Bien-être · · 12 min de lecture · Mis à jour le

La méthode Hertoghe : hormones, micronutrition et médecine du terrain

Le Dr Thierry Hertoghe soigne les hormones depuis 4 générations. Découvre sa méthode complète : normes optimales, 13 questionnaires hormonaux, 18 bilans.

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François Benavente

Naturopathe certifié

Marc a cinquante-trois ans. Depuis cinq ans, il fait le tour des spécialistes. L’endocrinologue lui dit que sa thyroïde est normale. Le cardiologue lui dit que sa tension est limite mais pas inquiétante. L’urologue lui dit que sa testostérone est dans les normes. Le psychiatre lui a proposé un antidépresseur pour sa fatigue chronique et sa libido en berne. Chaque spécialiste regarde son organe, sort un chiffre, le compare à la fourchette du laboratoire, et conclut : « C’est normal. » Pourtant Marc se sent vieux. Il a pris douze kilos en cinq ans sans changer d’alimentation. Il se couche épuisé et se réveille épuisé. Il ne supporte plus le froid. Sa peau est devenue papier de verre. Et quand il regarde des photos d’il y a dix ans, il ne reconnaît pas l’homme qu’il était.

J’ai repris les bilans de Marc avec les normes du Dr Hertoghe. Sa T4 libre à 1,05 ng/dL ? « Normale » pour le labo (fourchette 0,7-1,8). Insuffisante pour Hertoghe (optimal à 1,3). Sa testostérone à 350 ng/dL ? « Normale » pour le labo (250-900). Basse pour Hertoghe (optimal au tiers supérieur). Sa DHEA, son cortisol matinal, sa mélatonine : tous « dans les normes » mais tous dans le tiers inférieur. Marc n’avait pas UNE carence hormonale. Il avait un affaissement global de toutes ses hormones, chacune juste assez haute pour être déclarée normale, mais toutes ensemble insuffisantes pour maintenir la vitalité.

Schéma de la méthode Hertoghe : hormones et micronutrition

C’est exactement ce que le Dr Hertoghe appelle la médecine du terrain hormonal. Et c’est ce que je vais te présenter ici : pas un protocole isolé pour la thyroïde ou les surrénales, mais la vision complète d’un homme dont la famille soigne les hormones depuis plus d’un siècle.

Quatre générations d’endocrinologues : la dynastie Hertoghe

L’histoire commence en 1892. Le Dr Eugen Hertoghe, médecin belge, est le premier en Europe à administrer des extraits thyroïdiens à ses patients hypothyroïdiens. À une époque où la thyroïde était à peine comprise, il observe que des patients cachectiques, gelés, déprimés, reprennent vie en quelques semaines sous extraits de thyroïde animale. Il publie ses observations, documente les signes cliniques (la perte du tiers externe des sourcils comme marqueur d’hypothyroïdie est un « signe de Hertoghe »), et pose les bases d’une médecine hormonale fondée sur la clinique.

Son fils poursuit. Puis son petit-fils. Et aujourd’hui, le Dr Thierry Hertoghe, quatrième génération, dirige une clinique à Bruxelles spécialisée dans la médecine anti-âge et hormonale. Il a formé des milliers de médecins à travers le monde, publié l’Atlas of Endocrinology for Hormone Therapy et le Hormone Handbook, et développé un système de questionnaires cliniques qui permet d’évaluer l’ensemble du terrain hormonal et micronutritionnel d’un patient en une consultation.

Ce qui distingue fondamentalement Hertoghe de l’endocrinologie conventionnelle tient en trois principes que j’applique quotidiennement en cabinet.

Principe un : les normes optimales contre les normes de laboratoire

C’est le combat central de toute la méthode Hertoghe. Les laboratoires d’analyses définissent leurs normes sur la moyenne de la population qui vient se faire tester. Le problème, c’est que cette population n’est pas en bonne santé. Elle est fatiguée, stressée, sédentaire, mal nourrie. La « norme » reflète la médiocrité statistique, pas la santé optimale.

Hertoghe propose des normes optimales, fondées non pas sur la moyenne des patients malades mais sur les valeurs associées à l’absence de symptômes et au meilleur fonctionnement. La différence est considérable.

Pour la thyroïde, la T4 libre optimale selon Hertoghe est de 1,3 ng/dL. Le labo déclare normal tout ce qui est entre 0,7 et 1,8. Un patient à 0,9 est « normal » pour le labo. Il est hypothyroïdien fonctionnel pour Hertoghe. Et les études lui donnent raison : en dessous de 1,33 ng/dL de T4 libre, le risque de syndrome métabolique augmente significativement. Je détaille les sept nutriments essentiels à la thyroïde et les normes complètes dans mon article sur la thyroïde et la micronutrition.

Pour la ferritine, le labo accepte tout ce qui dépasse 12 ng/mL chez la femme. Hertoghe situe l’optimal entre 50 et 100. En dessous de 30, la conversion T4 vers T3 est compromise, et le fer manquant entraîne une chute de T3 et une montée de T3 reverse de quarante-sept pour cent. C’est documenté par Beard en 1990 et je l’explique en détail dans l’article sur le régime Hertoghe.

Pour la DHEA, le labo donne une fourchette tellement large (80-560 mcg/dL chez l’homme de 30-40 ans) qu’un patient à 100 est déclaré normal alors qu’il est au plancher. Hertoghe vise le tiers supérieur de la fourchette, ajusté à l’âge.

Ce décalage entre normes labo et normes optimales explique pourquoi des millions de patients s’entendent dire « c’est normal » alors qu’ils souffrent. Marc était dans ce cas. Chaque hormone individuellement « dans les normes ». Mais toutes ensemble dans le tiers inférieur. Hertoghe appelle ça la « déficience multiple subclinique » : pas assez basse pour un diagnostic, suffisamment basse pour détruire la qualité de vie.

Principe deux : la clinique avant la biologie

Hertoghe répète dans chacune de ses formations : « Regardez le patient avant de regarder le bilan. » Les signes physiques d’une déficience hormonale sont souvent plus fiables que les chiffres du laboratoire. La perte du tiers externe des sourcils oriente vers l’hypothyroïdie. Les paupières gonflées au réveil évoquent un déficit en hormone de croissance. La peau fine comme du papier à cigarettes sur le dos des mains pointe vers un manque de DHEA. Les cernes violacées permanentes suggèrent un épuisement surrénalien. Les veines très apparentes sur les avant-bras orientent vers un déficit en vasopressine.

C’est la raison pour laquelle Hertoghe a développé treize questionnaires hormonaux. Chaque questionnaire évalue les symptômes cliniques d’une hormone spécifique : thyroïde, cortisol, DHEA, testostérone, œstrogènes, progestérone, mélatonine, aldostérone, vasopressine, hormone de croissance, insuline. Le score obtenu permet d’identifier les déficiences probables avant même de doser.

J’utilise ces questionnaires en cabinet depuis des années. Le questionnaire thyroïde de Claeys (adapté de Hertoghe) est souvent le premier que je fais passer. Dix symptômes, un score de 0 à 40, et une orientation clinique qui guide le bilan sanguin plutôt que l’inverse. Tous les questionnaires hormonaux Hertoghe sont disponibles sur la page questionnaires du site.

Principe trois : les hormones en symphonie

C’est peut-être la contribution la plus importante de Hertoghe à l’endocrinologie moderne. Les hormones ne fonctionnent pas en silo. Elles forment une symphonie où chaque instrument affecte tous les autres.

Le cortisol écrase la thyroïde quand il est en excès (le stress chronique bloque la conversion T4 vers T3). Les œstrogènes en excès augmentent la TBG (protéine de transport) et réduisent la T3 libre disponible. La DHEA protège contre l’excès de cortisol (le ratio cortisol/DHEA est un marqueur clé du vieillissement). La mélatonine régule le cycle veille-sommeil qui conditionne la sécrétion de toutes les autres hormones. L’insuline en excès bloque la perte de poids et amplifie l’inflammation systémique.

C’est pourquoi traiter la thyroïde seule quand les surrénales sont épuisées ne fonctionne pas. C’est pourquoi supplémenter en testostérone sans vérifier les œstrogènes peut aggraver la situation. Et c’est pourquoi le Levothyrox prescrit en monothérapie ne résout pas les symptômes de la moitié des patients hypothyroïdiens : il remplace la T4 mais ne corrige ni la conversion hépatique, ni les cofacteurs, ni l’équilibre hormonal global.

Hertoghe recommande de traiter dans l’ordre : d’abord les surrénales (cortisol, DHEA), puis la thyroïde, puis les hormones sexuelles (œstrogènes, progestérone, testostérone), puis les hormones secondaires (mélatonine, GH, vasopressine). Cet ordre n’est pas arbitraire. Si tu commences par la thyroïde alors que tes surrénales sont au sol, tu risques d’aggraver la fatigue : la thyroïde accélère un métabolisme que les surrénales n’ont plus la capacité de soutenir.

Les dix-huit questionnaires micronutritionnels

Au-delà des hormones, Hertoghe a élargi sa méthode à la micronutrition. Il a développé dix-huit questionnaires couvrant les carences en vitamines et minéraux les plus fréquentes : vitamine A, B1, B2, B3, B5, B6, B8, B9, B12, C, D, E, K, oméga-3, oméga-6, zinc, fer, magnésium.

Le principe est le même que pour les hormones : les symptômes cliniques orientent le bilan, pas l’inverse. Des ongles striés longitudinalement évoquent un manque de fer. Des crampes nocturnes pointent vers le magnésium. Des saignements de gencives récurrents orientent vers la vitamine C. Des bleus faciles suggèrent la vitamine K. Hertoghe a systématisé ces correspondances en questionnaires normés, utilisables en consultation pour cibler les dosages sanguins les plus pertinents au lieu de demander un bilan « complet » qui coûte une fortune et noie les informations utiles.

C’est la combinaison des questionnaires hormonaux et micronutritionnels qui donne à la méthode Hertoghe sa puissance. Pour Marc, le croisement des scores a révélé un pattern cohérent : déficience thyroïdienne subclinique + DHEA basse + fer insuffisant + magnésium effondré + vitamine D à 22 ng/mL. Chaque carence micronutritionnelle aggravait les déficiences hormonales, et chaque déficience hormonale aggravait les carences. Un cercle vicieux que seule une vision d’ensemble pouvait identifier.

La chronobiologie alimentaire et le régime optimal

Le régime Hertoghe n’est pas un régime au sens restrictif du terme. C’est une organisation alimentaire fondée sur la chronobiologie : manger les bons aliments au bon moment pour synchroniser alimentation et rythme hormonal.

Le matin, Hertoghe recommande des protéines et des graisses de qualité. La raison est biochimique : les protéines fournissent la tyrosine qui nourrit la dopamine, le neurotransmetteur de l’éveil et de la motivation. Les graisses stabilisent la glycémie et fournissent le cholestérol précurseur de toutes les hormones stéroïdiennes. Un petit-déjeuner protéiné (œufs, avocat, amandes) lance la journée avec de la dopamine. Un petit-déjeuner sucré (céréales, confiture, jus de fruits) lance la journée avec un pic d’insuline suivi d’un crash à onze heures.

Le soir, Hertoghe recommande les féculents. Contre-intuitif à l’ère du low-carb, mais fondé sur la biochimie : les glucides augmentent le tryptophane cérébral, précurseur de la sérotonine, elle-même précurseur de la mélatonine. Manger des féculents le soir favorise l’endormissement et la qualité du sommeil. Manger des protéines le soir surcharge le foie avec des acides aminés qui ralentissent la conversion T4 vers T3 pendant toute la nuit.

Au-delà de la chronobiologie, Hertoghe recommande la suppression des produits laitiers (la caséine écrase la T3 de soixante-deux à soixante-neuf pour cent selon Tyzbir 1981), la suppression de la caféine (effondrement de quatre-vingt-cinq pour cent de la TSH selon Spindel 1980), la cuisson douce en dessous de 110°C, et une alimentation de type paléolithique riche en fruits, légumes, protéines de qualité et bonnes graisses.

La génomique : l’avenir de la médecine hormonale

La dimension la plus récente de la méthode Hertoghe est la génomique. Les polymorphismes génétiques (SNP) expliquent pourquoi deux patients avec le même bilan sanguin peuvent avoir des symptômes radicalement différents. Le gène DIO2, par exemple, code l’enzyme qui convertit la T4 en T3 active. Un polymorphisme de ce gène (présent chez environ quinze pour cent de la population) ralentit cette conversion et rend le Levothyrox seul insuffisant pour normaliser les symptômes, même quand la TSH est « parfaite ».

Les polymorphismes MTHFR affectent la méthylation, processus biochimique central pour la détoxication, la synthèse de neurotransmetteurs et le métabolisme des hormones. Le gène FUT2 affecte la capacité de l’intestin à nourrir les bactéries protectrices. Le gène COMT influence la vitesse à laquelle les œstrogènes sont dégradés par le foie.

Hertoghe intègre ces données génomiques dans ses protocoles pour personnaliser la supplémentation. Un patient DIO2 polymorphe aura besoin d’une combinaison T4+T3 plutôt que du Levothyrox seul. Un patient MTHFR homozygote aura besoin de folates méthylés plutôt que d’acide folique synthétique. Cette personnalisation génomique est l’avenir de la médecine hormonale, et Hertoghe est l’un des premiers endocrinologues à l’intégrer systématiquement dans sa pratique clinique.

Ce que Hertoghe a changé dans ma pratique

En consultation, j’utilise les outils Hertoghe quotidiennement. Les questionnaires hormonaux et micronutritionnels me permettent d’identifier les carences probables avant de demander un bilan sanguin. Les normes optimales me donnent un cadre d’interprétation plus exigeant que les fourchettes de laboratoire. La vision symphonique des hormones m’empêche de traiter un organe isolé quand c’est tout le terrain qui s’effondre.

Pour Marc, la stratégie a été celle que Hertoghe préconise : d’abord les surrénales (magnésium, B5, adaptogènes, gestion du stress), puis la thyroïde (fer, sélénium, iode progressif, vitamine D à dose Hertoghe), puis le terrain global (chronobiologie alimentaire, suppression des laitages et du café, exercice physique matinal). Quatre mois plus tard, sa T4 libre était passée de 1,05 à 1,25, sa DHEA avait remonté, et surtout, il avait perdu cinq kilos et retrouvé une énergie qu’il pensait disparue pour toujours.

Hertoghe n’est pas un gourou de la médecine anti-âge. C’est un clinicien rigoureux, issu d’une lignée de cliniciens rigoureux, qui a eu l’audace de dire ce que beaucoup de médecins pensent tout bas : les normes de laboratoire sont trop larges, la clinique doit primer sur la biologie, et les hormones forment un orchestre qu’on ne peut pas diriger en ne regardant qu’un seul musicien.

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Sources

  • Hertoghe, Thierry. Atlas of Endocrinology for Hormone Therapy. International Medical Books, 2010.
  • Hertoghe, Thierry. The Hormone Handbook. International Medical Books, 2006.
  • Spindel, E., et al. « Neuroendocrine effects of caffeine. » J Pharmacol Exp Ther 214, no. 1 (1980) : 58-62.
  • Tyzbir, R.S., et al. « Influence of dietary protein on thyroid function. » J Nutr 111, no. 2 (1981) : 252-259.
  • Beard, J.L., et al. « Impaired thermoregulation and thyroid function in iron-deficiency anemia. » Am J Clin Nutr 52, no. 5 (1990) : 813-819.

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Questions fréquentes

01 Qui est le Dr Hertoghe et pourquoi sa méthode est-elle différente ?

Le Dr Thierry Hertoghe est un endocrinologue belge dont la famille soigne les hormones depuis 1892 : quatre générations. Sa méthode se distingue par trois principes : des normes optimales (pas les normes labo), la clinique avant la biologie (les symptômes comptent plus que les chiffres), et une vision symphonique où toutes les hormones interagissent entre elles.

02 Qu'est-ce que les normes optimales Hertoghe ?

Les normes optimales Hertoghe sont des fourchettes plus étroites que les normes de laboratoire standard. Par exemple, la T4 libre optimale est à 1,3 ng/dL selon Hertoghe, alors que les labos considèrent comme normal tout ce qui est entre 0,7 et 1,8. En dessous de 1,33, le risque de syndrome métabolique augmente déjà. Cette différence explique pourquoi des millions de patients sont déclarés normaux alors qu'ils souffrent.

03 Combien de questionnaires Hertoghe existent ?

Le Dr Hertoghe a développé 13 questionnaires hormonaux (thyroïde, cortisol, DHEA, testostérone, œstrogènes, progestérone, mélatonine, aldostérone, vasopressine, hormone de croissance, insuline) et 18 questionnaires micronutritionnels (vitamines A à K, oméga-3, oméga-6, zinc, fer, magnésium). Soit 31 questionnaires au total pour cartographier l'ensemble du terrain.

04 Quel est le régime alimentaire recommandé par Hertoghe ?

Le régime Hertoghe est de type paléolithique optimisé : fruits et légumes en abondance, protéines de qualité le matin (dopamine), féculents le soir (sérotonine/mélatonine), cuisson douce, suppression des produits laitiers (caséine abaisse la T3 de 62-69%) et de la caféine (effondre la TSH de 85%). La chronobiologie alimentaire est un pilier central.

05 Hertoghe prescrit-il des hormones de synthèse ?

Hertoghe privilégie les hormones bio-identiques (structurellement identiques aux hormones humaines) plutôt que les molécules de synthèse. Mais il insiste sur le fait que la supplémentation hormonale ne vient qu'en dernier recours : d'abord l'alimentation, ensuite la micronutrition, puis le mode de vie, et seulement si tout ça ne suffit pas, les hormones bio-identiques sous contrôle médical.

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