Micronutrition · · 9 min de lecture · Mis à jour le

Vitamine B5 (acide pantothénique) : la vitamine de tes surrénales et du coenzyme A

Carence en vitamine B5 : causes, fatigue surrénalienne, rôle du coenzyme A dans le métabolisme énergétique, sources alimentaires, antagonistes et.

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François Benavente

Naturopathe certifié

Arnaud a quarante-cinq ans. Cadre supérieur dans une entreprise de télécommunications, il vit sous pression permanente depuis cinq ans. Quand il est venu me consulter, il se plaignait d’une fatigue profonde qui ne cédait ni au repos ni aux vacances, d’une sensation étrange de brûlure dans les pieds surtout la nuit, et d’une incapacité à gérer le moindre stress supplémentaire : la moindre contrariété le faisait « exploser ». Son cortisol salivaire du matin, que j’ai fait doser, était effondré. Ses surrénales étaient à plat. Et parmi les nombreux cofacteurs qui leur manquaient, la vitamine B5 occupait une place centrale.

L’acide pantothénique tire son nom du grec pantos, « partout ». C’est la vitamine de l’ubiquité : elle est présente dans presque tous les aliments, ce qui explique pourquoi la carence clinique franche est rare. Mais la carence subclinique, celle qui fatigue tes surrénales sans te donner de symptôme spectaculaire, est beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense dans nos sociétés stressées et malnutries.

Axe surrenalien : de la vitamine B5 au coenzyme A et au cortisol

Les causes de la carence en B5

La B5 est effectivement présente dans presque tous les aliments naturels, mais l’alimentation moderne n’a plus rien de naturel. Le raffinage des céréales élimine quarante-cinq pour cent de la B5 du blé. La congélation en détruit trente à quarante pour cent. La mise en conserve en élimine cinquante à soixante-quinze pour cent. La cuisson à haute température en dégrade vingt à quarante pour cent. Un repas industriel typique (céréales raffinées, légumes en conserve, plat surgelé réchauffé) peut avoir perdu la majorité de sa B5 par rapport aux mêmes aliments frais, complets et cuits doucement.

Le stress chronique est le deuxième facteur. Les glandes surrénales sont l’organe qui contient la plus forte concentration de B5 de tout le corps, et pour cause : le coenzyme A dérivé de la B5 est indispensable à chaque étape de la synthèse du cortisol (et de toutes les hormones stéroïdiennes). Sous stress chronique, les surrénales consomment massivement la B5 pour produire le cortisol dont le corps a besoin pour s’adapter. C’est un mécanisme d’épuisement : plus le stress dure, plus les surrénales pompent la B5, plus les réserves s’appauvrissent, moins les surrénales peuvent répondre au stress suivant.

L’alcool réduit l’absorption et augmente l’élimination de la B5. Les régimes très hypocaloriques et les troubles alimentaires exposent à des carences globales en vitamines B incluant la B5. Les maladies inflammatoires intestinales altèrent son absorption.

Les symptômes de la carence

La B5 est le précurseur du coenzyme A (CoA), l’un des cofacteurs les plus polyvalents du métabolisme. Le CoA intervient dans plus de cent réactions métaboliques : cycle de Krebs (via l’acétyl-CoA), bêta-oxydation des acides gras, synthèse des hormones stéroïdiennes, synthèse de l’acétylcholine (neurotransmetteur), synthèse de la mélatonine, synthèse de l’hème et des porphyrines.

La fatigue est le symptôme le plus fréquent et le moins spécifique. C’est une fatigue surrénalienne, celle du « je n’en peux plus, je suis vidé », différente de la fatigue thyroïdienne (« je suis au ralenti ») ou de la fatigue ferriprive (« je suis essoufflé »). Elle s’accompagne d’une irritabilité disproportionnée, d’une intolérance au stress, et d’une difficulté à récupérer après l’effort.

Le syndrome des pieds brûlants (burning feet syndrome) est le signe le plus caractéristique de la carence en B5. Décrit initialement chez les prisonniers de guerre japonais et les déportés des camps, il se manifeste par des paresthésies à type de brûlure dans les plantes des pieds, surtout la nuit. Ce syndrome est causé par la démyélinisation des fibres nerveuses périphériques secondaire au déficit en CoA nécessaire à la synthèse des acides gras des gaines de myéline.

Les troubles du sommeil, la susceptibilité accrue aux infections (le CoA est nécessaire à la synthèse des anticorps), les crampes et la faiblesse musculaire, les troubles digestifs (nausées, douleurs abdominales) et une cicatrisation ralentie complètent le tableau. La chute de cheveux peut être un signe tardif par altération de la synthèse de kératine.

Comparatif carence en vitamine B5 versus terrain optimal

Les micronutriments essentiels à la B5

La cystéine est nécessaire à la synthèse du coenzyme A (la structure du CoA contient un résidu cystéine). Un apport insuffisant en cystéine (ou en son précurseur la méthionine) peut limiter la production de CoA même avec des apports suffisants en B5.

L’ATP est nécessaire à la phosphorylation de l’acide pantothénique en 4’-phosphopantothénate, première étape de la synthèse du CoA. Un déficit énergétique global (carence en fer, en B1, en B3) peut donc indirectement réduire la production de CoA. La B2 (riboflavine) est un autre maillon de cette chaîne mitochondriale, tandis que la B6 (P5P) et les folates (B9) interviennent dans les voies de synthèse qui en dépendent.

Le magnésium, cofacteur de la pantothénate kinase, est nécessaire à la première étape d’activation de la B5. Le magnésium bisglycinate à 300 à 400 milligrammes par jour est un complément systématique dans tout protocole de soutien surrénalien.

Les sources alimentaires

Le foie de poulet contient 8 milligrammes pour 100 grammes, soit la source la plus concentrée. La levure de bière en contient 11 milligrammes pour 100 grammes. Le jaune d’oeuf apporte 4 milligrammes pour 100 grammes. Les champignons shiitake contiennent 3,6 milligrammes pour 100 grammes. L’avocat apporte 1,4 milligrammes pour 100 grammes. Le saumon contient 1,6 milligrammes pour 100 grammes. Les lentilles fournissent 1,3 milligrammes pour 100 grammes. Les graines de tournesol apportent 7 milligrammes pour 100 grammes. Le brocoli contient 0,6 milligrammes pour 100 grammes. Le yaourt apporte 0,4 milligrammes pour 100 grammes.

Les apports recommandés sont de 5 milligrammes par jour pour les adultes. Curtay recommande 10 à 20 milligrammes par jour en dose optimale, et 100 à 500 milligrammes par jour en dose thérapeutique pour le soutien surrénalien.

Les antagonistes de la vitamine B5

Le stress chronique est l’antagoniste fonctionnel majeur par épuisement des réserves surrénaliennes. L’alcool, le café en excès (stimulation surrénalienne chronique) et le tabac augmentent les besoins. Les antibiotiques à large spectre détruisent la flore intestinale qui produit une petite quantité de B5 endogène.

L’acide oméga-hydroxy-pantothénique (hopanténate) est un antagoniste direct utilisé expérimentalement. Les sulfamides et certains diurétiques augmentent l’élimination rénale.

Le manque de sommeil épuise les surrénales et augmente les besoins en B5, créant un cercle vicieux avec la fatigue surrénalienne qui elle-même perturbe le sommeil.

Les causes oubliées de la carence

L’épuisement surrénalien (stade 3 de Selye) est la cause oubliée la plus fréquente. Quand les surrénales ont fonctionné en surrégime pendant des mois ou des années, leurs réserves en B5 sont épuisées. La supplémentation en B5 est alors un pilier de la reconstruction surrénalienne, aux côtés de la vitamine C (les surrénales contiennent aussi la plus forte concentration de vitamine C du corps) et des adaptogènes.

La grossesse et l’allaitement augmentent les besoins en B5 de quarante pour cent pour soutenir la synthèse hormonale et la croissance foetale. L’acné sévère à l’adolescence peut être un signe d’insuffisance relative en B5 par rapport aux besoins hormonaux de la puberté. Les sportifs d’endurance ont des besoins augmentés par la demande métabolique et surrénalienne accrue.

La chirurgie et les traumatismes augmentent massivement les besoins en CoA pour la synthèse du cortisol de stress et la réparation tissulaire. Un patient opéré qui « ne récupère pas » peut bénéficier d’une supplémentation en B5.

Les compléments alimentaires

Le pantothénate de calcium (D-calcium pantothenate) est la forme standard, bien absorbée et économique. La dose d’entretien est de 100 à 500 milligrammes par jour. La dose thérapeutique pour le soutien surrénalien est de 500 à 1500 milligrammes par jour.

La pantéthine est la forme active, déjà convertie en précurseur direct du CoA. Elle est particulièrement indiquée pour le profil lipidique : une méta-analyse de McRae (2005) a montré que 900 milligrammes par jour de pantéthine réduisaient le cholestérol total, le LDL et les triglycérides tout en augmentant le HDL. La pantéthine est la forme premium, plus coûteuse mais plus efficace.

Le dexpanthénol (provitamine B5) est la forme utilisée en application topique (crèmes cicatrisantes type Bepanthen) pour accélérer la cicatrisation cutanée.

Arnaud a commencé avec 500 milligrammes de pantothénate de calcium par jour, associé à de la vitamine C (1000 milligrammes en acérola), du magnésium bisglycinate (400 milligrammes), et de la rhodiola (300 milligrammes). En quatre semaines, ses pieds ne brûlaient plus la nuit. En huit semaines, son cortisol matinal avait remonté de quarante pour cent. Il avait retrouvé une capacité d’adaptation au stress qu’il avait perdue depuis des années.

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Sources

  • Leung, Lit-Hung. “Pantothenic acid deficiency as the pathogenesis of acne vulgaris.” Medical Hypotheses 44.6 (1995) : 490-492.
  • McRae, Marc P. “Treatment of hyperlipoproteinemia with pantethine: a review and analysis of efficacy and tolerability.” Nutrition Research 25.4 (2005) : 319-333.
  • Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie : bases scientifiques et pratique médicale. Testez Éditions, 2016.
  • Hertoghe, Thierry. Atlas de médecine hormonale et nutritionnelle. Luxembourg : International Medical Books, 2006.

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Questions fréquentes

01 Pourquoi appelle-t-on la B5 la vitamine anti-stress ?

La vitamine B5 est le précurseur du coenzyme A, indispensable à la synthèse du cortisol et de toutes les hormones stéroïdiennes dans les glandes surrénales. Les surrénales contiennent la plus forte concentration de B5 de tout l'organisme. Sous stress chronique, la demande en cortisol augmente, ce qui épuise les réserves de B5 surrénaliennes. La supplémentation en B5 soutient la capacité des surrénales à répondre au stress.

02 La B5 aide-t-elle l'acné ?

L'étude de Leung publiée en 1995 a montré que des doses élevées de pantothénate de calcium (10 grammes par jour) réduisaient significativement l'acné en améliorant le métabolisme des acides gras via le coenzyme A. La B5 favorise la bêta-oxydation des lipides sébacés, réduisant la production de sébum. Des doses plus modérées de 1 à 2 grammes par jour sont souvent utilisées en pratique clinique avec des résultats encourageants.

03 La B5 est-elle vraiment présente partout dans l'alimentation ?

Son nom vient du grec pantos (partout), et effectivement la B5 est présente dans presque tous les aliments. Cependant, le raffinage des céréales, la cuisson, la congélation et la mise en conserve détruisent quarante à soixante-quinze pour cent de la B5 alimentaire. L'alimentation moderne ultra-transformée peut donc créer des déficits subcliniques malgré l'ubiquité théorique de cette vitamine.

04 Quels sont les signes d'une carence en B5 ?

Les signes sont souvent non spécifiques : fatigue, irritabilité, troubles du sommeil, sensation de brûlure dans les pieds (burning feet syndrome), crampes musculaires, troubles digestifs, susceptibilité accrue aux infections. Le burning feet syndrome est le signe le plus caractéristique, décrit chez les prisonniers de guerre sous-alimentés.

05 Quel lien entre B5 et cholestérol ?

Le coenzyme A (dérivé de la B5) est indispensable à la synthèse du cholestérol et à la synthèse des acides biliaires à partir du cholestérol. Le pantéthine, forme active de la B5, à 900 milligrammes par jour réduit le cholestérol total de huit pour cent, le LDL de onze pour cent et les triglycérides de quatorze pour cent selon une méta-analyse de McRae (2005), tout en augmentant le HDL.

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