seignalet dans ses travaux sur l’alimentation ou la troisième médecine, l’intestin est la porte d’entrée de la plupart des pathologies chroniques, y compris neuropsychiatriques.
Cortisol, surrénales et l’effondrement du binôme neurochimique
Le cortisol est l’ennemi silencieux de l’équilibre GABA-dopamine. Un cortisol élevé de façon chronique (stress prolongé, dysfonction surrénalienne, inflammation systémique) inhibe directement la synthèse de GABA et désensibilise les récepteurs GABA-A. Parallèlement, il épuise les réserves de dopamine en surstimulant sa libération sans laisser le temps de la reconstituer. Le schéma classique : une personne stressée voit d’abord sa dopamine monter (phase d’alerte, hyperactivité compensatoire), puis s’effondrer (phase d’épuisement, burn-out). Pendant tout ce temps, le GABA reste bas, incapable de freiner le système. Résultat : anxiété + épuisement, la pire des combinaisons.
J’ai détaillé ce mécanisme dans mon article sur stress, cortisol et thyroïde, mais rappelons l’essentiel. Les surrénales produisent le cortisol selon un rythme circadien : pic le matin (vers 8h), descente progressive dans la journée, nadir la nuit. Quand ce rythme se dérègle (cortisol plat, inversé, ou constamment élevé), c’est tout le système nerveux qui dysfonctionne. Un cortisol élevé le soir bloque la conversion du glutamate en GABA, empêche l’endormissement, maintient le système sympathique en alerte. Un cortisol effondré le matin sabote la production matinale de dopamine, d’où cette fatigue au réveil insurmontable.
La reconstruction des surrénales selon le protocole en 3 phases devient alors prioritaire : phase 1, réduire les stresseurs et soutenir par des adaptogènes (rhodiola, ashwagandha, éleuthérocoque) ; phase 2, restaurer les cofacteurs (vitamine C, B5, magnésium, sodium, cholestérol) ; phase 3, rééquilibrer le rythme circadien (lumière matinale, obscurité nocturne, cohérence alimentaire). Sans ce travail sur les surrénales, toute tentative de rééquilibrer GABA et dopamine reste fragile. Tu peux supplémenter en B6 et tyrosine autant que tu veux, si ton cortisol sabote tout, tu restes dans le déséquilibre.
Tableau comparatif : profil GABA bas vs dopamine déréglée
| Symptôme | GABA bas | Dopamine basse | Dopamine haute |
|---|---|---|---|
| Anxiété | Anxiété de fond permanente, ruminations | Anxiété d’anticipation, pessimisme | Agitation, hypervigilance |
| Sommeil | Insomnie d’endormissement, cerveau qui tourne | Sommeil lourd mais non réparateur | Insomnie d’endormissement, réveil 3-5h |
| Motivation | Tension sans direction | Procrastination, apathie | Hyperactivité, incapacité à se poser |
| Humeur | Irritabilité, hypersensibilité | Dépression, anhédonie | Irritabilité explosive, impatience |
| Muscles | Tensions chroniques (nuque, mâchoires) | Faiblesse, ralentissement moteur | Agitation motrice, tremblements fins |
| Cognition | Difficulté à se concentrer par excès de pensées | Brouillard mental, lenteur | Pensées rapides, dispersion |
| Appétit | Variable, souvent grignotage sucré pour calmer | Perte d’appétit ou recherche de réconfort | Oubli de manger ou compulsions |
Ce tableau simplifie, bien sûr. En réalité, les patients présentent souvent des profils mixtes : GABA bas + dopamine basse (anxiété + dépression), GABA bas + dopamine haute (anxiété + hyperactivité), ou des fluctuations selon l’heure de la journée et le niveau de stress. L’évaluation fine passe par un interrogatoire clinique détaillé, parfois complété par des tests urinaires de neurotransmetteurs (test organique des acides urinaires, dosage des métabolites de la dopamine comme HVA, ou du GABA urinaire).
Restaurer l’équilibre : protocole naturopathique en 5 axes
Premier axe : nutrition et précurseurs. Pour le GABA, assure-toi d’apporter suffisamment de glutamine (bouillon d’os, viandes, poissons, gélatine), de vitamine B6 active (50 à 100 mg de P5P par jour), de magnésium (400 à 600 mg de bisglycinate ou thréonate, mieux absorbés et mieux tolérés que l’oxyde), de zinc (15 à 30 mg, toujours avec un peu de cuivre pour éviter le déséquilibre). Pour la dopamine, privilégie les protéines animales riches en tyrosine : viandes rouges, volailles, poissons, œufs (un œuf contient environ 250 mg de tyrosine). Les végétariens doivent supplémenter en tyrosine (500 à 1500 mg le matin à jeun) ou utiliser de la mucuna pruriens (source naturelle de L-dopa, précurseur direct de dopamine, dosage 300 à 600 mg). Attention avec la mucuna : elle est puissante, ne pas dépasser 600 mg/jour sans suivi, et éviter le soir car elle peut empêcher l’endormissement.
Deuxième axe : plantes et phytonutriments. Pour potentialiser le GABA : passiflore (Passiflora incarnata, 250 à 500 mg d’extrait), valériane (Valeriana officinalis, 300 à 600 mg, agit sur les récepteurs GABA-A), mélisse (Melissa officinalis, effet anxiolytique et antiviral), magnolia officinalis (honokiol et magnolol, puissants agonistes GABAergiques, 200 à 400 mg). La taurine (1 à 3 g/jour) agit comme agoniste GABAergique doux et protège également les neurones. La L-théanine du thé vert (200 à 400 mg) traverse la barrière hémato-encéphalique et augmente l’activité des ondes alpha cérébrales, signe de relaxation. Pour soutenir la dopamine : mucuna pruriens (déjà citée), rhodiola rosea (adaptogène qui soutient la dopamine et réduit le cortisol, 300 à 600 mg d’extrait standardisé), curcumine (anti-inflammatoire qui protège les neurones dopaminergiques, 500 à 1000 mg avec pipérine), ginkgo biloba (améliore la circulation cérébrale et protège les récepteurs dopaminergiques).
Troisième axe : restauration de l’intestin et du microbiote. Applique le protocole 4R : Remove (éliminer les pathogènes, réduire le SIBO si présent), Replace (enzymes digestives, HCl si hypochlorhydrie), Reinoculate (probiotiques ciblés : Lactobacillus rhamnosus GG, Bifidobacterium longum, Lactobacillus plantarum pour le GABA ; Bacillus subtilis pour soutenir la dopamine périphérique), Repair (glutamine 5 g deux fois par jour, zinc-carnosine 75 mg deux fois par jour, aloe vera, réglisse DGL). Éviction stricte du gluten et des produits laitiers pendant au moins 3 mois pour réduire l’inflammation et la perméabilité. Si SIBO avéré, protocole spécifique avec antimicrobiens naturels (berbérine, ail, origan) ou antibiotiques si nécessaire, puis reconstruction.
Quatrième axe : gestion du cortisol et soutien surrénalien. Techniques de cohérence cardiaque (5 minutes matin, midi, soir, rythme 5 secondes inspiration, 5 secondes expiration) : cela réduit directement le cortisol et augmente le tonus vagal, favorisant le GABA. Adaptogènes selon le profil : ashwagandha (cortisol élevé, anxiété, 300 à 600 mg d’extrait KSM-66), rhodiola (fatigue + stress, dopamine basse, 300 à 600 mg), éleuthérocoque (fatigue matinale, cortisol effondré, 300 à 500 mg). Respecte le rythme circadien : lumière naturelle le matin (15 minutes dehors avant 9h), obscurité totale la nuit (chambre noire, pas d’écrans 2h avant coucher, lunettes anti-lumière bleue si nécessaire), régularité des horaires de coucher et lever. Activité physique modérée (marche, yoga, natation) plutôt qu’intense si surrénales épuisées : le HIIT ou le crossfit peuvent aggraver le tableau en poussant encore le cortisol à la hausse.
Cinquième axe : correction des carences et optimisation métabolique. Fais doser : vitamine B12 (méthylcobalamine nécessaire pour la méthylation et la dégradation de la dopamine, vise >400 pg/mL), folates sériques et globulaires (méthylfolate nécessaire pour la méthylation, vise >10 ng/mL), fer sérique + ferritine + CST (fer crucial pour tyrosine hydroxylase, vise ferritine >70 ng/mL pour les femmes, >100 pour les hommes), magnésium érythrocytaire (plus fiable que le sérum, vise >50 mg/L), zinc sérique (vise >90 µg/dL), vitamine D (vise 50-70 ng/mL, la vitamine D module les récepteurs dopaminergiques). Si hypothyroïdie ou Hashimoto, optimise ta thyroïde : la T3 active directement les récepteurs dopaminergiques et soutient la synthèse de neurotransmetteurs. Lis mon article sur thyroïde et micronutrition pour les détails.
Quand consulter un médecin et limites de l’approche naturopathique
La naturopathie excelle dans le rééquilibrage fonctionnel des neurotransmetteurs via nutrition, micronutrition, phytothérapie et hygiène de vie. Elle permet souvent d’éviter le recours aux psychotropes ou d’en réduire progressivement les doses (toujours sous supervision médicale, jamais seul). Mais elle a ses limites. Si tu présentes des symptômes psychiatriques sévères (idées suicidaires, épisode maniaque, hallucinations, dépression majeure avec perte de fonctionnalité), consulte immédiatement un psychiatre : les déséquilibres neurochimiques peuvent nécessiter une intervention pharmacologique rapide. Si tu prends déjà des benzodiazépines (anxiolytiques type Xanax, Lexomil, Valium), des antidépresseurs (ISRS, IRSN), ou des psychostimulants (Ritaline, Concerta), JAMAIS de sevrage brutal : les modifications doivent se faire progressivement, en collaboration avec ton médecin prescripteur. La naturopathie peut accompagner ce sevrage, mais ne le remplace pas.
Certaines pathologies neurologiques (Parkinson, troubles bipolaires, schizophrénie, TDAH sévère) nécessitent un suivi médical spécialisé. L’approche naturopathique devient alors complémentaire : elle optimise le terrain, réduit les effets secondaires des traitements, améliore la qualité de vie, mais ne se substitue pas au traitement médical. Enfin, si malgré 3 à 6 mois de protocole naturopathique rigoureux (nutrition, compléments, gestion du stress, restauration intestinale) tu ne vois aucune amélioration, il faut chercher plus loin : pathologie organique non détectée (tumeur surrénalienne, hyperparathyroïdie, maladie auto-immune), intoxication métallique (plomb, mercure, cadmium), maladie de Lyme chronique, ou autres infections persistantes. Un bilan médical complet (imagerie, sérologies, bilan hormonal étendu) devient alors nécessaire.
GABA et dopamine, deux messagers qui racontent ton terrain
L’équilibre entre GABA et dopamine n’est jamais un problème isolé. C’est toujours le reflet d’un terrain plus profond, d’une physiologie globale déséquilibrée. Quand ton GABA s’effondre, cela raconte une histoire de stress chronique, de carences accumulées, d’intestin malade, de cortisol dérégulé, de système nerveux surstimulé. Quand ta dopamine déraille, cela témoigne d’un épuisement des réserves, d’une inflammation qui détruit les précurseurs, d’un foie qui ne détoxifie plus correctement, d’une méthylation qui dysfonctionne. Les neurotransmetteurs sont des messagers biochimiques, ils portent le message de ton mode de vie, de ton alimentation, de tes pensées, de ton environnement. Les rééquilibrer sans corriger le terrain revient à éteindre le témoin lumineux du tableau de bord sans réparer le moteur.
En consultation, je commence toujours par poser les bases : alimentation ancestrale dense en nutriments (régime Hertoghe pour la thyroïde, principes Seignalet pour l’intestin, petit-déjeuner protéiné pour la dopamine matinale), restauration de l’intestin selon le protocole 4R, correction des carences majeures (B6, magnésium, fer, zinc, vitamine D), soutien surrénalien si cortisol déréglé, gestion du stress par cohérence cardiaque et activité physique modérée. Seulement ensuite, on affine avec des compléments ciblés (tyrosine, taurine, plantes GABAergiques) et des ajustements personnalisés selon le profil génétique et symptomatique. Cette approche méthodique, progressive, demande de la patience (3 à 6 mois minimum), mais elle produit des résultats durables, sans dépendance, sans effets secondaires, en restaurant la physiologie à sa racine.
Ton système nerveux est d’une complexité fascinante, un orchestre neurochimique où chaque molécule joue sa partition. GABA et dopamine sont deux instruments majeurs de cette symphonie. Quand ils jouent en harmonie, tu navigues entre calme et action, repos et mouvement, avec une fluidité naturelle. Quand ils désaccordent, c’est toute la mélodie qui déraille. Apprendre à les écouter, à comprendre leur langage, à leur fournir ce dont ils ont besoin pour fonctionner, c’est reprendre les rênes de ta santé mentale et émotionnelle. Pas avec des pansements chimiques qui masquent le signal, mais avec une restauration profonde du terrain, celle que la naturopathie enseigne depuis Hippocrate : d’abord ne pas nuire, ensuite nourrir, enfin laisser la nature guérir.





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