Micronutrition · · 25 min de lecture · Mis à jour le

Magnésium : le minéral que 75% des Français n'ont pas en quantité suffisante

Carence en magnésium : causes, cercle vicieux stress-magnésium, formes biodisponibles, bisglycinate vs oxyde, sources alimentaires, antagonistes et.

FB

François Benavente

Naturopathe certifié

Tu prends du magnésium marin depuis trois mois. Le soir, tu avales tes deux gélules avec un verre d’eau, comme c’est écrit sur la boîte. Tu as lu sur Instagram que le magnésium, c’est la solution au stress, aux crampes, à l’insomnie. Trois mois plus tard : rien n’a changé. Les crampes sont toujours là. Le sommeil est toujours fragmenté. La paupière continue de trémousser. Et tu te dis que le magnésium, c’est du marketing.

Non. Le magnésium n’est pas du marketing. Ton magnésium marin, par contre, est une arnaque biochimique. L’oxyde de magnésium qu’il contient a une biodisponibilité de 4 à 5 %1. Quatre pour cent. Sur 300 mg avalés, 12 mg arrivent dans tes cellules. Le reste finit dans tes toilettes. Personne ne t’a expliqué que la forme, le dosage, le moment de la prise et surtout les cofacteurs conditionnent tout. Et personne ne t’a expliqué pourquoi tu fuis ton magnésium en permanence, avant même de parler de ce que tu avales.

« L’alimentation moyenne actuelle fournit environ 120 mg de magnésium pour 1000 kilocalories. Une femme qui consomme 1700 kilocalories par jour reçoit donc 204 mg de magnésium. L’apport nutritionnel conseillé est de 360 à 420 mg. Le déficit est structurel. » Dr Anne Lucas, PharmD, DU MAPS 2020, cours #33 “L’homme métal, l’homme minéral”

Ce cours m’a ouvert les yeux. Pas parce que je ne savais pas que les Français manquaient de magnésium. Mais parce que le Dr Lucas a posé les chiffres, un par un, avec la rigueur d’une pharmacienne et la clarté d’une enseignante qui veut qu’on comprenne. Et quand on comprend ces chiffres, on comprend pourquoi trois Français sur quatre sont en déficit. Ce n’est pas un accident. C’est une conséquence mathématique de notre alimentation moderne.

Le magnésium est le quatrième minéral le plus abondant du corps humain. Il est cofacteur de plus de 300 réactions enzymatiques2. Trois cents. Quand un seul minéral participe à trois cents réactions, cela signifie que sa carence ne se manifeste pas par un symptôme, mais par une constellation de symptômes. C’est pour ça que le magnésium passe sous le radar : ses signes de déficit sont tellement variés qu’on ne fait jamais le lien. Il intervient dans la production d’énergie cellulaire, la synthèse des protéines, la réplication de l’ADN, la transmission nerveuse, la contraction musculaire et la régulation de la glycémie. Il module le système immunitaire, participe à la synthèse de la sérotonine et de la mélatonine, et stabilise les membranes cellulaires. Robert Masson, dans sa Diététique de l’expérience, classait le magnésium parmi les « minéraux de structure et de fonction », ceux dont la carence ne provoque pas une maladie spécifique mais un effondrement progressif du terrain. Marchesseau aurait parlé de toxémie par insuffisance de catalyse enzymatique. Le vocabulaire change, le constat reste le même : sans magnésium, rien ne tourne rond.

Les causes de la carence en magnésium

Le cycle de fuite et de compensation du magnesium : du sol appauvri a la cellule videe

Le déficit en magnésium n’est pas un accident individuel. C’est un problème structurel, arithmétique, que le Dr Anne Lucas a détaillé avec une précision chirurgicale dans le cours #33 du DU MAPS. L’étude ESVITAF montre que plus de 80 % des femmes et plus de 60 % des hommes ont des apports en magnésium inférieurs aux recommandations3. L’étude du Val-de-Marne, plus détaillée encore, révèle que plus de 80 % des femmes de 18 à 50 ans et plus de 90 % des femmes de plus de 50 ans sont en déficit de magnésium. Le calcul est simple : 1000 kilocalories d’alimentation courante fournissent environ 120 mg de magnésium. Une femme dont l’apport calorique se situe autour de 1700 kcal/jour reçoit donc 204 mg. Les ANC sont de 360 mg pour une femme et 420 mg pour un homme. Le déficit quotidien est de l’ordre de 150 à 200 mg. Multiplié par 365 jours par an, multiplié par des années, cela donne des réserves intracellulaires qui s’effondrent en silence.

Le Dr Lucas a détaillé sept facteurs qui expliquent pourquoi l’alimentation moderne ne couvre plus nos besoins. Le premier est la pauvreté des sols. L’agriculture intensive a appauvri les sols en minéraux depuis des décennies. Un article publié dans le British Food Journal a montré que la teneur en magnésium des légumes avait chuté de 24 % entre 1940 et 20024. Le deuxième facteur est le lessivage. Les engrais chimiques, en modifiant l’équilibre ionique des sols, accélèrent la lixiviation du magnésium. Les pluies acides font le reste. Le magnésium, très soluble, est le premier minéral à disparaître des couches arables. Le troisième est l’utilisation massive de pesticides et d’herbicides, qui perturbent la vie microbienne du sol. Les mycorhizes, ces champignons symbiotiques qui aident les racines des plantes à capter les minéraux, sont décimées par le glyphosate. Résultat : la plante pousse, mais elle est minéralement appauvrie.

Le quatrième facteur est la maturation précoce. Les fruits et légumes sont récoltés avant maturité pour supporter le transport et le stockage. Or c’est dans les derniers jours de maturation que la plante concentre ses minéraux. Un fruit cueilli vert ne mûrit pas vraiment sur l’étalage, il ramollit. Ce n’est pas la même chose. Le cinquième facteur est le raffinage. La farine blanche a perdu 80 % de son magnésium par rapport à la farine complète. Le riz blanc, 83 %. Le sucre blanc, 99 %. Chaque étape de transformation industrielle retire du magnésium. C’est un appauvrissement systématique que Marchesseau dénonçait déjà dans sa bromatologie : l’aliment raffiné est un aliment mort. Le sixième facteur est la cuisson. La cuisson à haute température détruit une partie des cofacteurs enzymatiques et le magnésium se dissout dans l’eau de cuisson. Une cuisson à la vapeur douce préserve bien mieux les minéraux qu’une cuisson à l’eau bouillante, et c’est pour ça que je recommande systématiquement le passage aux ustensiles de cuisine saine et à la technique de cuisson douce. Le septième facteur est l’épluchage et les additifs alimentaires. L’épluchage retire la partie la plus riche en minéraux (la peau des légumes). Et certains additifs alimentaires (phosphates, polyphosphates) chélatent le magnésium dans le tube digestif et le rendent indisponible.

Et puis il y a le mécanisme le plus vicieux de tous : le cercle stress-magnésium. C’est probablement le mécanisme que j’explique le plus souvent en consultation, et c’est celui qui résonne le plus chez mes patients. Quand tu es stressé, ton axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien s’active et libère du cortisol. Le cortisol augmente l’excrétion rénale du magnésium5. Tu perds du magnésium dans tes urines à chaque épisode de stress. Plus tu es stressé, plus tu fuis ton magnésium. Mais l’inverse est tout aussi vrai. Quand ton magnésium intracellulaire chute, le seuil de déclenchement de ta réponse au stress s’abaisse. Le GABA, ton neurotransmetteur calmant, a besoin de magnésium pour se lier correctement à son récepteur GABA-A. Sans magnésium, le GABA est moins efficace, et le glutamate (neurotransmetteur excitateur) prend le dessus. Tu deviens hyperréactif, irritable, anxieux. Le bruit te dérange. Les enfants t’épuisent. La moindre contrariété prend des proportions démesurées. Et ce stress additionnel te fait perdre encore plus de magnésium.

Jean-Paul Curtay appelle cela le « cercle magnésium-stress » et le considère comme l’un des mécanismes centraux de la fatigue chronique moderne. Et il a raison. En consultation, quand un patient me décrit une irritabilité progressive, une intolérance au bruit, des crampes nocturnes et un sommeil fragmenté, je pense magnésium avant tout. Dans huit cas sur dix, la correction du seul magnésium (avec les bons cofacteurs, dans la bonne forme) suffit à casser le cercle en trois à quatre semaines.

Le Dr Lucas a résumé tout cela en une phrase : « Avant même de parler de supplémentation, il faut comprendre que l’aliment moderne est un véhicule à moitié vide. » Cette phrase, je l’ai notée mot pour mot. Elle résume cinquante ans de dérive alimentaire. Et ce déficit en magnésium ne vit pas seul. Il s’inscrit dans une cascade de carences qui s’amplifient mutuellement. Les enquêtes montrent que 80 % de la population est déficiente en zinc, 40 % en folates (B9), 60 % en vitamine B1. Le déficit en magnésium aggrave le déficit en calcium, et le déficit en vitamine D aggrave en retour le déficit en calcium et en magnésium. C’est un cercle vicieux minéral que personne ne corrige parce que personne ne le voit dans sa globalité.

Les symptômes de la carence

La beauté de la sémiologie naturopathique, c’est qu’elle permet de suspecter un déficit avant toute analyse de sang. Et pour le magnésium, c’est d’autant plus important que le dosage sanguin classique (magnésémie) est un marqueur médiocre. Seulement 1 % du magnésium corporel circule dans le sang. Le reste est intracellulaire (os, muscles, tissus mous). Tu peux avoir une magnésémie « normale » et être profondément carencé au niveau cellulaire.

Les crampes musculaires sont le signe le plus connu. Le mollet qui se contracte violemment la nuit. La plante du pied qui se raidit. Mais il y a des signes plus subtils. Le tremblement de la paupière (fasciculations palpébrales) est un indicateur très fiable de déficit en magnésium. La constipation chronique est un signal d’alerte que je prends très au sérieux : le magnésium est nécessaire à la motricité du côlon, et sa carence ralentit le transit. L’irritabilité et la sensibilité au bruit témoignent du déséquilibre GABA/glutamate évoqué dans le cercle stress-magnésium. Les migraines, surtout cataméniales chez la femme, répondent souvent spectaculairement à la correction du magnésium. Et les réveils entre 3h et 5h du matin, que l’on attribue souvent à un déficit en sérotonine, sont fréquemment aggravés par un manque de magnésium, puisque le magnésium est cofacteur de la conversion sérotonine en mélatonine.

Un signe que je recherche systématiquement et que les patients ne mentionnent jamais spontanément : le signe de Chvostek. Tu percutes avec le doigt la zone située entre la pommette et la commissure des lèvres. Si la joue se contracte involontairement, c’est un signe d’hyperexcitabilité neuromusculaire par déficit en magnésium et/ou en calcium. Ce n’est pas un test parfait, mais en première intention, il oriente bien.

La fatigue chronique est un autre symptôme cardinal, souvent banalisé. L’ATP, la molécule qui alimente chaque cellule de ton corps, n’existe pas sous forme libre. Elle circule sous forme de MgATP, un complexe magnésium-ATP. Sans magnésium, l’ATP ne peut pas être utilisée par les enzymes de la chaîne respiratoire mitochondriale. Concrètement : sans magnésium, tes mitochondries tournent au ralenti, et ta fatigue devient chronique. Le Dr Lucas insistait sur ce point en cours : le magnésium n’est pas un « boost d’énergie » au sens marketing du terme, c’est un prérequis biochimique à la production d’énergie. Il y a une différence fondamentale entre les deux. Le magnésium est aussi un cofacteur de la superoxyde dismutase (SOD), l’une des enzymes antioxydantes les plus puissantes de l’organisme, ce qui signifie que sa carence amplifie le stress oxydant et accélère le vieillissement cellulaire.

Tu veux évaluer ton risque de carence ? Le questionnaire magnésium de Curtay que j’utilise en cabinet permet un dépistage rapide en 2 minutes. Si tu cumules plus de quatre symptômes, la probabilité d’un déficit est très élevée.

Les micronutriments essentiels au magnésium

Le Dr Lucas a insisté sur un point que je retrouve rarement dans les articles de vulgarisation : le magnésium seul ne suffit pas. Il a besoin de cofacteurs essentiels pour entrer dans la cellule et y rester. Un complément de magnésium sans ses cofacteurs, c’est comme essayer de remplir un seau percé sans avoir bouché les trous. L’intention est bonne, l’exécution est incomplète.

La taurine est le premier cofacteur. C’est un acide aminé soufré qui agit comme un « gardien de porte » : elle facilite l’entrée du magnésium dans la cellule et réduit sa fuite urinaire. Sans taurine, tu absorbes du magnésium mais tu le perds aussi vite. La taurine est elle-même un neurotransmetteur inhibiteur, ce qui explique pourquoi le duo magnésium-taurine a un effet calmant tellement supérieur au magnésium seul. En cabinet, je dose systématiquement 500 à 1000 mg de taurine par jour en association avec le magnésium, et la différence clinique est flagrante.

La vitamine B6, sous sa forme active pyridoxal-5-phosphate (P5P), est le deuxième cofacteur indispensable. La B6 est nécessaire au transport du magnésium à travers les membranes cellulaires. Elle intervient aussi dans la synthèse de la sérotonine, du GABA et de la dopamine, ce qui signifie qu’un déficit en B6 aggrave simultanément le déficit en magnésium et en neurotransmetteurs. Le Dr Lucas rappelait que la forme classique de B6 (pyridoxine HCl) doit être convertie en P5P par le foie, et que cette conversion est souvent compromise chez les personnes surchargées, hypothyroïdiennes ou sous pilule contraceptive. Prescrire directement du P5P contourne ce problème.

La synergie la plus critique est celle avec le calcium. L’absorption du calcium intestinal est dépendante de la vitamine D. Mais l’activation de la vitamine D (hydroxylation hépatique puis rénale) est elle-même dépendante du magnésium comme cofacteur enzymatique. Un déficit en magnésium entraîne donc un déficit fonctionnel en vitamine D active, qui entraîne un déficit en absorption de calcium. C’est une cascade à trois étages que le Dr Lucas a schématisée au tableau : Mg bas, vitamine D inactive, calcium non absorbé. Et l’inverse est vrai aussi : un déficit en vitamine D aggrave le déficit en magnésium par un mécanisme rénal6. Le cercle se ferme.

La synergie avec le zinc est tout aussi importante. Le magnésium et le zinc sont tous deux cofacteurs de la SOD (superoxyde dismutase), et leur déficit conjoint amplifie le stress oxydant. En consultation, je corrige presque toujours magnésium et zinc ensemble, parce que leurs carences coexistent dans plus de 70 % des cas.

Le magnésium interagit aussi avec le potassium. La pompe Na+/K+ ATPase, qui maintient le potentiel de membrane de toutes tes cellules, dépend du magnésium pour fonctionner. Un déficit en magnésium peut induire une hypokaliémie (potassium bas) résistante à la supplémentation en potassium tant que le magnésium n’est pas corrigé. C’est un phénomène que je vois régulièrement en cabinet : des patients qui supplémentent en potassium sans résultat, simplement parce que le magnésium manque en amont.

Les sources alimentaires

Les eaux minérales riches en magnésium sont un apport quotidien facile et souvent sous-estimé. L’Hépar apporte 110 mg/L, la Contrex 74 mg/L, et la Rozana 160 mg/L. Pour quelqu’un qui boit 1,5 litre d’Hépar par jour, c’est 165 mg de magnésium supplémentaire sans effort. C’est le premier geste que je recommande en consultation : changer d’eau minérale.

Côté alimentation solide, les graines de courge dominent le classement avec 535 mg pour 100 g. Les amandes suivent avec 270 mg/100 g, puis le chocolat noir 85 % avec 230 mg/100 g. Les épinards cuits apportent 87 mg/100 g, les haricots blancs 63 mg/100 g, les lentilles cuites 36 mg/100 g. Les céréales complètes non raffinées (riz complet, sarrasin, quinoa) sont aussi de bonnes sources, à condition de ne pas les raffiner. L’écart entre la farine complète et la farine blanche est de 80 % de magnésium perdu, ce qui donne la mesure du désastre nutritionnel que représente le raffinage industriel.

Le trempage des légumineuses et des céréales est un geste fondamental que les naturopathes recommandent depuis toujours. Il réduit les phytates de 30 à 50 %, améliorant considérablement la biodisponibilité du magnésium (et des autres minéraux). La cuisson douce maximise la préservation des cofacteurs enzymatiques. Et la germination va encore plus loin en neutralisant quasi totalement les antinutriments tout en augmentant la teneur en vitamines et en minéraux biodisponibles.

Un point pratique que je répète en consultation : le chocolat noir à 85 % minimum est un allié précieux. Deux carrés par jour, c’est environ 50 mg de magnésium, du tryptophane pour la sérotonine, et des polyphénols antioxydants. C’est l’un des rares aliments « plaisir » que je recommande sans réserve, à condition que le pourcentage de cacao soit suffisant.

Les antagonistes du magnésium

Avant d’ajouter du magnésium, il faut arrêter d’en perdre. Et les facteurs de fuite sont nombreux dans le mode de vie moderne.

Le café est le premier antagoniste. La caféine augmente l’excrétion rénale du magnésium de 30 à 40 %. Trois cafés par jour, c’est l’équivalent de jeter 50 mg de magnésium supplémentaires par les urines. C’est un chiffre considérable quand on sait que le déficit quotidien moyen est déjà de 150 mg. Je ne demande pas à mes patients d’arrêter le café (ce serait irréaliste et contre-productif), mais de le réduire à un par jour maximum, pris 30 minutes après le repas, jamais à jeun.

Les IPP (inhibiteurs de la pompe à protons), prescrits contre le reflux gastrique, sont le deuxième antagoniste majeur. Ils diminuent l’absorption intestinale du magnésium en réduisant l’acidité gastrique dont il a besoin pour être solubilisé. Les études montrent qu’un usage prolongé d’IPP (supérieur à un an) augmente significativement le risque d’hypomagnésémie. Je vois régulièrement en consultation des patients sous oméprazole depuis des années qui cumulent tous les signes de déficit en magnésium. La première chose que je fais dans ces cas-là, c’est de réévaluer avec le médecin traitant la pertinence du traitement au long cours.

L’alcool est un triple antagoniste. Son effet diurétique direct augmente les pertes urinaires. Il perturbe le transport tubulaire rénal du magnésium. Et il altère la muqueuse intestinale, réduisant l’absorption. La règle naturopathique est simple : un maximum de deux verres par semaine, et encore.

La compétition magnésium-calcium pour l’absorption intestinale est bien documentée. C’est pourquoi je recommande de ne pas prendre magnésium et calcium au même moment de la journée. Le fer entre aussi en compétition avec le magnésium pour les mêmes transporteurs intestinaux. Si tu prends du fer le matin pour une anémie, prends ton magnésium le soir. C’est un détail logistique simple qui change complètement l’efficacité de la supplémentation.

Le stress chronique, comme je l’ai développé dans le cercle vicieux stress-magnésium, est le plus puissant de tous les antagonistes. Et c’est le plus insidieux, parce qu’il crée un cercle auto-entretenu. Les phosphates et polyphosphates présents dans les additifs alimentaires (sodas, charcuterie industrielle, plats préparés) chélatent le magnésium dans le tube digestif. Et le sucre raffiné consomme du magnésium pour être métabolisé sans en apporter aucun, ce qui en fait un voleur net de magnésium.

Les causes oubliées de la carence

Le lien entre magnésium et thyroïde est fascinant et trop souvent ignoré. Le magnésium est cofacteur de la désiodase de type 2, l’enzyme qui convertit la T4 (inactive) en T3 (active) dans les tissus périphériques. Un patient hypothyroïdien sous Levothyrox qui reste fatigué malgré une TSH « dans les normes » est très souvent en déficit de magnésium intracellulaire. Le Levothyrox apporte de la T4, mais sans magnésium, cette T4 ne se convertit pas en T3. Et sans T3, les mitochondries ne reçoivent pas le signal d’accélérer leur production d’énergie. C’est une double peine biochimique qui explique pourquoi tant de patients thyroïdiens restent fatigués.

Chez les patients atteints de Hashimoto, le magnésium joue un rôle supplémentaire : il module la réponse inflammatoire. Des études montrent qu’une supplémentation en magnésium réduit la CRP et les cytokines pro-inflammatoires IL-6 et TNF-alpha7. Or l’inflammation chronique est le moteur de la destruction thyroïdienne dans Hashimoto. Corriger le magnésium, c’est à la fois améliorer la conversion hormonale et freiner le processus auto-immun. C’est un geste thérapeutique à double dividende.

Le magnésium intervient aussi dans la chaîne de synthèse des neurotransmetteurs. Il est cofacteur de l’enzyme AADC qui convertit le 5-HTP en sérotonine, et de l’enzyme AANAT qui convertit la sérotonine en mélatonine. Un patient qui se plaint de troubles de l’humeur et d’insomnie a besoin qu’on vérifie son magnésium avant toute autre démarche. C’est du bon sens biochimique. Le magnésium est aussi un cofacteur clé dans le sommeil, parce qu’il freine la libération de cortisol nocturne et active les récepteurs GABA-A, le principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau.

La grossesse augmente les besoins en magnésium de 40 à 50 %. Le magnésium prévient les crampes, les contractions prématurées et la pré-éclampsie. C’est un des premiers compléments que je recommande en protocole préconceptionnel. Les femmes allaitantes ont des besoins encore plus élevés. Et les femmes sous pilule contraceptive déplémentent leur magnésium en permanence, un fait que la médecine conventionnelle omet systématiquement de mentionner.

Les sportifs perdent du magnésium par la sueur et par l’augmentation du métabolisme mitochondrial. Un sportif régulier a besoin de 500 à 600 mg par jour minimum, soit 50 % de plus que les ANC officiels. Sans magnésium, la récupération musculaire est compromise et le risque de blessures augmente.

Les patients souffrant de fibromyalgie présentent fréquemment un déficit profond en magnésium intracellulaire. Le malate de magnésium est particulièrement intéressant dans ce contexte, car l’acide malique participe au cycle de Krebs et soutient la production d’énergie mitochondriale, le point faible central de cette pathologie.

Les personnes âgées cumulent les facteurs de risque : diminution de l’absorption intestinale, polymédication (IPP, diurétiques), alimentation appauvrie, sédentarité. La carence en magnésium aggrave le déclin cognitif, l’ostéoporose (le magnésium est indispensable à la fixation du calcium dans l’os), les troubles du rythme cardiaque et la sarcopénie. C’est un terrain de fragilité que la supplémentation en magnésium peut significativement améliorer.

Les compléments alimentaires

Comparatif des formes de magnesium : biodisponibilite et indications

C’est ici que la plupart des gens se font avoir. Le Dr Lucas a consacré une partie entière du cours #33 aux formes de magnésium, et les différences de biodisponibilité sont stupéfiantes.

L’oxyde de magnésium est la forme la plus vendue en pharmacie. C’est aussi la moins bien absorbée. Sa biodisponibilité est estimée entre 4 et 5 % dans les études cliniques1. Autrement dit, sur 300 mg de magnésium-élément annoncés sur l’étiquette, entre 12 et 15 mg franchissent la barrière intestinale. Le reste provoque un effet laxatif osmotique (le magnésium non absorbé attire l’eau dans le côlon) qui passe souvent pour un « effet détox ». Non. C’est un effet diarrhéique. Le magnésium marin, le magnésium pharmacie de base, les produits à 6 euros en grande surface : presque tous contiennent de l’oxyde. C’est un gaspillage pur et simple.

Le citrate de magnésium est nettement mieux absorbé, autour de 25 à 30 %. Il a un léger effet laxatif qui peut être utile chez les patients constipés. C’est une forme honnête, mais pas optimale.

Le bisglycinate de magnésium est la forme que je recommande en première intention. Le magnésium est chélaté à deux molécules de glycine, un acide aminé. Cette chélation protège le magnésium de la compétition avec les phytates et les fibres dans le tube digestif. Sa biodisponibilité dépasse 40 %8. La glycine a elle-même un effet calmant sur le système nerveux (elle est agoniste des récepteurs NMDA inhibiteurs), ce qui en fait une forme doublement intéressante pour le stress et l’insomnie.

Le glycérophosphate de magnésium est une autre forme hautement biodisponible, très bien tolérée sur le plan digestif. C’est la forme qu’on retrouve dans les produits haut de gamme de micronutrition.

Le thréonate de magnésium a la particularité de franchir la barrière hémato-encéphalique plus efficacement que les autres formes. Des études chez l’animal montrent une amélioration des fonctions cognitives et de la mémoire9. C’est une forme intéressante pour les patients vieillissants ou présentant un déclin cognitif.

Le malate de magnésium est intéressant pour les patients souffrant de fibromyalgie et de fatigue chronique, car l’acide malique participe au cycle de Krebs et soutient la production d’énergie mitochondriale. Le taurate de magnésium associe magnésium et taurine, un des cofacteurs les plus importants du magnésium. Pertinent pour le soutien cardiovasculaire et la régulation du rythme cardiaque.

En pratique, voici le protocole que j’utilise en cabinet depuis cinq ans, avec des résultats cliniques remarquables. Magnésium bisglycinate : 300 à 600 mg par jour, en deux prises (200 mg le matin au petit-déjeuner pour soutenir la production d’énergie MgATP, et 200 à 400 mg au dîner ou au coucher pour favoriser la détente musculaire et le sommeil). Taurine : 500 à 1000 mg par jour. Vitamine B6 P5P : 25 à 50 mg par jour. Durée initiale : 3 mois minimum, souvent 6 mois pour reconstituer les réserves intracellulaires. La dose est ajustée selon la tolérance digestive. Si des selles molles apparaissent, on réduit de 100 mg. C’est l’avantage du bisglycinate : la tolérance digestive est excellente chez la grande majorité des patients.

Avant de supplémenter, il faut supprimer les facteurs de fuite : réduire le café à un par jour, travailler sur la gestion du stress (cohérence cardiaque, respiration, marche en nature), réévaluer les IPP avec le médecin traitant, limiter l’alcool. C’est la base hygiéniste que Marchesseau plaçait en amont de toute supplémentation. Et un déficit en magnésium qui ne se corrige pas malgré une supplémentation bien conduite doit faire chercher un problème d’absorption : hypochlorhydrie gastrique, dysbiose intestinale, perméabilité intestinale. Le terrain digestif, c’est toujours là qu’il faut commencer.

Les patients sous Levothyrox doivent savoir que le magnésium peut réduire l’absorption de leur médicament s’il est pris au même moment. La règle est simple : Levothyrox le matin à jeun, magnésium au petit-déjeuner (30 minutes après) et au dîner. Les personnes souffrant d’insuffisance rénale doivent être prudentes : les reins éliminent l’excès de magnésium, et une insuffisance rénale peut entraîner une accumulation dangereuse. La supplémentation doit être encadrée médicalement dans ce cas.

Le magnésium est un outil puissant, mais ce n’est pas une solution unique. Si tu souffres de troubles du rythme cardiaque, de convulsions, d’une hypomagnésémie sévère documentée par bilan sanguin (magnésémie inférieure à 0,65 mmol/L), il faut consulter un médecin. La naturopathie est un accompagnement, pas un remplacement. Un naturopathe compétent travaille en synergie avec le médecin, pas contre lui. C’est cette complémentarité que je défends depuis le premier jour de ma pratique.

Le magnésium est partout. Dans tes muscles, tes os, tes neurones, tes mitochondries, tes hormones. Quand il manque, rien ne fonctionne de manière optimale. Les crampes, l’insomnie, l’irritabilité, la constipation, la fatigue chronique, les migraines : tous ces symptômes que la médecine traite séparément avec cinq médicaments différents ont souvent une racine commune. Et cette racine, elle coûte moins de 20 euros par mois à corriger. Il suffit de choisir la bonne forme, d’ajouter les bons cofacteurs, et de supprimer les facteurs de fuite. C’est simple. C’est logique. C’est de la biochimie. Et c’est exactement ce que le Dr Anne Lucas nous a enseigné au DU MAPS : avant de prescrire, comprenez le mécanisme. Avant de supplémenter, corrigez le terrain.

Si tu veux un accompagnement personnalisé, tu peux prendre rendez-vous en consultation. Pour la supplémentation en magnésium, Sunday Natural propose du magnésium bisglycinate, de la taurine et de la vitamine B6 P5P de qualité pharmaceutique (-10% avec le code FRANCOIS10). Retrouve tous mes partenariats avec les codes promo exclusifs.


Pour aller plus loin

Tu veux evaluer ton statut ? Fais le questionnaire stress holmes rahe gratuit en 2 minutes.

Tu veux evaluer ton statut ? Fais le questionnaire hertoghe melatonine gratuit en 2 minutes.

Sources

  • Lucas, Anne. “L’homme métal, l’homme minéral.” Cours #33, DU MAPS, Faculté de Pharmacie, 2020.
  • Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie. Marco Pietteur, 2016.
  • Curtay, Jean-Paul. Okinawa, un programme global pour mieux vivre. Anne Carrière, 2006.
  • Hertoghe, Thierry. The Hormone Handbook. 2e éd. Luxembourg : International Medical Books, 2012.
  • Masson, Robert. Diététique de l’expérience. Guy Trédaniel, 2003.
  • Mouton, Georges. Écologie digestive. Marco Pietteur, 2004.

« L’oligo-élément est à l’enzyme ce que l’étincelle est au moteur. Sans lui, la réaction biochimique ne démarre pas. » Robert Masson

Références scientifiques

Recette saine : Mousse chocolat-avocat au cacao cru : Le cacao cru est la source n.1 de magnesium.

Footnotes

  1. Firoz, M., et M. Graber. “Bioavailability of US Commercial Magnesium Preparations.” Magnesium Research 14, no. 4 (2001): 257-262. PMID: 11794633. 2

  2. de Baaij, Jeroen H.F., Joost G.J. Hoenderop, et René J.M. Bindels. “Magnesium in Man: Implications for Health and Disease.” Physiological Reviews 95, no. 1 (2015): 1-46. PMID: 25540137.

  3. Galan, Pilar, et al. “Dietary Magnesium Intake in a French Adult Population.” Magnesium Research 10, no. 4 (1997): 321-328. PMID: 9513928.

  4. Thomas, David. “A Study on the Mineral Depletion of the Foods Available to Us as a Nation over the Period 1940 to 2002.” Nutrition and Health 19, no. 1-2 (2007): 21-55. PMID: 18309763.

  5. Seelig, Mildred S. “Consequences of Magnesium Deficiency on the Enhancement of Stress Reactions; Preventive and Therapeutic Implications.” Journal of the American College of Nutrition 13, no. 5 (1994): 429-446. PMID: 7836621.

  6. Reddy, Varsha, et Istvan G. Telem. “The Role of Magnesium in Vitamin D Activation and Function.” Journal of the American Osteopathic Association 118, no. 3 (2018): 181-189. PMID: 29480918.

  7. Nielsen, Forrest H., et al. “Magnesium Supplementation Improves Indicators of Low Magnesium Status and Inflammatory Stress in Adults Older than 51 Years with Poor Quality Sleep.” Magnesium Research 23, no. 4 (2010): 158-168. PMID: 21199787.

  8. Schuette, Sara A., Beverly A. Lashner, et Martin Janghorbani. “Bioavailability of Magnesium Diglycinate vs Magnesium Oxide in Patients with Ileal Resection.” Journal of Parenteral and Enteral Nutrition 18, no. 5 (1994): 430-435. PMID: 7815675.

  9. Slutsky, Inna, et al. “Enhancement of Learning and Memory by Elevating Brain Magnesium.” Neuron 65, no. 2 (2010): 165-177. PMID: 20152124.

Tu veux approfondir ce sujet ?

Chaque semaine, un enseignement de naturopathie orthodoxe, une recette de jus et des réflexions sur le terrain.

Questions fréquentes

01 Quelle est la meilleure forme de magnésium à prendre ?

Le bisglycinate de magnésium est la forme la mieux tolérée et la plus biodisponible (supérieure à 40 %). Il est chélaté à la glycine, un acide aminé calmant, ce qui le rend doublement intéressant pour le stress et le sommeil. Le glycérophosphate de magnésium est une alternative solide. L'oxyde de magnésium, vendu partout en pharmacie, n'a que 4 à 5 % de biodisponibilité réelle et provoque des diarrhées.

02 Le magnésium aide-t-il vraiment à dormir ?

Oui. Le magnésium active les récepteurs GABA-A, le principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau. Il freine aussi la libération de cortisol nocturne et sert de cofacteur à la conversion sérotonine en mélatonine. Une prise de 300 à 400 mg de bisglycinate au dîner améliore significativement l'endormissement, la durée du sommeil profond et la réduction des réveils entre 3h et 5h.

03 Le magnésium réduit-il le stress ?

Le stress chronique augmente l'excrétion rénale du magnésium via le cortisol. La carence en magnésium amplifie en retour la réponse au stress en réduisant le GABA et en augmentant le glutamate excitateur. C'est un cercle vicieux. La supplémentation casse ce cercle en restaurant le tonus GABAergique et en freinant l'hyperactivation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.

04 Combien de magnésium faut-il prendre par jour ?

Les ANC officiels sont de 360 mg pour une femme et 420 mg pour un homme. En pratique naturopathique, une supplémentation de 300 à 600 mg par jour en bisglycinate est courante, répartie en deux prises (matin et soir). Les cofacteurs taurine et vitamine B6 (forme P5P) sont indispensables pour que le magnésium entre réellement dans la cellule.

05 Quand faut-il prendre le magnésium dans la journée ?

Idéalement en deux prises : 200 mg le matin au petit-déjeuner pour soutenir la production d'énergie (MgATP), et 200 à 400 mg au dîner ou au coucher pour favoriser la détente musculaire et le sommeil. Toujours avec de la taurine et de la B6. Éviter la prise simultanée avec du fer ou du calcium, qui entrent en compétition pour l'absorption intestinale.

Cet article t'a été utile ?

Donne une note pour m'aider à m'améliorer

Laisser un commentaire