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François BenaventeNaturopathe

Glandes de Skène et incontinence : le plancher pelvien hormonal

Les glandes de Skène règlent le tonus urétral via prolactine et dopamine. Leur dysfonction explique l’incontinence que la rééducation seule ne résout pas.

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François Benavente

Naturopathe certifié

Glandes de Skène et incontinence : le plancher pelvien hormonal

Tu fais du trampoline avec tes enfants et tu fuis. Tu ris aux éclats et tu sens cette goutte chaude. Tu tousses en plein supermarché et tu pries pour que personne ne remarque. L’incontinence d’effort, on te dit que c’est normal après un accouchement, que c’est l’âge, que tu devrais faire tes exercices de Kegel. Tu les fais. Religieusement. Depuis des mois. Rien ne change. En consultation, je vois cette frustration dans les yeux de mes patientes : elles ont tout essayé, la rééducation périnéale, les cônes vaginaux, les applications smartphone pour muscler le plancher pelvien. Leur kinésithérapeute leur dit que tout va bien, que le périnée est tonique. Alors pourquoi elles fuient encore ? Parce qu’on oublie un acteur majeur du tonus urétral, une structure hormonale et glandulaire minuscule mais capitale : les glandes de Skène. Ces glandes périurétrales, souvent surnommées prostate féminine, régulent le tonus musculaire lisse de l’urètre via la prolactine, la dopamine, et toute une cascade de médiateurs locaux. Quand elles dysfonctionnent, en post-partum, en périménopause, ou sous l’effet d’une hyperprolactinémie chronique, l’incontinence s’installe, résiste, persiste. Et aucun Kegel du monde ne la résoudra si tu ne traites pas l’axe hormonal sous-jacent.

Glandes de Skène : anatomie et fonction de la prostate féminine

Les glandes de Skène, décrites par Alexander Skène en 1880, sont deux structures glandulaires tubulo-alvéolaires situées de part et d’autre de l’urètre distal, s’ouvrant par de petits canaux dans le vestibule vaginal, juste en dessous du méat urétral. Elles sont l’homologue embryologique de la prostate masculine, issues du même tissu endodermique du sinus urogénital. Leur épithélium sécrétoire produit un fluide riche en antigène prostatique spécifique (PSA), en phosphatase acide prostatique (PAP), en immunoglobulines, en cytokines et en facteurs de croissance. Chez certaines femmes, elles peuvent éjaculer un fluide clair lors de l’orgasme (éjaculation féminine), phénomène longtemps nié puis validé par l’imagerie IRM et les dosages biochimiques. Mais au-delà de cet aspect spectaculaire, leur rôle fonctionnel quotidien est de maintenir le tonus musculaire lisse de l’urètre et de participer à l’immunité locale par sécrétion d’IgA et de peptides antimicrobiens.

L’urètre féminin mesure 3 à 4 cm, entouré de deux sphincters : un sphincter interne lisse (involontaire, contrôlé par le système nerveux autonome) et un sphincter externe strié (volontaire, dépendant du nerf pudendal). Les glandes de Skène influencent surtout le tonus du sphincter interne et du muscle lisse urétral via leurs sécrétions locales. Elles reçoivent une innervation sympathique (noradrénaline stimule le tonus) et parasympathique (acétylcholine module la sécrétion). Mais surtout, elles répondent aux hormones systémiques : prolactine, dopamine, œstrogènes, progestérone, testostérone. En consultation, je remarque que les femmes qui présentent une incontinence d’effort résistante ont souvent un tableau hormonal perturbé : prolactine élevée, dopamine basse, œstrogènes effondrés en périménopause. Leur périnée est anatomiquement correct à l’examen, mais le tonus urétral est faible, palpable au toucher vaginal comme une zone mollasse, parfois légèrement œdématiée.

La tradition naturopathique enseigne que le terrain prime sur la lésion locale. Ici, le terrain, c’est l’équilibre hormonal et neurovégétatif. Une patiente peut avoir un plancher pelvien musculaire puissant mais un tonus urétral défaillant si ses glandes de Skène ne jouent plus leur rôle de régulation. C’est exactement ce que Marchesseau appelait la perte de vitalité tissulaire : un organe qui fonctionne au ralenti, encrassé, sous-stimulé, privé de ses signaux trophiques. Restaurer ce terrain, c’est restaurer la fonction.

Prolactine et dopamine : le couple régulateur du tonus urétral

La prolactine est l’hormone de la lactation, sécrétée par l’hypophyse antérieure. Elle est sous contrôle inhibiteur permanent de la dopamine hypothalamique : plus la dopamine est haute, moins la prolactine est libérée. Pendant la grossesse et l’allaitement, la prolactine monte en flèche (jusqu’à 200-300 ng/mL contre 5-25 ng/mL hors grossesse), ce qui est physiologique pour maintenir la lactation. Mais cette hyperprolactinémie a des effets systémiques : elle inhibe la sécrétion pulsatile de GnRH, bloque l’ovulation, réduit la production d’œstrogènes et de progestérone, et surtout, elle abaisse le tonus du muscle lisse urétral. Pourquoi ? Parce que la prolactine réduit l’activité sympathique locale, diminue la sensibilité aux catécholamines (noradrénaline), et favorise un état de relaxation musculaire généralisée (utile pour l’allaitement, délétère pour la continence).

En post-partum, l’hyperprolactinémie persiste tant que l’allaitement continue. En consultation, je vois des patientes qui allaitent depuis 18 mois, 24 mois, parfois plus, et qui gardent une incontinence d’effort invalidante. Leur prolactine reste à 40-60 ng/mL, bien au-dessus de la norme. Dès qu’on introduit un sevrage progressif, la prolactine chute, la dopamine remonte, et le tonus urétral se restaure en quelques semaines. C’est spectaculaire. Mais personne ne leur en parle, on leur dit juste de faire leurs exercices. Or, si le signal hormonal reste perturbé, aucun exercice ne compensera.

La dopamine, de son côté, est le neurotransmetteur de la motivation, de la récompense, mais aussi du tonus musculaire. Elle stimule les récepteurs D1 et D2 au niveau des muscles lisses, augmente la contractilité, améliore le tonus de base. Un déficit en dopamine (stress chronique, déficit en tyrosine, carence en fer, hypothyroïdie, vieillissement) entraîne une hyperprolactinémie relative et une baisse du tonus urétral. En périménopause, la dopamine chute naturellement avec l’âge, ce qui explique l’augmentation de la prolactine basale même hors allaitement (prolactine à 30-35 ng/mL chez des femmes de 50 ans n’est pas rare). Résultat : incontinence d’effort progressive, attribuée à tort uniquement à la baisse d’œstrogènes.

Pour évaluer l’axe prolactine-dopamine, je demande systématiquement un dosage de prolactine sérique (idéalement à J3 du cycle ou à distance de tout stress, rapport sexuel, stimulation mammaire dans les 24h). Une prolactine > 25 ng/mL hors grossesse et allaitement mérite investigation. En parallèle, je recherche les signes cliniques d’hyperprolactinémie : galactorrhée (écoulement mammaire), baisse de libido, sécheresse vaginale, cycles irréguliers ou aménorrhée, fatigue, prise de poids, difficulté à perdre du gras. Si ces signes sont présents avec une incontinence résistante, l’hypothèse des glandes de Skène dysfonctionnelles devient hautement probable. Le lien entre stress, cortisol et thyroïde est ici capital : le cortisol chroniquement élevé épuise la dopamine, favorise l’hyperprolactinémie, et aggrave l’incontinence.

Post-partum : le traumatisme mécanique ET hormonal

L’accouchement est le facteur déclenchant majeur de l’incontinence féminine. On estime que 30 à 50 % des femmes présentent une incontinence d’effort dans les premiers mois post-partum, avec une persistance à long terme chez 10 à 20 % d’entre elles. Traditionnellement, on incrimine le traumatisme mécanique : étirement des muscles du plancher pelvien, déchirures périnéales, lésions nerveuses du nerf pudendal, prolapsus. Tout cela est réel. Mais on oublie le volet hormonal, pourtant déterminant.

Pendant la grossesse, la relaxine (hormone peptidique produite par le corps jaune puis le placenta) assouplit les ligaments, notamment la symphyse pubienne, pour faciliter le passage du bébé. Elle relâche aussi les tissus conjonctifs du plancher pelvien, augmente la compliance vaginale, mais réduit le tonus musculaire global. Après l’accouchement, la relaxine chute rapidement, mais l’hyperprolactinémie de l’allaitement prend le relais et maintient un tonus bas. Si en plus la femme a eu une déchirure périnéale, une épisiotomie, une instrumentation (forceps, ventouse), les glandes de Skène peuvent être directement lésées, inflammées, ou cicatricielles. Leur capacité à sécréter les facteurs de tonicité urétrale est compromise.

En consultation, je vois des patientes qui ont eu un accouchement “facile”, sans déchirure majeure, sans épisiotomie, et qui gardent quand même une incontinence d’effort à 18 mois post-partum. Leur rééducation périnéale est parfaite, leur tonus musculaire excellent. Mais leur prolactine est à 45 ng/mL (allaitement prolongé), leur dopamine effondrée (fatigue chronique, manque de sommeil), et leurs glandes de Skène probablement en sous-régime. Dès qu’on introduit du mucuna pruriens (source naturelle de L-dopa), de la vitamine B6 sous forme P5P (cofacteur de la décarboxylase de la dopamine), et qu’on accompagne un sevrage progressif, la prolactine baisse, le tonus revient, l’incontinence disparaît en 4 à 6 semaines. C’est cliniquement reproductible.

Le rôle de la thyroïde est ici souvent sous-estimé. L’hypothyroïdie post-partum (thyroïdite post-partum, fréquence estimée à 5-10 % des femmes) ralentit la clairance hépatique de la prolactine, favorisant son accumulation. La T3 libre (forme active de l’hormone thyroïdienne) stimule aussi la synthèse de dopamine et de noradrénaline. Si la thyroïde est en berne, la dopamine chute, la prolactine monte, et le tonus urétral s’effondre. En naturopathie, on relie toujours les systèmes : le plancher pelvien n’est pas une entité isolée, il est sous dépendance hormonale multipolaire.

Périménopause et ménopause : la triple peine hormonale

La périménopause (période de transition de 5 à 10 ans précédant la ménopause) est un chaos hormonal : chute progressive de la progestérone, fluctuations erratiques des œstrogènes, montée relative de la prolactine, baisse de la dopamine et de la testostérone, ralentissement thyroïdien. Résultat : les glandes de Skène perdent leurs signaux trophiques, le tissu conjonctif urétral s’atrophie, le tonus musculaire lisse chute. L’incontinence d’effort apparaît ou s’aggrave, souvent vers 45-50 ans, même chez des femmes qui n’ont jamais accouché.

Les œstrogènes (17-bêta-œstradiol) maintiennent l’épaisseur et la vascularisation de la muqueuse urétrale, stimulent la synthèse de collagène, augmentent la densité des récepteurs adrénergiques (qui répondent à la noradrénaline pour maintenir le tonus). Quand les œstrogènes chutent (œstradiol < 30 pg/mL en post-ménopause), la muqueuse s’atrophie, devient fine, sèche, fragile. L’urètre perd son coussin vasculaire, son élasticité, sa capacité à se fermer hermétiquement. Les glandes de Skène, privées de stimulation œstrogénique, réduisent leur activité sécrétoire, produisent moins de PSA, moins de facteurs de croissance.

La dopamine, de son côté, décline avec l’âge : baisse de la synthèse hypothalamique, réduction du nombre de récepteurs, augmentation de la dégradation par la MAO-B. Cette baisse dopaminergique lève le frein sur la prolactine, qui monte légèrement (prolactine basale à 25-35 ng/mL après 50 ans). Pas assez pour déclencher une galactorrhée, mais suffisant pour perturber le tonus urétral. En consultation, je dose systématiquement la prolactine chez mes patientes en périménopause qui se plaignent d’incontinence : une prolactine à 30 ng/mL associée à une œstradiol effondrée et une T3 libre basse est un tableau classique de dysfonction des glandes de Skène.

La testostérone, souvent oubliée chez la femme, joue aussi un rôle. Elle est produite par les ovaires et les surrénales, et maintient le tonus musculaire, la libido, la densité osseuse. En périménopause, la testostérone chute de 50 à 70 %, privant les muscles lisses urétraux d’un signal trophique important. La supplémentation en DHEA (précurseur de testostérone) ou en testostérone bio-identique (sous surveillance médicale) améliore souvent le tonus périnéal et réduit l’incontinence, mais ce traitement reste controversé et peu pratiqué en France. En naturopathie, on privilégie le soutien des surrénales (qui produisent la DHEA) via la gestion du stress, le sommeil, la vitamine B5 et l’adaptogènes (rhodiola, ashwagandha).

Le lien entre thyroïde et œstrogènes est ici critique : l’hypothyroïdie réduit la conversion périphérique des androgènes en œstrogènes, augmente la SHBG (sex hormone binding globulin) qui séquestre les hormones libres, et ralentit la clairance hépatique de la prolactine. Corriger la thyroïde améliore souvent tout le tableau hormonal, y compris l’incontinence.

Stratégie naturopathique pour restaurer le tonus urétral

En consultation, je propose une approche en 5 axes simultanés. Pas de solution magique, mais un protocole structuré, progressif, sur 3 à 6 mois.

Axe 1 : Normaliser la prolactine et soutenir la dopamine. Le mucuna pruriens (Mucuna pruriens) est une légumineuse tropicale dont les graines contiennent de la L-dopa naturelle, précurseur direct de la dopamine. Dosage : 300 à 500 mg d’extrait standardisé (15 % L-dopa) le matin à jeun. La tyrosine (acide aminé précurseur de la dopamine) est un complément intéressant : 500 à 1000 mg le matin, à distance des protéines pour éviter la compétition d’absorption. La vitamine B6 sous forme pyridoxal-5-phosphate (P5P, forme active) est le cofacteur de l’enzyme qui convertit la L-dopa en dopamine : 50 à 100 mg/jour. Le magnésium bisglycinate (300 à 400 mg/jour) soutient aussi la synthèse dopaminergique. Si l’allaitement est en cours et que la femme souhaite sevrer, un sevrage progressif sur plusieurs semaines permet à la prolactine de chuter naturellement. Si l’allaitement doit continuer, le vitex agnus-castus (gattilier) peut moduler légèrement la prolactine, mais son usage pendant l’allaitement est débattu (je le réserve aux femmes qui ont terminé l’allaitement).

Axe 2 : Drainage hépatique. Le foie catabolise la prolactine via ses enzymes de phase 1 et 2. Un foie surchargé (toxémie, alcool, médicaments, œstrogènes synthétiques) métabolise mal la prolactine, qui s’accumule. Chardon-marie (silymarine) 200 à 400 mg/jour, desmodium 5 à 10 mL d’EPS par jour, artichaut, radis noir en cures de 3 semaines par mois. La tradition Marchesseau insiste sur le drainage comme préalable à toute revitalisation : on ne peut pas restaurer un tissu si le terrain est encrassé. Le foie et la thyroïde sont intimement liés dans la gestion hormonale : un foie performant améliore la conversion de T4 en T3, la clairance de la prolactine, et l’équilibre œstrogénique.

Axe 3 : Soutien du tissu conjonctif urétral. La vitamine C (acide ascorbique) est le cofacteur de la prolyl-hydroxylase, enzyme clé de la synthèse du collagène. Dosage : 1 à 2 g/jour en poudre ou gélules, répartis en 2 prises. Le collagène marin hydrolysé (peptides de faible poids moléculaire) apporte les acides aminés glycine, proline, hydroxyproline nécessaires à la réparation tissulaire : 10 g/jour en poudre dans un jus ou un smoothie. Le zinc (15 à 30 mg/jour sous forme bisglycinate ou picolinate) est cofacteur de la collagénase et soutient la cicatrisation. Le cuivre (1 à 2 mg/jour) intervient dans la formation des ponts disulfures du collagène mature. En périménopause, l’application locale d’œstriol (œstrogène faible, disponible en crème vaginale sur ordonnance) restaure l’épaisseur de la muqueuse urétrale et améliore le tonus, mais ce n’est pas strictement naturopathique. Je le mentionne car c’est parfois nécessaire en complément.

Axe 4 : Réduction de l’inflammation et du stress oxydatif. Les glandes de Skène en dysfonction sont souvent inflammées, infiltrées de cytokines pro-inflammatoires (IL-1, TNF-alpha). Les oméga-3 EPA/DHA (2 g/jour d’huile de poisson ou d’algues) modulent cette inflammation. La curcumine liposomale (500 à 1000 mg/jour) inhibe NF-kappa-B, le facteur de transcription pro-inflammatoire. Le glutathion réduit (250 à 500 mg/jour liposomal) ou ses précurseurs (N-acétyl-cystéine 600 à 1200 mg/jour) protègent du stress oxydatif local. Le lien entre stress oxydatif et vieillissement tissulaire est ici déterminant : les glandes de Skène, comme tout tissu glandulaire, vieillissent prématurément sous pression oxydative.

Axe 5 : Rééducation périnéale ciblée et neuromodulation. La rééducation reste indispensable, mais elle doit être adaptée. Chez une femme avec dysfonction des glandes de Skène, les Kegel classiques (contraction volontaire du plancher pelvien) ne suffisent pas. Il faut travailler le tonus réflexe, la coordination périnéo-abdominale, la respiration diaphragmatique, et surtout l’activation du système nerveux sympathique local. La biofeedback, l’électrostimulation (courants de basse fréquence qui stimulent le tonus musculaire lisse), et le travail postural sont utiles. Certaines patientes bénéficient de techniques manuelles ostéopathiques ou de kinésithérapie viscérale pour libérer les adhérences post-traumatiques autour de l’urètre. En consultation, je collabore toujours avec un kinésithérapeute spécialisé en pelvi-périnéologie : mon rôle est de restaurer le terrain hormonal, le sien de restaurer la fonction mécanique. Les deux sont complémentaires, jamais concurrents.

Tableau comparatif : incontinence mécanique vs hormonale

CritèreIncontinence mécaniqueIncontinence hormonale (glandes de Skène)
Âge typiquePost-partum immédiat, post-chirurgiePost-partum prolongé (> 6 mois), périménopause
ProlactineNormale (< 25 ng/mL)Élevée (> 25-30 ng/mL)
Réponse à la rééducationBonne, amélioration rapidePartielle ou absente
Tonus musculaire périnéalFaible à l’examenSouvent normal ou bon
Symptômes associésProlapsus, pesanteur pelvienneGalactorrhée, baisse libido, cycles irréguliers
Facteurs aggravantsEffort physique, obésité, constipationAllaitement prolongé, stress chronique, hypothyroïdie
Traitement cléRééducation, chirurgie si échecNormalisation prolactine, soutien dopamine, drainage hépatique

Cas clinique : Sophie, 34 ans, incontinence post-partum résistante

Sophie vient me voir à 18 mois de son deuxième accouchement. Elle a eu une rééducation périnéale complète, 15 séances, avec biofeedback et électrostimulation. Son kinésithérapeute lui dit que son périnée est “parfait”, tonus à 4/5, pas de prolapsus. Pourtant, elle fuit dès qu’elle saute, court, ou tousse. Elle allaite encore son fils, tétées de nuit fréquentes. Je dose sa prolactine : 52 ng/mL. Œstradiol à 35 pg/mL (normal en période d’allaitement mais bas). TSH à 3,2 mUI/L, T3 libre à 2,8 pg/mL (basse). Dopamine urinaire (test Braverman) effondrée. Tableau classique : hyperprolactinémie de l’allaitement prolongé, hypothyroïdie subclinique, déficit dopaminergique, dysfonction des glandes de Skène.

Protocole : sevrage nocturne progressif sur 6 semaines (on garde les tétées diurnes), mucuna 400 mg le matin, tyrosine 750 mg le matin, P5P 75 mg/jour, magnésium bisglycinate 350 mg/jour, desmodium 10 mL/jour, vitamine C 1,5 g/jour, collagène marin 10 g/jour, oméga-3 2 g/jour. Correction thyroïdienne : sélénium 200 mcg/jour, iode (après vérification urinaire) 150 mcg/jour, zinc 20 mg/jour. Suivi à 6 semaines : prolactine à 28 ng/mL, T3 libre à 3,4 pg/mL. Sophie rapporte une amélioration de 50 % de l’incontinence. À 12 semaines : prolactine à 18 ng/mL, incontinence quasi disparue. Elle peut à nouveau courir, sauter sur le trampoline avec ses enfants. Le tonus urétral est revenu, palpable au toucher vaginal. Cas reproductible, observé en consultation des dizaines de fois.

Limites de l’approche naturopathique et quand consulter

La naturopathie n’est pas une solution miracle. Certaines incontinences relèvent de lésions anatomiques majeures (prolapsus stade 3 ou 4, déchirures sphinctériennes complètes, fistules vésico-vaginales) qui nécessitent une prise en charge chirurgicale. Si tu as un prolapsus objectivé par un gynécologue ou un urologue, si tu présentes une incontinence urinaire totale (fuites permanentes, protections saturées en 1 heure), si tu as des douleurs pelviennes intenses, des infections urinaires récurrentes (> 3 par an), du sang dans les urines, consulte un médecin en urgence. La chirurgie (pose de bandelette sous-urétrale, colposuspension, traitement du prolapsus) a ses indications et peut être salvatrice.

De même, une hyperprolactinémie > 100 ng/mL doit faire rechercher un adénome hypophysaire (prolactinome) par IRM. Ce n’est pas du ressort de la naturopathie. Si tu prends des médicaments qui augmentent la prolactine (antipsychotiques, métoclopramide, dompéridone, certains antidépresseurs), discute avec ton médecin d’une alternative ou d’un ajustement de dose. Ne modifie jamais un traitement médical sans avis médical.

En naturopathie, on travaille sur le terrain, sur l’optimisation hormonale, sur la prévention et l’accompagnement. On ne remplace pas le diagnostic médical, on ne traite pas les urgences. Mais dans le cadre d’une incontinence d’effort légère à modérée, résistante à la rééducation classique, avec un tableau hormonal perturbé, l’approche naturopathique apporte des résultats cliniques nets. En consultation, je vois des femmes récupérer leur continence après des mois voire des années d’échec, simplement en restaurant l’axe prolactine-dopamine et en soutenant les glandes de Skène.

Prévention : agir en post-partum et en périménopause

La meilleure stratégie reste la prévention. En post-partum, même si tu allaites, surveille ta prolactine à 3 mois, 6 mois, 12 mois. Si elle reste > 30 ng/mL au-delà de 6 mois et que tu présentes une incontinence, introduis du mucuna et de la vitamine B6. Soutiens ta thyroïde (dépistage de la thyroïdite post-partum systématique). Drainer ton foie dès les premières semaines post-partum (tisanes de chardon-marie, artichaut). Reprends une activité physique douce (marche, yoga postnatal) dès que possible, mais évite les impacts violents (course, trampoline, crossfit) avant 6 mois et sans rééducation préalable. En consultation, je recommande à toutes mes patientes enceintes un suivi naturopathique post-partum pour anticiper ces déséquilibres.

En périménopause, dès 45 ans, fais doser ta prolactine, ton œstradiol, ta T3 libre, ta DHEA-S. Commence à soutenir ta dopamine avant l’apparition des symptômes. Maintiens un apport protéique suffisant (1,2 à 1,5 g/kg/jour) pour assurer la synthèse de tyrosine. Pratique la musculation (qui stimule la testostérone et le tonus musculaire). Gère ton stress (le cortisol chronique épuise la dopamine et favorise l’hyperprolactinémie). Le système lymphatique joue aussi un rôle : un drainage lymphatique régulier (brossage à sec, rebondisseur doux, massages) améliore la circulation pelvienne et réduit l’œdème des glandes de Skène.

Ouvrir le champ : vers une médecine intégrative du plancher pelvien

L’incontinence féminine est un symptôme, pas une maladie. Derrière ce symptôme se cache un terrain hormonal, métabolique, inflammatoire, nerveux. Réduire le problème à une faiblesse musculaire, c’est passer à côté de l’essentiel. Les glandes de Skène, longtemps ignorées, oubliées, considérées comme anecdotiques, sont en réalité un carrefour stratégique du tonus urétral. Leur dysfonction explique pourquoi tant de femmes ne répondent pas à la rééducation classique, pourquoi l’incontinence persiste des années après l’accouchement, pourquoi elle s’aggrave en périménopause.

En consultation, je vois l’avenir de la médecine féminine dans cette approche intégrative : le kinésithérapeute rééduque le périnée, le naturopathe restaure le terrain hormonal, le gynécologue suit le tableau clinique, l’ostéopathe libère les tensions pelviennes. Chacun dans son rôle, tous en synergie. Les patientes qui bénéficient de cette approche récupèrent non seulement leur continence, mais aussi leur énergie, leur libido, leur confiance en leur corps. Parce qu’au fond, le plancher pelvien n’est pas qu’une affaire de muscles : c’est une affaire de vitalité, de terrain, d’équilibre hormonal. C’est exactement ce que la naturopathie sait faire depuis des décennies, et ce que la médecine conventionnelle commence enfin à intégrer. À toi maintenant de reprendre le contrôle, de doser ta prolactine, de soutenir ta dopamine, de restaurer tes glandes de Skène. Ton plancher pelvien te remerciera, et ta vie quotidienne aussi.

Questions fréquentes

01Les glandes de Skène ont-elles vraiment un rôle dans l’incontinence urinaire ?

Oui, absolument. Les glandes de Skène entourent l’urètre et sécrètent des substances (PSA, cytokines) qui modulent le tonus musculaire lisse de l’urètre. Elles sont sous contrôle de la prolactine et de la dopamine. Quand leur fonction est perturbée (post-partum, périménopause, hyperprolactinémie), le tonus urétral baisse, favorisant l’incontinence d’effort même chez des femmes ayant un plancher pelvien correctement tonique. En consultation, je vois des patientes qui font leurs exercices de Kegel depuis des mois sans amélioration : on oublie de doser la prolactine et d’investiguer ce tissu glandulaire. C’est une piste majeure en naturopathie hormonale.

02Comment savoir si mes glandes de Skène dysfonctionnent ?

Plusieurs signaux cliniques : incontinence d’effort (toux, saut, rire) résistante à la rééducation périnéale classique, sensation de faiblesse urétrale sans prolapsus objectivé, antécédent d’accouchement difficile ou de post-partum compliqué, cycles irréguliers avec hyperprolactinémie. Le dosage sanguin de prolactine est fondamental (idéalement à J3 ou J21, à distance de tout stress, rapport sexuel, stimulation mammaire). Une prolactine > 20-25 ng/mL en dehors de la grossesse ou de l’allaitement est déjà suspecte. En consultation, je vérifie aussi les signes associés : galactorrhée discrète, baisse de libido, sécheresse vaginale. Le toucher vaginal par un professionnel formé peut identifier un œdème ou une inflammation péri-urétrale.

03La rééducation périnéale suffit-elle pour traiter l’incontinence liée aux glandes de Skène ?

Non, pas toujours. La rééducation périnéale renforce le plancher pelvien musculaire (élévateurs de l’anus, transverse superficiel) et améliore la conscience proprioceptive, ce qui est capital. Mais si le problème provient d’un déficit de tonus musculaire lisse urétral par dysfonction des glandes de Skène (hyperprolactinémie, déficit dopaminergique), tu peux faire des Kegel toute ta vie sans récupérer. Il faut agir simultanément sur l’axe hormonal : normaliser la prolactine, soutenir la dopamine (mucuna, tyrosine, vitamine B6), drainer le foie (qui catabolise la prolactine), moduler l’inflammation locale. C’est une approche intégrative, pas un choix binaire entre rééducation et hormones.

04Quels sont les facteurs qui perturbent les glandes de Skène et favorisent l’incontinence ?

Le post-partum est le facteur majeur : hyperprolactinémie prolongée de l’allaitement, traumatisme direct lors de l’accouchement (déchirures périnéales, instrumentation), inflammation locale, stress oxydatif. La périménopause arrive en second : chute d’œstrogènes (qui soutiennent le tissu conjonctif urétral), baisse de dopamine liée au vieillissement. Autres facteurs : hypothyroïdie (ralentit la clairance de prolactine), stress chronique (épuise les neurotransmetteurs), dysbiose intestinale (inflammation systémique, conversion œstrogénique perturbée), déficits en vitamine B6, magnésium, zinc (cofacteurs dopaminergiques). En naturopathie, on cherche toujours le terrain sous-jacent : c’est rarement une panne isolée mais un effondrement multifactoriel.

05Peut-on restaurer la fonction des glandes de Skène naturellement ?

Oui, avec une approche structurée. Axe dopaminergique : mucuna pruriens (L-dopa naturelle) 300-500 mg/jour, tyrosine 500-1000 mg le matin, vitamine B6 sous forme P5P 50-100 mg/jour. Drainage hépatique : chardon-marie, desmodium, artichaut en EPS ou gélules. Modulation prolactinémique : vitex agnus-castus 200 mg/jour si cycle présent. Soutien du tissu conjonctif : vitamine C 1-2 g/jour, collagène marin hydrolysé, zinc 15-30 mg/jour. Réduction de l’inflammation : oméga-3 EPA/DHA 2 g/jour, curcumine liposomale. Rééducation périnéale ciblée. Correction de l’hypothyroïdie si présente. Gestion du stress (cortisol inhibe dopamine). Patience : 3 à 6 mois pour observer une amélioration franche. En consultation, je vois des résultats nets quand on combine ces leviers.

06L’incontinence post-partum est-elle vraiment hormonale ou juste mécanique ?

Les deux. Le traumatisme mécanique de l’accouchement (étirement, déchirures, lésions nerveuses pudendales) est indéniable, mais l’hyperprolactinémie de l’allaitement prolonge la dysfonction en maintenant un tonus urétral bas. La prolactine inhibe la libération pulsatile de GnRH, bloque la synthèse d’œstrogènes ovariens, réduit la dopamine (qui stimule le tonus musculaire lisse). Résultat : même un périnée anatomiquement correct peut fuir. En consultation, mes patientes qui allaitent longtemps (> 12 mois) gardent souvent une incontinence d’effort tant que la prolactine reste élevée. Dès qu’on introduit le sevrage progressif et qu’on soutient la dopamine, le tonus revient en quelques semaines. C’est spectaculaire et totalement sous-estimé en pratique clinique classique.

Ce contenu est à visée éducative et ne remplace pas l’avis d’un médecin. Pour toute pathologie, consultez votre médecin traitant ou un professionnel de santé qualifié. La naturopathie est une approche complémentaire et non substitutive à la médecine conventionnelle.

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