Histoire naturo · · 20 min de lecture · Mis à jour le

Marchesseau : l'équation de la vitalité et la naturopathie orthodoxe

PV Marchesseau a fondé la naturopathie orthodoxe : équation S=(FV×GE×SN)/(SH/PE), morphotypes, bromatologie et déconditionnement en 3 étapes.

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François Benavente

Naturopathe certifié

En 1935, dans un petit appartement parisien surchargé de livres, un homme de vingt-quatre ans termine la lecture du dernier ouvrage de Paul Carton. Il a déjà dévoré Hippocrate dans le texte, étudié les travaux de Kneipp sur l’hydrothérapie, décortiqué la méthode Kuhne, parcouru les publications américaines de Lindlahr et de Benedict Lust. Il griffonne dans un carnet des équations, des schémas, des flèches. Il cherche quelque chose que personne avant lui n’a tenté : unifier toutes ces traditions en un seul système cohérent. Cet homme s’appelle Pierre-Valentin Marchesseau. Il ne le sait pas encore, mais il est en train de fonder ce qu’il nommera la naturopathie orthodoxe, et de poser les bases de l’enseignement naturopathique en France pour les soixante-dix années à venir.

« La maladie n’est pas un ennemi à combattre, c’est un effort de la nature pour rétablir l’ordre. » Pierre-Valentin Marchesseau

L’homme qui a tout lu

Pour comprendre Marchesseau, il faut comprendre l’ampleur de sa culture. Ce n’est pas un praticien qui a lu trois livres et ouvert un cabinet. C’est un érudit qui a consacré sa vie entière à l’étude systématique de toutes les traditions de santé naturelle, depuis l’Antiquité jusqu’aux découvertes contemporaines. Pythagore et son régime végétarien. Hippocrate et sa théorie des humeurs. Paracelse et la force vitale. Kneipp et les cures d’eau froide. Kuhne et les bains de siège dérivatifs. Paul Carton et l’hygiénisme français. Henry Lindlahr et la philosophie naturelle de la guérison. Benedict Lust, fondateur de la naturopathie américaine. Marchesseau a tout lu, tout comparé, tout croisé.

Ce qui le distingue de ses prédécesseurs, c’est sa capacité de synthèse. Là où Carton parlait du terrain et de la tempérance, là où Kneipp ne jurait que par l’eau, là où Lindlahr structurait la guérison en trois ordres, Marchesseau a fusionné ces approches en un système global. Il ne s’est pas contenté de reprendre. Il a créé. Plus de quatre-vingts ouvrages en témoignent, couvrant l’anatomie, la physiologie, la psychologie, la philosophie, la diététique, l’iridologie, la réflexologie, la morphotypologie, la bromatologie. Un corpus gigantesque, rédigé avec une rigueur quasi scientifique, dans une langue parfois aride mais toujours précise.

Marchesseau considérait l’être humain comme un tout indivisible. Ce n’est pas un slogan. C’est la pierre angulaire de toute son oeuvre. Le physique, le mental, l’émotionnel, l’énergétique et le spirituel ne sont pas cinq compartiments séparés. Ce sont cinq expressions d’une même réalité vivante. Soigner le corps sans considérer l’esprit est aussi absurde que de repeindre la façade d’une maison dont les fondations s’effondrent. Cette vision holistique, que beaucoup revendiquent aujourd’hui, c’est Marchesseau qui l’a formalisée en naturopathie française. Chaque consultation que je mène en tant que naturopathe, chaque bilan vital que je pose, repose sur ce socle.

L’équation de la vitalité : la santé mise en formule

Marchesseau était un esprit cartésien autant qu’un humaniste. Il voulait pouvoir expliquer la santé avec la clarté d’une équation mathématique. Et il y est parvenu. Sa formule la plus célèbre est l’équation de la vitalité :

S = (FV x GE x SN) / (SH / PE)

Chaque lettre a un sens précis, et quand tu comprends cette équation, tu comprends toute la logique naturopathique. Détaillons chaque terme.

S, c’est la Santé. Non pas l’absence de maladie, mais l’état d’équilibre dynamique de l’organisme. La santé au sens de Marchesseau est un processus actif, pas un état passif. Elle se construit, se maintient, se restaure. Elle dépend d’un rapport de forces entre ce qui te construit et ce qui t’encombre.

Au numérateur, trois forces constructives.

FV, la Force Vitale. C’est le concept le plus ancien de l’histoire de la médecine. Hippocrate l’appelait le vis medicatrix naturae, la force médicatrice de la nature. Paracelse parlait de l’Archeus. Marchesseau reprend ce concept et le place au coeur de son système. La force vitale est cette intelligence innée qui orchestre la cicatrisation, la digestion, la fièvre, le sommeil réparateur. Tu ne la fabriques pas. Tu la reçois à la naissance, comme un capital. Certains en reçoivent beaucoup, d’autres moins. Le rôle du naturopathe n’est pas de la créer, mais de la préserver, de la restaurer quand elle est épuisée, et surtout de ne jamais la contrarier. Chaque médicament suppressif, chaque excès alimentaire, chaque nuit blanche, chaque stress chronique puise dans cette réserve. Quand elle est à sec, le corps ne peut plus se défendre.

GE, les Glandes Endocrines. Marchesseau insiste sur le rôle central du système hormonal dans la santé. Les glandes endocrines, thyroïde, surrénales, pancréas, gonades, hypophyse, pinéale, sont les messagères chimiques de l’organisme. Elles régulent le métabolisme, la reproduction, l’adaptation au stress, le sommeil, la croissance. Un déséquilibre hormonal, même subtil, perturbe l’ensemble de l’édifice. C’est pourquoi en naturopathie, on évalue toujours l’état hormonal, par les signes cliniques, la morphologie, les antécédents. Si tu veux comprendre comment la thyroïde influence l’ensemble de ton métabolisme, c’est Marchesseau qui a posé les bases de cette réflexion en naturopathie française.

SN, le Système Nerveux. Le deuxième grand régulateur. Le système nerveux autonome, avec ses deux branches sympathique et parasympathique, gouverne toutes les fonctions végétatives : digestion, circulation, respiration, élimination. Marchesseau savait que le stress chronique, en maintenant le sympathique en hyperactivité permanente, dérègle progressivement tous les systèmes. Le nerf vague, ce dixième nerf crânien qui innerve le coeur, les poumons, l’estomac, le foie, l’intestin, est la clé de voûte de la récupération. Quand le parasympathique domine, le corps se répare. Quand le sympathique domine, le corps s’use. Cette alternance est au fondement de la compréhension naturopathique du stress et de la fatigue chronique.

L'équation de la vitalité de Marchesseau

Au dénominateur, deux forces qui freinent la santé.

SH, les Surcharges Humorales. C’est le concept central de la toxémie en naturopathie. Marchesseau reprend et affine la classification de Carton et de Lindlahr. Les humeurs, c’est-à-dire tous les liquides de l’organisme (sang, lymphe, liquides interstitiels, liquide céphalo-rachidien), peuvent se charger progressivement de déchets métaboliques qui ralentissent les échanges cellulaires. Ces surcharges se divisent en deux grandes catégories.

Les colles sont des déchets colloïdaux, visqueux, qui épaississent les humeurs. Elles proviennent principalement de la dégradation incomplète des sucres raffinés, des amidons cuits, des produits laitiers et des graisses saturées en excès. Les colles sont responsables des affections ORL à répétition, des sinusites, des bronchites, des otites, des leucorrhées. Elles s’éliminent par les émonctoires à mucus : le foie (via la bile), les intestins, les poumons et les muqueuses utérines. Quand le corps produit du mucus en excès, ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est une tentative d’élimination. Supprimer le symptôme sans traiter la cause, c’est refermer la soupape d’une cocotte-minute.

Les cristaux sont des déchets cristalloïdes, durs, anguleux, qui irritent les tissus. Ils proviennent de la dégradation des protéines animales en excès, de l’acide urique, de l’urée, de l’acide oxalique, de l’acide phosphorique. Les cristaux sont responsables des douleurs articulaires, des tendinites, de l’eczéma sec, des calculs, des lithiases. Ils s’éliminent par les émonctoires à filtration : les reins (urine), les glandes sudoripares (sueur) et les glandes sébacées. La goutte est l’exemple parfait d’une surcharge cristalloïde non éliminée : l’acide urique cristallise dans les articulations et provoque une douleur fulgurante. Le corps essaie de se défaire de ces cristaux par tous les moyens, y compris par la peau (eczéma sec, psoriasis).

PE, la Perméabilité Émonctorielle. C’est la capacité des organes d’élimination (les émonctoires) à évacuer les déchets. Plus les émonctoires sont perméables, c’est-à-dire ouverts et fonctionnels, plus le corps élimine efficacement. Plus ils sont congestionnés, plus les déchets s’accumulent. Les émonctoires primaires sont le foie, les reins, les intestins, les poumons et la peau. Marchesseau ajoute l’utérus chez la femme. Quand les émonctoires primaires sont débordés, le corps ouvre des portes de secours : ce sont les émonctoires secondaires, qui se manifestent par des symptômes (otites, sinusites, éruptions cutanées, pertes vaginales). Comprendre cette logique émonctorielle est fondamental. Si tu veux approfondir le sujet des émonctoires et de la détox de printemps, c’est cette grille de lecture que nous utilisons en cabinet.

La logique de l’équation est limpide. Au numérateur, tout ce qui construit la santé (force vitale, hormones, système nerveux). Au dénominateur, ce qui l’entrave (surcharges), modéré par ce qui les élimine (perméabilité émonctorielle). Si tes émonctoires sont ouverts (PE élevée), le dénominateur diminue et la santé augmente. Si ta force vitale est élevée et tes hormones équilibrées, le numérateur est fort et la santé est solide. Si les surcharges s’accumulent et les émonctoires se ferment, la santé chute. Toute la naturopathie tient dans cette équation.

Les trois degrés de morbidité : lire la maladie comme un processus

Marchesseau ne voit pas la maladie comme un accident. Il la voit comme un processus évolutif en trois stades, directement liés au rapport entre la force vitale et les surcharges humorales.

Premier degré : FV supérieure aux SH. La force vitale est encore puissante, largement supérieure aux surcharges accumulées. Le corps a les moyens de réagir violemment. C’est le stade des maladies aiguës : fièvre brutale, diarrhée soudaine, vomissements, éruption cutanée intense, angine, otite, crise de foie. Ces crises sont fonctionnelles, réversibles, et surtout bénéfiques. Le corps nettoie. Il expulse. Il se défend. Marchesseau martèle ce point : la maladie aiguë est un bon signe. Elle prouve que la force vitale est encore suffisamment forte pour déclencher un nettoyage. Supprimer ces symptômes par des médicaments anti-symptomatiques (antipyrétiques, antidiarrhéiques, anti-inflammatoires), c’est empêcher le corps de faire son travail. C’est repousser les déchets vers l’intérieur au lieu de les laisser sortir.

Deuxième degré : FV égale aux SH. La force vitale s’est affaiblie au fil des années de surcharges non éliminées et de suppressions médicamenteuses répétées. Le corps n’a plus assez d’énergie pour déclencher des crises aiguës. Il s’installe dans la chronicité. Les maladies deviennent lentes, sournoises, lésionnelles. Les tissus commencent à se modifier. C’est le stade des pathologies fonctionnelles qui deviennent structurelles : colites chroniques, sinusites à répétition, eczéma persistant, hypothyroïdie débutante, douleurs articulaires installées. Le patient ne fait plus de fièvre. Il ne fait plus de crises. Il s’enlise. Et souvent, on lui dit que « c’est normal, c’est l’âge ». Ce n’est pas l’âge. C’est l’épuisement progressif de la force vitale face à un terrain de plus en plus encrassé.

Troisième degré : FV inférieure aux SH. La force vitale est effondrée. Les surcharges ont envahi les tissus profonds. Les lésions sont devenues irréversibles. C’est le stade des maladies dégénératives : cancers, scléroses, maladies auto-immunes avancées, insuffisances organiques. À ce stade, la naturopathie ne peut plus guérir, mais elle peut accompagner, soutenir la qualité de vie, et surtout éviter l’aggravation. Marchesseau insiste : le naturopathe doit toujours évaluer le degré de vitalité avant d’engager une cure. Prescrire une cure de détox puissante à un patient au troisième degré serait une erreur gravissime. Le corps n’a pas l’énergie pour éliminer. Il faut d’abord revitaliser, doucement, patiemment, avant de drainer.

Cette lecture en trois degrés est un outil de discernement irremplaçable. Elle m’aide chaque jour en consultation à adapter mes recommandations au niveau réel de vitalité de la personne assise en face de moi.

Les morphotypes : lire le corps pour comprendre le terrain

Marchesseau est aussi l’un des grands artisans de la morphotypologie en naturopathie française. Il reprend les travaux d’Hippocrate, de Sigaud, de Sheldon, et les adapte à la grille naturopathique. La morphotypologie, c’est l’art de lire dans la forme du corps les prédispositions, les forces et les faiblesses de chaque individu. Elle repose sur trois niveaux d’analyse.

La constitution est la structure de base, génétique, héritée, qui ne change pas au cours de la vie. Marchesseau distingue deux grands pôles : la dilatation et la rétractation. Le dilaté est un individu large, ouvert, expansif, qui assimile facilement mais élimine difficilement. Ses organes sont amples, ses tissus gorgés, ses réactions lentes mais puissantes. Le rétracté est un individu longiligne, fermé, contracté, qui assimile mal mais élimine rapidement. Ses organes sont serrés, ses tissus tendus, ses réactions vives mais brèves. La plupart des gens se situent quelque part entre ces deux pôles, avec une dominante. Connaître sa constitution, c’est connaître sa mécanique de base.

Le tempérament est la coloration fonctionnelle de cette constitution. Marchesseau reprend la classification hippocratique en quatre tempéraments, chacun lié à un système physiologique dominant. Le lymphatique est dominé par le système lymphatique et digestif : lent, placide, sujet aux surcharges colloïdales, aux mucosités, à la rétention d’eau. Le sanguin est dominé par le système circulatoire : dynamique, jovial, sujet aux congestions, aux inflammations, à la pléthore. Le bilieux est dominé par le système hépatobiliaire : volontaire, organisé, sujet aux excès de bile, aux tensions musculaires, à l’irritabilité. Le nerveux est dominé par le système nerveux : vif, intellectuel, sujet à l’anxiété, aux spasmes, à l’épuisement nerveux. Chaque tempérament a ses forces et ses vulnérabilités. Le naturopathe ne donne pas les mêmes conseils à un lymphatique qu’à un nerveux. Le lymphatique a besoin de mouvement, de drainage, d’aliments stimulants. Le nerveux a besoin de calme, de magnésium, de sommeil et d’ancrage.

La diathèse est l’état actuel du terrain, la photographie instantanée de l’équilibre humoral à un moment donné. Elle peut évoluer au fil de la vie, en fonction de l’alimentation, du stress, des traitements, de l’environnement. Marchesseau identifie les grandes diathèses que sont l’arthritisme (terrain acide, cristaux dominants), le scrofulisme (terrain colloïdal, colles dominantes), et les formes mixtes. Évaluer la diathèse permet d’orienter les cures : drainer les colles si le terrain est scrofuleux, alcaliniser et éliminer les cristaux si le terrain est arthritique.

Cette triple lecture (constitution, tempérament, diathèse) forme un outil diagnostique d’une richesse considérable. En consultation, c’est la première chose que j’évalue. Avant même de parler d’alimentation ou de plantes, je regarde le corps, je lis les formes, les proportions, la peau, les yeux, les mains. Le corps ne ment jamais.

La bromatologie : classer les aliments selon leur nature

Marchesseau a développé une approche alimentaire qu’il nomme la bromatologie, du grec broma qui signifie nourriture. Cette classification est d’une simplicité désarmante, et pourtant elle résume des décennies de recherche.

« L’homme est un animal tropical. Son alimentation spécifique est celle des tropiques : fruits, légumes, graines germées. » Pierre-Valentin Marchesseau

Cette phrase concentre toute la pensée alimentaire de Marchesseau. Si tu observes les grands singes, nos plus proches cousins biologiques, tu constates que leur alimentation naturelle se compose essentiellement de fruits, de feuilles, de racines et occasionnellement d’insectes. Leur tube digestif est très proche du nôtre. Marchesseau en tire une conclusion logique : l’alimentation spécifique de l’être humain, celle pour laquelle son système digestif est biologiquement conçu, c’est l’alimentation vivante des climats tempérés et tropicaux.

Il classe les aliments en trois catégories.

La bromatologie de Marchesseau

Les aliments spécifiques sont ceux que l’organisme humain reconnaît et assimile sans effort. Ce sont les fruits frais et mûrs, les légumes crus et cuits à basse température, les graines germées, les oléagineux trempés, les oeufs de poule de plein air (en quantité modérée). Ces aliments apportent des enzymes vivantes, des vitamines intactes, des minéraux assimilables et une énergie vibratoire que Marchesseau considère comme essentielle. Ils ne produisent que très peu de déchets métaboliques. Ils sont la base de l’alimentation physiologique. Si tu veux comprendre l’importance du zinc et des micronutriments dans cette alimentation spécifique, c’est exactement dans cette catégorie que tu les trouveras en abondance.

Les aliments de tolérance sont ceux que le corps peut utiliser sans dommage majeur, à condition qu’ils restent minoritaires dans l’assiette. Ce sont les céréales complètes (pain au levain, riz complet), les légumineuses bien cuites, les viandes de qualité, le poisson frais. Marchesseau précise que ces aliments deviennent nécessaires dans certaines conditions : le froid, le travail physique intense, la convalescence, la grossesse. Ils produisent davantage de déchets que les aliments spécifiques, mais le corps sain les gère sans difficulté. Le problème survient quand ils deviennent la base exclusive de l’alimentation, ce qui est le cas de la majorité des Occidentaux.

Les aliments anti-spécifiques sont ceux qui n’existent pas à l’état naturel et que l’organisme ne sait pas traiter. Marchesseau les qualifie de « faibles poisons ». Ce sont le chocolat raffiné, le café, les pâtisseries industrielles, les sucreries, les boissons gazeuses, les charcuteries, les aliments ultra-transformés. Ces substances apportent une stimulation nerveuse temporaire (le coup de fouet du café, le plaisir du sucre) mais surchargent les émonctoires, acidifient le terrain et épuisent la force vitale. Ils ne nourrissent pas. Ils encrassent. Ce sont les principaux pourvoyeurs de colles et de cristaux.

Cette classification n’a pas pour vocation de culpabiliser. Marchesseau n’était pas un ascète rigide. Il savait que la vie sociale implique des compromis. Mais il insistait sur une règle simple : que les aliments spécifiques constituent au moins soixante à soixante-dix pour cent de l’alimentation quotidienne, les aliments de tolérance vingt à trente pour cent, et les anti-spécifiques le moins possible.

Le déconditionnement : le protocole du changement

Marchesseau ne se contentait pas de diagnostiquer. Il proposait une méthode de transformation qu’il nommait le déconditionnement. C’est un processus en trois étapes, d’une logique implacable.

La première étape consiste à identifier les mauvaises habitudes. Le mot clé est « habitude ». Marchesseau observait que la plupart des comportements qui dégradent la santé ne sont pas des choix conscients. Ce sont des automatismes, des conditionnements acquis depuis l’enfance, renforcés par la culture, la publicité, l’entourage. Le café du matin. Le pain blanc à chaque repas. Le dessert systématique. Le grignotage devant l’écran. Le coucher tardif. La sédentarité. Ces habitudes ne sont pas perçues comme des problèmes parce qu’elles sont normalisées. Tout le monde le fait, donc c’est normal. La première étape du déconditionnement est de rendre visible ce qui est devenu invisible. Prendre conscience.

La deuxième étape consiste à remplacer chaque mauvaise habitude par une pratique revitalisante. Marchesseau insiste : il ne suffit pas de supprimer. Il faut substituer. Retirer le café sans rien proposer à la place, c’est créer un vide que le patient comblera par une autre habitude compensatoire. En revanche, remplacer le café par une infusion de romarin, puis par un jus de légumes frais, puis par un brossage à sec matinal, c’est remplir progressivement le quotidien de gestes qui construisent la santé au lieu de la détruire. Remplacer le pain blanc par du pain au levain complet. Remplacer le dessert sucré par un fruit frais. Remplacer la soirée télé par une marche au grand air. Chaque substitution est un pas vers la revitalisation.

La troisième étape est de planifier le processus. Marchesseau savait que le changement brutal ne tient pas. Le patient qui transforme radicalement son alimentation du jour au lendemain craque en deux semaines et revient à ses anciennes habitudes avec un sentiment d’échec. Le déconditionnement doit être progressif, réaliste, adapté au rythme et au tempérament de chaque individu. Un lymphatique a besoin de temps. Un nerveux a besoin de structure. Un bilieux a besoin de comprendre pourquoi. Le naturopathe planifie les changements sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en ajustant à chaque consultation. C’est un accompagnement, pas une prescription. C’est ce que je fais en consultation : je ne donne pas une liste de règles à suivre. Je construis avec toi un plan de déconditionnement progressif, adapté à ton terrain, à ta vie, à tes contraintes.

L’héritage de Marchesseau : une matrice vivante

Pierre-Valentin Marchesseau est mort en 1994, mais son influence est partout. La quasi-totalité des écoles de naturopathie françaises enseignent sa méthode, de l’ISUPNAT au CENATHO en passant par Aesculape. Son équation de la vitalité structure la consultation naturopathique. Sa morphotypologie guide le bilan vital. Sa bromatologie oriente les réformes alimentaires. Son concept de déconditionnement inspire l’accompagnement du changement.

Mais ce qui me touche le plus chez Marchesseau, c’est sa vision de l’être humain. Il ne réduisait jamais la personne à ses symptômes. Il la regardait dans sa globalité : son corps, ses émotions, ses pensées, son énergie, sa dimension spirituelle. Cette approche pentadimensionnelle, comme il l’appelait, n’est pas une abstraction philosophique. C’est une réalité clinique. Quand un patient souffre de migraines chroniques, je ne regarde pas seulement son foie et son alimentation. Je regarde aussi son stress, ses conflits émotionnels, sa posture, son sommeil, la qualité de sa respiration, et parfois même le sens qu’il donne à sa vie. Parce que la santé, au sens de Marchesseau, c’est l’harmonie de toutes ces dimensions.

Marchesseau se plaçait lui-même dans une filiation. Il se disait l’héritier de Pythagore, d’Hippocrate, de Paracelse, de Kneipp, de Kuhne, de Carton, de Lindlahr, de Lust. Il a pris le meilleur de chacun et l’a fondu dans un système original, rigoureux et enseignable. Quand tu études les bases de la naturopathie, c’est la matrice de Marchesseau que tu découvres, même si tu ne le sais pas toujours.

Son approche a aussi été prolongée et enrichie par d’autres. Le Dr Kousmine a apporté la rigueur scientifique sur l’alimentation et l’intestin. Bernard Jensen a développé l’iridologie et la prise en charge des émonctoires cutanés. Robert Masson, élève direct de Marchesseau, a affiné la bromatologie et la pratique clinique. Chacun a ajouté sa pierre, mais le socle reste celui de Marchesseau.

Ce que Marchesseau nous enseigne aujourd’hui

À l’heure où la médecine fonctionnelle redécouvre le rôle du microbiote, où la psycho-neuro-immunologie confirme les liens entre stress et maladie, où la nutrithérapie valide l’importance des cofacteurs enzymatiques, on ne peut qu’être frappé par la précocité de Marchesseau. Tout ce que la science contemporaine confirme pièce par pièce, il l’avait posé dans ses grandes lignes il y a plus de soixante ans.

L’équation de la vitalité n’est pas une vieille formule poussiéreuse. C’est un outil de pensée vivant. Quand je reçois un patient fatigué, la première question que je me pose est : où en est sa force vitale ? Ses émonctoires sont-ils ouverts ? Ses surcharges sont-elles colloïdales ou cristalloïdes ? Son système nerveux est-il en sympathicotonie permanente ? Ses glandes endocrines sont-elles sous-stimulées ou épuisées ? Cette grille de lecture me donne une vision d’ensemble en quelques minutes. Elle me permet de hiérarchiser les priorités et de construire un programme cohérent.

« Le naturopathe ne soigne pas la maladie. Il restaure les conditions de la santé. » Pierre-Valentin Marchesseau

Si un seul message devait résumer l’enseignement de Marchesseau, ce serait celui-ci. Le naturopathe ne combat pas la maladie. Il ne la supprime pas. Il cherche pourquoi elle est apparue, quelles conditions l’ont rendue possible, et il travaille à modifier ces conditions. Il ouvre les émonctoires, il réduit les surcharges, il soutient la force vitale, il rééquilibre le système nerveux, il nourrit les glandes endocrines. Et le corps fait le reste. Parce que le corps sait guérir. Il faut juste lui en donner les moyens.

C’est la leçon la plus puissante que m’ait transmise la naturopathie orthodoxe. Et c’est celle que je transmets à mon tour, chaque jour, dans mon cabinet, sur mon site et sur mes réseaux sociaux. Le flambeau passe de main en main. De Pythagore à Hippocrate, d’Hippocrate à Paracelse, de Paracelse à Kneipp, de Kneipp à Carton, de Carton à Marchesseau, et de Marchesseau à chacun d’entre nous qui pratiquons cette discipline avec respect et rigueur.

Pour aller plus loin

Recette saine : Formule Potassium de Walker : Marchesseau recommandait les jus frais pour la vitalite.

Tu veux approfondir ce sujet ?

Chaque semaine, un enseignement de naturopathie orthodoxe, une recette de jus et des réflexions sur le terrain.

Questions fréquentes

01 Qui était Pierre-Valentin Marchesseau ?

Pierre-Valentin Marchesseau (1911-1994) est le fondateur de la naturopathie orthodoxe. Héritier de Pythagore, Hippocrate, Kneipp, Carton et Lindlahr, il a synthétisé l'ensemble des courants hygiénistes dans une approche holistique intégrant corps physique, mental, émotionnel, énergétique et spirituel. Il a écrit plus de 80 ouvrages.

02 Que signifie l'équation S=(FV×GE×SN)/(SH/PE) ?

Cette équation postule que la Santé résulte d'un équilibre entre la Force Vitale, les Glandes Endocrines et le Système Nerveux au numérateur (forces constructives), divisé par les Surcharges Humorales modérées par la Perméabilité Émonctorielle au dénominateur (forces qui freinent).

03 Que sont les colles et les cristaux en naturopathie ?

Les colles sont des déchets colloïdaux issus d'aliments raffinés, de sucres et de produits laitiers. Les cristaux sont des déchets cristalloïdes issus de la dégradation protéique et acide, comme l'acide urique ou l'urée. Ces déchets, accumulés dans les humeurs, saturent le terrain et entravent les échanges cellulaires.

04 Qu'est-ce que la bromatologie de Marchesseau ?

La bromatologie (du grec broma=bouche) classe les aliments en 3 catégories : les spécifiques (fruits, légumes, graines germées, riches en enzymes), les aliments de tolérance (céréales, viandes, utiles pour le labeur et le froid) et les anti-spécifiques (chocolat, café, pâtisseries, qui n'existent pas à l'état naturel et fatiguent l'organisme).

05 Quels sont les 3 degrés de morbidité ?

Quand FV est supérieure aux surcharges : maladie aiguë, courte, fonctionnelle (fièvre, diarrhée = bon signe). Quand FV égale les surcharges : maladie chronique, lente, lésionnelle. Quand FV est inférieure aux surcharges : maladie profonde, dégénérative, irréversible. La cure naturo doit toujours respecter la force vitale disponible.

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