Arnaud a quarante-cinq ans. Cadre supérieur dans une entreprise de télécommunications, il vit sous pression permanente depuis cinq ans. Quand il est venu me consulter, il se plaignait d’une fatigue profonde qui ne cédait ni au repos ni aux vacances, d’une sensation étrange de brûlure dans les pieds surtout la nuit, et d’une incapacité à gérer le moindre stress supplémentaire : la moindre contrariété le faisait « exploser ». Son cortisol salivaire du matin, que j’ai fait doser, était effondré. Ses surrénales étaient à plat. Et parmi les nombreux cofacteurs qui leur manquaient, la vitamine B5 occupait une place centrale.
L’acide pantothénique tire son nom du grec pantos, « partout ». C’est la vitamine de l’ubiquité : elle est présente dans presque tous les aliments, ce qui explique pourquoi la carence clinique franche est rare. Mais la carence subclinique, celle qui fatigue tes surrénales sans te donner de symptôme spectaculaire, est beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense dans nos sociétés stressées et malnutries.
Les causes de la carence en B5
La B5 est effectivement présente dans presque tous les aliments naturels, mais l’alimentation moderne n’a plus rien de naturel. Le raffinage des céréales élimine quarante-cinq pour cent de la B5 du blé. La congélation en détruit trente à quarante pour cent. La mise en conserve en élimine cinquante à soixante-quinze pour cent. La cuisson à haute température en dégrade vingt à quarante pour cent. Un repas industriel typique (céréales raffinées, légumes en conserve, plat surgelé réchauffé) peut avoir perdu la majorité de sa B5 par rapport aux mêmes aliments frais, complets et cuits doucement.
Le stress chronique est le deuxième facteur. Les glandes surrénales sont l’organe qui contient la plus forte concentration de B5 de tout le corps, et pour cause : le coenzyme A dérivé de la B5 est indispensable à chaque étape de la synthèse du cortisol (et de toutes les hormones stéroïdiennes). Sous stress chronique, les surrénales consomment massivement la B5 pour produire le cortisol dont le corps a besoin pour s’adapter. C’est un mécanisme d’épuisement : plus le stress dure, plus les surrénales pompent la B5, plus les réserves s’appauvrissent, moins les surrénales peuvent répondre au stress suivant.
L’alcool réduit l’absorption et augmente l’élimination de la B5. Les régimes très hypocaloriques et les troubles alimentaires exposent à des carences globales en vitamines B incluant la B5. Les maladies inflammatoires intestinales altèrent son absorption.
Les symptômes de la carence
La B5 est le précurseur du coenzyme A (CoA), l’un des cofacteurs les plus polyvalents du métabolisme. Le CoA intervient dans plus de cent réactions métaboliques : cycle de Krebs (via l’acétyl-CoA), bêta-oxydation des acides gras, synthèse des hormones stéroïdiennes, synthèse de l’acétylcholine (neurotransmetteur), synthèse de la mélatonine, synthèse de l’hème et des porphyrines.
La fatigue est le symptôme le plus fréquent et le moins spécifique. C’est une fatigue surrénalienne, celle du « je n’en peux plus, je suis vidé », différente de la fatigue thyroïdienne (« je suis au ralenti ») ou de la fatigue ferriprive (« je suis essoufflé »). Elle s’accompagne d’une irritabilité disproportionnée, d’une intolérance au stress, et d’une difficulté à récupérer après l’effort.
Le syndrome des pieds brûlants (burning feet syndrome) est le signe le plus caractéristique de la carence en B5. Décrit initialement chez les prisonniers de guerre japonais et les déportés des camps, il se manifeste par des paresthésies à type de brûlure dans les plantes des pieds, surtout la nuit. Ce syndrome est causé par la démyélinisation des fibres nerveuses périphériques secondaire au déficit en CoA nécessaire à la synthèse des acides gras des gaines de myéline.
Les troubles du sommeil, la susceptibilité accrue aux infections (le CoA est nécessaire à la synthèse des anticorps), les crampes et la faiblesse musculaire, les troubles digestifs (nausées, douleurs abdominales) et une cicatrisation ralentie complètent le tableau. La chute de cheveux peut être un signe tardif par altération de la synthèse de kératine.
Atlas de sémiologie · 7 planches
Ce qui se voit quand la vitamine B5 manque
Un tableau non spécifique, polymorphe, souvent masqué par les autres vitamines du groupe B : les signes se lisent ensemble.

1 / 7 La plante du pied, ses nerfs
- Nerfs plantaires brûlures, picotements : le « burning feet syndrome »
- Nerfs des orteils fourmillements
Les mêmes paresthésies peuvent toucher les mains.

2 / 7 La peau en coupe, ses 3 couches
- Plaie superficielle elle se referme lentement
- Épiderme sec, terne
- Collagène du derme ses fibres s’assemblent moins solidement
Aussi : des ongles fragiles, parfois une chute de cheveux diffuse.

3 / 7 La glande surrénale en coupe
- Cortex de la surrénale il concentre la B5 pour fabriquer cortisol, DHEA et aldostérone
Souvent avec : des réveils nocturnes entre 2 h et 4 h, une tension qui chute en se levant, des palpitations.

4 / 7 Le muscle, du faisceau à la fibre
- Muscle douleurs diffuses, fatigue précoce à l’effort
- Fibre musculaire crampes la nuit ou à l’effort
- Mitochondries la CoA y fait tourner la production d’énergie

5 / 7 La muqueuse de l’intestin grêle
- Muqueuse étanche elle se renouvelle vite et consomme beaucoup d’énergie
- Muqueuse poreuse fragilisée, sa perméabilité augmente
Aussi : des nausées le matin, une constipation ou un transit qui alterne.

6 / 7 Le neurone et sa synapse
- Synapse la CoA y sert à fabriquer l’acétylcholine : sans elle, concentration et mémoire flanchent
- Gaine de myéline la B5 fournit ses acides gras à longue chaîne
Aussi : une fatigue mentale le matin, des réveils nocturnes, des céphalées de tension.

7 / 7 Un petit vaisseau ouvert, ses globules rouges
- Globules altérés moins souples, ils vivent moins longtemps
- Globules qui éclatent une discrète anémie, sans manque de fer
- Membrane du globule la CoA contribue à fabriquer ses acides gras
Les signes relevés dans le Précis des micronutriments, au complet : certains dépassent le sujet de cet article. Voir l’atlas en grand.
Les micronutriments essentiels à la B5
La cystéine est nécessaire à la synthèse du coenzyme A (la structure du CoA contient un résidu cystéine). Un apport insuffisant en cystéine (ou en son précurseur la méthionine) peut limiter la production de CoA même avec des apports suffisants en B5.
L’ATP est nécessaire à la phosphorylation de l’acide pantothénique en 4’-phosphopantothénate, première étape de la synthèse du CoA. Un déficit énergétique global (carence en fer, en B1, en B3) peut donc indirectement réduire la production de CoA. La B2 (riboflavine) est un autre maillon de cette chaîne mitochondriale, tandis que la B6 (P5P) et les folates (B9) interviennent dans les voies de synthèse qui en dépendent.
Le magnésium, cofacteur de la pantothénate kinase, est nécessaire à la première étape d’activation de la B5. Le magnésium bisglycinate à 300 à 400 milligrammes par jour est un complément systématique dans tout protocole de soutien surrénalien.
Les sources alimentaires
Le foie de poulet contient 8 milligrammes pour 100 grammes, soit la source la plus concentrée. La levure de bière en contient 11 milligrammes pour 100 grammes. Le jaune d’œuf apporte 4 milligrammes pour 100 grammes. Les champignons shiitake contiennent 3,6 milligrammes pour 100 grammes. L’avocat apporte 1,4 milligrammes pour 100 grammes. Le saumon contient 1,6 milligrammes pour 100 grammes. Les lentilles fournissent 1,3 milligrammes pour 100 grammes. Les graines de tournesol apportent 7 milligrammes pour 100 grammes. Le brocoli contient 0,6 milligrammes pour 100 grammes. Le yaourt apporte 0,4 milligrammes pour 100 grammes.
Les apports recommandés sont de 5 milligrammes par jour pour les adultes. Curtay recommande 10 à 20 milligrammes par jour en dose optimale, et 100 à 500 milligrammes par jour en dose thérapeutique pour le soutien surrénalien.
Les antagonistes de la vitamine B5
Le stress chronique est l’antagoniste fonctionnel majeur par épuisement des réserves surrénaliennes. L’alcool, le café en excès (stimulation surrénalienne chronique) et le tabac augmentent les besoins. Les antibiotiques à large spectre détruisent la flore intestinale qui produit une petite quantité de B5 endogène.
L’acide oméga-hydroxy-pantothénique (hopanténate) est un antagoniste direct utilisé expérimentalement. Les sulfamides et certains diurétiques augmentent l’élimination rénale.
Le manque de sommeil épuise les surrénales et augmente les besoins en B5, créant un cercle vicieux avec la fatigue surrénalienne qui elle-même perturbe le sommeil.
Les causes oubliées de la carence
L’épuisement surrénalien (stade 3 de Selye) est la cause oubliée la plus fréquente. Quand les surrénales ont fonctionné en surrégime pendant des mois ou des années, leurs réserves en B5 sont épuisées. La supplémentation en B5 est alors un pilier de la reconstruction surrénalienne, aux côtés de la vitamine C (les surrénales contiennent aussi la plus forte concentration de vitamine C du corps) et des adaptogènes.
La grossesse et l’allaitement augmentent les besoins en B5 de quarante pour cent pour soutenir la synthèse hormonale et la croissance fœtale. L’acné sévère à l’adolescence peut être un signe d’insuffisance relative en B5 par rapport aux besoins hormonaux de la puberté. Les sportifs d’endurance ont des besoins augmentés par la demande métabolique et surrénalienne accrue.
La chirurgie et les traumatismes augmentent massivement les besoins en CoA pour la synthèse du cortisol de stress et la réparation tissulaire. Un patient opéré qui « ne récupère pas » peut bénéficier d’une supplémentation en B5.
Les compléments alimentaires
Le pantothénate de calcium (D-calcium pantothénate) est la forme standard, bien absorbée et économique. La dose d’entretien est de 100 à 500 milligrammes par jour. La dose thérapeutique pour le soutien surrénalien est de 500 à 1500 milligrammes par jour.
La pantéthine est la forme active, déjà convertie en précurseur direct du CoA. Elle est particulièrement indiquée pour le profil lipidique : une méta-analyse de McRae (2005) a montré que 900 milligrammes par jour de pantéthine réduisaient le cholestérol total, le LDL et les triglycérides tout en augmentant le HDL. La pantéthine est la forme premium, plus coûteuse mais plus efficace.
Le dexpanthénol (provitamine B5) est la forme utilisée en application topique (crèmes cicatrisantes type Bepanthen) pour accélérer la cicatrisation cutanée.
Arnaud a commencé avec 500 milligrammes de pantothénate de calcium par jour, associé à de la vitamine C (1000 milligrammes en acérola), du magnésium bisglycinate (400 milligrammes), et de la rhodiola (300 milligrammes). En quatre semaines, ses pieds ne brûlaient plus la nuit. En huit semaines, son cortisol matinal avait remonté de quarante pour cent. Il avait retrouvé une capacité d’adaptation au stress qu’il avait perdue depuis des années.
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Lire aussi dans cette série
- Vitamine B1 (thiamine) : l’étincelle de ton énergie et de ton cerveau
- Vitamine B2 (riboflavine) : tes mitochondries ne tournent pas sans elle
- Vitamine B3 (niacine) : le carburant NAD+ de chacune de tes cellules
- Vitamine B6 (P5P) : cerveau, intestin et hormones en une molécule
- Vitamine B8 (biotine) : cheveux, peau et glycémie en une molécule
- Vitamine B9 (folates) : méthylation, grossesse et homocystéine
Pour aller plus loin
- Stress, cortisol et thyroïde : pourquoi l’ordre compte vraiment
- Magnésium : pourquoi ta thyroïde, ton sommeil et ton stress en dépendent
- Basedow et stress : la thyroïde de l’émotion
- Burn-out : quand ton cerveau reptilien prend le contrôle
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Sources
- Leung, Lit-Hung. “Pantothenic acid deficiency as the pathogenesis of acne vulgaris.” Medical Hypotheses 44.6 (1995) : 490-492.
- McRae, Marc P. “Treatment of hyperlipoproteinemia with pantethine : a review and analysis of efficacy and tolerability.” Nutrition Research 25.4 (2005) : 319-333.
- Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie : bases scientifiques et pratique médicale. Testez Éditions, 2016.
- Hertoghe, Thierry. Atlas de médecine hormonale et nutritionnelle. Luxembourg : International Médical Books, 2006.
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Recette saine : Jus endive-carotte-céleri : L’endive soutient les surrénales.





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