Digestion · · 22 min de lecture · Mis à jour le

Constipation chronique : les 7 causes que ton médecin ne cherche pas

Diaphragme, tensegrité, sérotonine, dysbiose, thyroïde : un naturopathe décrypte les 7 vraies causes de ta constipation et les solutions.

FB

François Benavente

Naturopathe certifié

Elle s’appelle Nathalie (prénom modifié), elle a 43 ans, deux enfants, un travail de bureau, et quand elle s’est assise en face de moi en consultation, elle m’a résumé dix ans de galère en une phrase : « J’ai tout essayé, rien ne marche. » Dix ans de constipation chronique. Dix ans de laxatifs, de compotes de pruneaux, de psyllium, de consultations gastro-entérologiques qui se terminent toujours par la même sentence : mangez plus de fibres, buvez plus d’eau, faites du sport. Comme si elle n’y avait pas pensé. Comme si c’était une question de volonté.

Schéma des causes et solutions de la constipation chronique

Ce que personne n’avait regardé chez Nathalie, c’est son diaphragme. Personne n’avait vérifié sa thyroïde. Personne ne lui avait parlé de sérotonine intestinale. Personne ne s’était penché sur sa dysbiose. Et personne, évidemment, ne lui avait posé la question la plus simple du monde : comment tu respires ?

« Veiller à l’élimination régulière des poisons du corps et surtout à la rapidité des fonctions intestinales avec 2 selles par jour si possible. » Dr Paul Carton

La constipation chronique touche entre 15 et 20 % de la population française, soit environ dix millions de personnes. Deux tiers sont des femmes. Et la majorité d’entre elles n’ont jamais reçu d’explication satisfaisante. On leur a collé l’étiquette « constipation fonctionnelle », ce qui est une façon polie de dire : on ne comprend pas pourquoi, mais c’est bénin, vivez avec. La naturopathie refuse cette résignation. Parce que derrière chaque constipation chronique, il y a un terrain qui dysfonctionne. Et ce terrain, quand on accepte de le regarder vraiment, raconte toujours une histoire.

Le diaphragme : le muscle oublié de ton transit

C’est la cause numéro un que je recherche en consultation. Et c’est celle que personne ne cherche jamais.

Le diaphragme est un muscle en forme de dôme qui sépare la cavité thoracique de la cavité abdominale. Quand tu inspires correctement, il descend et comprime tout ce qui se trouve en dessous : le foie, l’estomac, la rate, les reins, le pancréas et surtout les intestins. Ce massage mécanique, répété douze à quinze fois par minute, est le moteur le plus puissant du péristaltisme. Le Dr Paul Carton le savait déjà au début du vingtième siècle. Marchesseau l’enseignait comme un des dix agents naturels de santé. Et pourtant, en 2026, on continue de prescrire du Movicol sans jamais regarder comment le patient respire.

Il existe trois types de respiration. La respiration claviculaire, haute, courte, celle du stress chronique, celle de la personne qui vit la tête dans les épaules et le ventre contracté. C’est la pire pour le transit, parce que le diaphragme ne descend presque pas. La respiration costale, latérale, un peu meilleure, celle qu’on apprend parfois en yoga. Et la respiration ventrale, abdominale, profonde, celle du nouveau-né, celle du dormeur, celle que la nature avait prévue. C’est la seule qui masse véritablement les organes digestifs.

En consultation, je fais un test simple. Je demande au patient de poser une main sur le thorax et une main sur le ventre, puis de respirer normalement. Chez huit constipés chroniques sur dix, c’est la main du haut qui bouge. La main du ventre ne bouge pas. Le diaphragme est figé, le massage viscéral n’a pas lieu, et l’intestin stagne.

Le problème est culturel autant que physiologique. On a appris aux femmes à rentrer le ventre. On leur a dit que le ventre plat était un signe de santé, de beauté, de contrôle. Le résultat, c’est une génération entière de femmes qui respirent par le haut du thorax, qui compriment leur ceinture abdominale en permanence, et dont le diaphragme ne remplit plus sa fonction de pompe viscérale. C’est un des grands paradoxes de notre époque : on a sacrifié la physiologie sur l’autel de l’esthétique.

Travailler son diaphragme, c’est la première chose que je prescris. Cinq minutes de respiration abdominale consciente le matin et cinq minutes le soir. Allongé, les genoux pliés, une main sur le ventre, inspiration par le nez en gonflant le ventre, expiration lente par la bouche en laissant le ventre redescendre. Rien de révolutionnaire. Et pourtant, chez Nathalie, deux semaines de cette pratique quotidienne ont suffi pour passer de trois selles par semaine à une selle par jour. Avant tout changement alimentaire. Avant tout complément. Juste en respirant.

Le mouvement et la gravité

Lucy, notre ancêtre australopithèque, marchait environ 30 kilomètres par jour. L’Homo sapiens du Paléolithique parcourait 15 à 20 kilomètres quotidiens. L’homme moderne fait en moyenne 4 000 pas, soit à peine 3 kilomètres. Et il s’étonne que son transit soit au point mort.

Le corps humain est conçu pour le mouvement bipède. La marche mobilise les muscles abdominaux profonds (transverse, obliques), qui compriment mécaniquement les anses intestinales et propulsent le bol fécal vers le sigmoïde et le rectum. La gravité fait le reste. Quand tu marches, la masse fécale descend. Quand tu restes assis huit heures par jour sur une chaise de bureau, elle stagne. C’est de la physique élémentaire, pas de la médecine.

Les études le confirment : une activité physique modérée de 30 minutes par jour réduit le temps de transit colique de 15 à 20 %. Pas besoin de courir un marathon. Marcher, monter des escaliers, faire du vélo, danser, jardiner. Tout ce qui met le corps en mouvement vertical active le péristaltisme. La sédentarité est une constipation qui s’ignore. Achète un podomètre, vise 8 000 pas par jour, et observe ce qui se passe en deux semaines.

La tensegrité musculaire : ton intestin a besoin de pression

Voici un fait qui surprend toujours mes patients : l’intestin grêle d’une personne vivante et musclée mesure environ 4,5 mètres. Celui d’un cadavre, 6 à 7 mètres. La différence, c’est le tonus musculaire. Les muscles abdominaux, le plancher pelvien et le diaphragme forment une enceinte de pression autour du tube digestif. Cette enceinte comprime l’intestin, réduit sa longueur fonctionnelle et augmente la force de propulsion du bol fécal.

C’est le principe de la tensegrité : une structure qui tient sa forme et sa force par l’équilibre entre tension et compression. Quand les muscles de la sangle abdominale sont faibles, relâchés, hypotoniques, l’intestin se dilate, s’allonge, perd sa capacité de propulsion. Le transit ralentit. Les matières stagnent. La fermentation s’installe.

Le gainage, les exercices de plancher pelvien, le Pilates, le yoga, la natation, tout ce qui renforce la musculature profonde du tronc, sont des alliés directs du transit. Pas pour des raisons esthétiques. Pour des raisons mécaniques. Un abdomen tonique est un abdomen qui propulse. Marchesseau insistait : l’exercice physique n’est pas un luxe, c’est un des dix agents naturels de santé, au même titre que l’alimentation, l’air, l’eau ou la lumière.

L’hydratation : ton colon a soif

Le gros intestin mesure environ 1,5 mètre de long et 4 centimètres de diamètre. Sa fonction principale, trop souvent oubliée, est la réabsorption de l’eau. Chaque jour, le côlon récupère entre 1,5 et 1,8 litre d’eau du bol alimentaire pour la renvoyer dans la circulation sanguine. C’est un mécanisme de survie : le corps préfère récupérer l’eau du côlon plutôt que de la perdre dans les selles.

Quand tu es déshydraté, le côlon augmente cette réabsorption. Les selles deviennent sèches, compactes, dures, difficiles à évacuer. C’est la constipation la plus basique qui soit, et pourtant la plus fréquente. La majorité des Français boivent moins d’un litre d’eau par jour. Certains ne boivent quasiment que du café, qui est un diurétique.

Le repère que je donne en consultation est simple : observe la couleur de tes urines. Si elles sont jaune foncé, tu es déshydraté. L’objectif est d’obtenir des urines jaune pâle, presque transparentes, sur l’ensemble de la journée. Cela correspond à environ 1,5 à 2 litres d’eau par jour, plus si tu fais du sport ou s’il fait chaud. L’eau de source faiblement minéralisée est idéale. Et le geste le plus simple pour relancer un transit paresseux, c’est de boire un grand verre d’eau tiède le matin au réveil, à jeun. L’eau tiède stimule le réflexe gastro-colique et déclenche le péristaltisme matinal. Kousmine le préconisait déjà dans ses protocoles.

L’alimentation et la saison : mâcher, écouter, respecter

Robert Masson, dans sa Diététique de l’expérience, martelait un principe que j’ai fait mien : chaque bouchée doit être mâchée jusqu’à devenir liquide avant d’être avalée. Trente à quarante mouvements de mâchoire par bouchée. C’est un exercice de patience que la vie moderne a complètement abandonné. On mange vite, debout, en marchant, devant un écran, entre deux réunions. Et on s’étonne que la digestion soit chaotique.

La mastication ne sert pas qu’à fragmenter les aliments. Elle déclenche la sécrétion d’amylase salivaire, qui commence la digestion des amidons. Elle envoie un signal au cerveau, qui prépare l’estomac à la réception du bol alimentaire. Elle active le nerf vague, qui coordonne l’ensemble du péristaltisme digestif, de l’oesophage au rectum. Quand tu avales sans mâcher, tu sautes la première étape de la cascade digestive. Et toutes les étapes suivantes en pâtissent.

L’environnement du repas compte autant que le contenu de l’assiette. Manger dans le calme, assis, sans écran, en prenant le temps de sentir les aliments, de les regarder, de les savourer. Ce n’est pas du folklore wellness. C’est de la physiologie : le système nerveux parasympathique, celui de la digestion et du repos, ne peut s’activer que dans un contexte de sécurité et de détente. Si tu manges en situation de stress, c’est le système sympathique qui domine, et il inhibe le péristaltisme. Manger stressé, c’est manger constipé.

Et puis il y a la question des fibres. Les brocolis, les épinards, les kiwis, les pruneaux, les poires, les poireaux : ce sont des alliés précieux du transit. Mais il faut les introduire progressivement chez un constipé chronique, surtout si la flore intestinale est déséquilibrée. Un intestin dysbiose qui reçoit soudainement une avalanche de fibres ne va pas mieux transiter. Il va fermenter, ballonner, cramper. La progressivité est la clé. Commence par un kiwi le matin et une soupe de légumes le soir. Augmente semaine après semaine. Laisse le microbiote s’adapter. Et respecte la saison : les fruits et légumes de saison, cultivés localement, cueillis à maturité, sont infiniment plus riches en nutriments et en fibres que leurs équivalents importés, conservés sous atmosphère contrôlée pendant des semaines.

Le sommeil et la sérotonine : quand ton intestin est noué

C’est la cause que je trouve la plus fascinante et la plus sous-estimée. La sérotonine n’est pas seulement le neurotransmetteur du bonheur. C’est avant tout une molécule intestinale. 95 % de la sérotonine corporelle est produite dans l’intestin grêle, par les cellules entérochromaffines. Et son rôle dans le tube digestif est fondamental : elle stimule les contractions péristaltiques propulsives, celles qui font avancer le bol fécal du grêle vers le côlon et du côlon vers le rectum.

Quand la sérotonine intestinale est basse, le péristaltisme ralentit. Les matières stagnent. La constipation s’installe. Et le cercle vicieux commence : la stagnation favorise la prolifération de bactéries de putréfaction (Clostridium, E. coli pathogènes) qui dégradent le tryptophane et la tyrosine en substances toxiques (indol, scatol, tyramine, histamine). Ces métabolites toxiques provoquent des maux de tête, des migraines, une fatigue inexpliquée, des troubles de l’humeur. Ce lien entre constipation et migraines, que la médecine conventionnelle ignore superbement, est connu des naturopathes depuis Carton.

Le lien avec le sommeil est direct. La sérotonine est le précurseur de la mélatonine, l’hormone du sommeil. Si tu produis peu de sérotonine le jour, tu produiras peu de mélatonine la nuit. Le sommeil est fragmenté, non réparateur, et la phase de sommeil profond, celle pendant laquelle le système nerveux parasympathique domine et le péristaltisme nocturne fait son travail de propulsion, est raccourcie. Comme je l’explique dans l’article bien dormir naturellement, la qualité du sommeil dépend d’une cascade biochimique qui commence dans l’intestin.

Les fascias, ces membranes de tissu conjonctif qui enveloppent chaque organe, chaque muscle, chaque viscère, répondent au stress chronique en se contractant, en se raidissant, en se fibrosant. Un patient stressé a littéralement l’intestin noué. Ce n’est pas une métaphore. Le stress chronique contracte les fascias viscéraux, réduit la mobilité intestinale, comprime les plexus nerveux myentériques (les « neurones de l’intestin »), et ralentit le transit. L’ostéopathie viscérale le sait depuis longtemps. La naturopathie le sait depuis Marchesseau. La gastroentérologie commence à peine à l’admettre.

« Toute maladie débute par un blocage des échanges liquidiens au niveau des capillaires. » Dr Alexandre Salmanoff

L’hypothyroidie silencieuse : la constipation qui résiste à tout

Quand un patient me dit que sa constipation résiste aux fibres, à l’eau, au sport, au magnésium, et même aux laxatifs, je pense immédiatement à la thyroide. Les hormones thyroidiennes T3 et T4 stimulent directement la motilité du tube digestif. Elles activent les cellules musculaires lisses de la paroi intestinale, accélèrent le péristaltisme et favorisent la sécrétion de mucus qui lubrifie le transit.

En cas d’hypothyroidie, même fruste (TSH normale haute, T3L basse-normale), le péristaltisme ralentit de facon significative. Le temps de transit colique peut doubler ou tripler. Les selles deviennent rares, dures, difficiles à évacuer. Et aucun laxatif ne résoudra le problème tant que la thyroide ne sera pas prise en charge. C’est un point que le Dr Hertoghe a brillamment documenté : la constipation opiniâtre est un des signes cliniques les plus fiables de l’hypothyroidie, bien avant que les analyses sanguines ne sortent des « normes ».

Le piège, c’est que les normes de laboratoire pour la TSH sont larges. Une TSH à 3,5 mUI/L est considérée comme « normale » par la majorité des médecins. Pour Hertoghe, c’est déjà une hypothyroidie fonctionnelle. Et les cofacteurs thyroidiens, ceux qui permettent la conversion de la T4 inactive en T3 active, sont souvent carencés : le zinc, le sélénium, l’iode, le fer, la tyrosine. Comme je le détaille dans l’article sur l’hypothyroidie et la digestion, l’hypothyroidie ne ralentit pas seulement le transit. Elle réduit aussi la sécrétion d’acide chlorhydrique gastrique, ce qui perturbe toute la cascade digestive en aval.

Si ta constipation résiste à tout, demande un bilan thyroidien complet : TSH, T3 libre, T4 libre, anticorps anti-TPO et anti-thyroglobuline. Pas juste la TSH isolée. Et interprète les résultats avec un praticien qui connait les normes fonctionnelles, pas seulement les normes statistiques du laboratoire.

Les probiotiques : ton armée de renfort

La recherche des vingt dernières années a transformé notre compréhension du microbiote intestinal. Et ce qu’elle nous apprend sur la constipation est passionnant. Les patients constipés chroniques présentent de facon constante une diminution des Lactobacillus et des Bifidobacterium, les deux grandes familles de bactéries bénéfiques qui peuplent normalement le côlon. Cette dysbiose n’est pas une conséquence de la constipation. Elle en est une cause. Les bactéries bénéfiques produisent des acides gras à chaine courte (butyrate, acétate, propionate) qui stimulent directement les contractions propulsives du côlon. Moins de bonnes bactéries, moins d’acides gras à chaine courte, moins de péristaltisme.

La méta-analyse de Dimidi publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition en 2014 a compilé les données de 14 essais cliniques randomisés portant sur l’effet des probiotiques sur la constipation fonctionnelle. Les résultats sont nets : les probiotiques augmentent la fréquence des selles d’environ 1,3 selle par semaine et réduisent le temps de transit intestinal d’environ 12,4 heures. Ce n’est pas miraculeux, mais c’est significatif, et surtout, c’est sans les effets secondaires des laxatifs.

Les souches les mieux documentées sont Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus casei, Lactobacillus reuteri et Bifidobacterium bifidum. La posologie efficace commence à 10 milliards d’UFC par jour, en mélange de souches à parties égales. La durée minimale est de quatre semaines, idéalement deux à trois mois pour observer un changement durable. Chez l’enfant constipé, l’étude de Coccorullo (2010) dans le Journal of Pediatrics a montré que Lactobacillus reuteri à raison de 100 millions d’UFC par jour pendant seulement deux semaines doublait la fréquence des selles.

Mais les probiotiques ne sont pas une baguette magique. Ils fonctionnent mieux quand on leur prépare le terrain. Supprimer le sucre raffiné, qui nourrit les bactéries pathogènes. Réduire le gluten chez les sensibles, qui entretient la perméabilité intestinale. Apporter des prébiotiques (inuline, FOS, résistant starch) qui nourrissent les bonnes bactéries. Et surtout, traiter les causes en amont. Donner des probiotiques sur un terrain hypothyroidien ou un diaphragme figé, c’est comme repeindre la facade d’une maison dont les fondations s’effondrent.

Le protocole naturopathique : agir sur toutes les causes en même temps

La naturopathie ne traite pas la constipation. Elle traite le constipé. Et chaque constipé est différent. Mais voici les grandes lignes du protocole que j’utilise en consultation, adapté selon le terrain et le tempérament de chaque patient.

Le régime alimentaire est le socle. Supprimer le gluten moderne pendant au moins quatre semaines et observer les effets sur le transit. Ce n’est pas un dogme, c’est un test thérapeutique. Consommer les fruits en dehors des repas, jamais en dessert, pour éviter la fermentation au-dessus du bol alimentaire qui ralentit la vidange gastrique. Privilégier les légumes de saison, cuits à la vapeur douce ou en soupe, pour la douceur de leurs fibres. Et commencer chaque journée par un grand verre d’eau tiède, vingt minutes avant le petit-déjeuner, pour réveiller le péristaltisme matinal.

Le cru, c’est formidable, mais il faut l’introduire avec intelligence. Un intestin constipé chronique a souvent une flore de fermentation perturbée. Lui envoyer une salade géante dès le premier jour, c’est provoquer des ballonnements et des crampes qui vont décourager le patient. Je recommande de commencer par les jus verts, extraits à froid avec un extracteur de jus, qui apportent les nutriments du cru (magnésium, chlorophylle, enzymes, potassium) sans les fibres insolubles qui peuvent irriter un intestin fragilisé. La chlorophylle, en particulier, est un réparateur de la muqueuse intestinale que Kousmine valorisait dans tous ses protocoles.

Pour la collation de 16 heures, un verre de jus de pruneaux non pasteurisé, ou trois à quatre pruneaux trempés depuis le matin. Les pruneaux contiennent du sorbitol, un polyol naturel qui attire l’eau dans la lumière intestinale et ramollit les selles, mais aussi de l’acide chlorogénique, qui stimule la contraction des muscles lisses du côlon. C’est un aliment-médicament que les anciens connaissaient bien.

En supplémentation, le magnésium est la priorité. Le magnésium bisglycinate (300 à 400 mg par jour) agit à deux niveaux : il relaxe les muscles lisses de la paroi intestinale (effet antispasmodique) et il attire l’eau dans le côlon par effet osmotique (effet laxatif doux). Chez les patients très constipés, j’ajoute du nigari (chlorure de magnésium) dans l’eau de boisson, une cuillère à café rase dans un litre d’eau, à boire dans la journée. L’effet est souvent spectaculaire dès les premiers jours.

Le psyllium blond (5 à 10 grammes par jour dans un grand verre d’eau, à distance des repas et des médicaments) est un mucilage qui absorbe huit fois son poids en eau et forme un gel visqueux qui lubrifie et propulse le contenu intestinal. Les graines de lin trempées (une cuillère à soupe dans un verre d’eau la veille au soir, à boire le matin avec le gel qui s’est formé) agissent par le même mécanisme et apportent en bonus des oméga-3 anti-inflammatoires. La vitamine C à dose soutenue (1 à 2 grammes par jour) a un effet laxatif naturel souvent méconnu : au-delà du seuil de tolérance intestinale, elle attire l’eau dans le côlon.

Pour les tempéraments nerveux, ceux que Marchesseau appelait les neuro-arthritiques, la constipation est souvent spasmodique. L’intestin n’est pas atone, il est crispé. Les selles sont petites, dures, fragmentées, comme des crottes de bique. La tisane de mélisse (Melissa officinalis), antispasmodique et calmante du système nerveux, est l’alliée parfaite de ce profil. Le soufre sous forme de gluconate (Oligosol Soufre, 2 à 3 ampoules par semaine en sublingual) est un vieux remède des naturopathes orthodoxes pour la constipation nerveuse et les terrains arthritiques.

Pour les tempéraments sanguino-pléthoriques, les personnes robustes, congestives, qui mangent trop et digèrent mal, un jeune intermittent supervisé de 16 heures (dernier repas à 20h, premier repas à midi) peut relancer un transit engorgé en quelques jours.

Pour les neuro-arthritiques purs, la monodiète de pomme cuite (trois jours, pommes cuites à la vapeur douce avec un peu de cannelle, à volonté) est un grand classique de la naturopathie de terrain. Carton la préconisait pour nettoyer l’intestin et reposer le système digestif.

Et pour les constipations sévères, opiniâtres, douloureuses, il y a la décoction de racines de guimauve. Quatre cuillères à soupe de racines séchées dans un litre d’eau froide, porter à ébullition, cuire dix minutes à feu doux, infuser quinze minutes, filtrer, et boire dans la journée. La guimauve (Althaea officinalis) est la plante des muqueuses par excellence. Son mucilage tapisse la paroi intestinale, la protège, l’hydrate, et facilite le glissement des matières. C’est un remède doux mais puissant, que je réserve aux cas qui ont résisté à tout le reste.

Ce que la constipation dit de toi

Avant de conclure, un mot sur la dimension psycho-émotionnelle, parce que Marchesseau ne séparait jamais le corps de l’esprit. La constipation, en naturopathie holistique, parle de rétention. Rétention des émotions, du lâcher-prise, du contrôle. Ce n’est pas de la psychologie de comptoir. C’est une observation clinique que tout naturopathe expérimenté peut confirmer : les patients constipés chroniques sont souvent des personnes qui ont du mal à lâcher, à faire confiance, à accepter l’imprévu. Travailler la respiration, c’est aussi travailler le lâcher-prise. La cohérence cardiaque (5 minutes, 3 fois par jour, 6 respirations par minute) agit à la fois sur le nerf vague, sur le diaphragme, et sur l’état émotionnel. C’est un outil gratuit, sans effets secondaires, et redoutablement efficace.

Quand consulter un médecin

La naturopathie ne se substitue jamais au diagnostic médical. Certains signes d’alerte doivent conduire à une consultation médicale urgente : du sang dans les selles (rouge vif ou noir), une constipation d’apparition brutale chez une personne qui n’en a jamais souffert, une perte de poids inexpliquée, des douleurs abdominales intenses, une alternance constipation-diarrhée avec fièvre. Ces signes peuvent masquer une pathologie organique (tumeur, occlusion, maladie inflammatoire) qui nécessite un bilan médical complet.

Les laxatifs stimulants (bisacodyl, séné, bourdaine) ne doivent jamais être utilisés au long cours. Ils créent une accoutumance, irritent la muqueuse colique et aggravent la dysbiose. Les laxatifs osmotiques (lactulose, macrogol) sont moins agressifs mais ne traitent aucune cause. Et les probiotiques, chez les patients immunodéprimés ou sous immunosuppresseurs, doivent être utilisés avec prudence et sous contrôle médical.

Remettre l’intestin au centre de ta santé

« L’intestin est le moteur des maladies. » Dr Catherine Kousmine

La constipation chronique n’est pas un désagrément bénin. C’est un signal. Un signal qui dit que le diaphragme ne masse plus les viscères, que les muscles ne compriment plus l’intestin, que l’hydratation est insuffisante, que la flore est déséquilibrée, que la sérotonine manque, que la thyroide tourne au ralenti. C’est un signal global, systémique, qui appelle une réponse globale et systémique.

La naturopathie est faite pour ca. Pas pour donner un laxatif de plus. Pour remonter à la cause de la cause. Pour remettre le corps en mouvement, en respiration, en hydratation, en nutrition, en repos. Pour restaurer les conditions dans lesquelles le transit fonctionne naturellement, sans effort, sans médicament.

Nathalie, celle qui avait tout essayé, a retrouvé un transit quotidien en six semaines. Le protocole tenait en cinq points : respiration abdominale matin et soir, marche quotidienne de 30 minutes, magnésium bisglycinate et probiotiques, soupes de légumes le soir, et suppression du gluten pendant deux mois. Rien de spectaculaire. Rien de coûteux. Juste le retour aux lois du vivant.

Si tu te reconnais dans cet article, commence par le plus simple : respire. Demain matin, avant de te lever, pose la main sur ton ventre et prends dix respirations profondes. C’est le premier pas. Le reste suivra. Et si tu veux aller plus loin, les articles sur la sérotonine, la thyroide, le zinc et le sommeil complètent le tableau.

Basé à Paris, je consulte en visio dans toute la France. Tu peux prendre rendez-vous pour un accompagnement personnalisé.

Pour soutenir ton transit naturellement, un extracteur de jus Hurom permet de préparer des jus verts concentrés en chlorophylle et magnésium sans les fibres insolubles qui irritent les intestins fragilisés (-20% avec le code francoisbenavente20). Côté complémentation, Sunday Natural propose du magnésium bisglycinate et des probiotiques de qualité pharmaceutique (-10% avec le code FRANCOIS10). Retrouve tous mes partenariats avec les codes promo exclusifs.

Tu veux evaluer ton statut ? Fais le test Braverman serotonine gratuit en 2 minutes.


Pour aller plus loin

Sources

  • Dimidi, E. et al. “The effect of probiotics on functional constipation in adults: a systematic review and meta-analysis.” American Journal of Clinical Nutrition 100.4 (2014) : 1075-1084.
  • Coccorullo, P. et al. “Lactobacillus reuteri (DSM 17938) in infants with functional chronic constipation.” Journal of Pediatrics 157.4 (2010) : 598-602.
  • Carton, Paul. Traité de médecine naturiste. Le François, 1920.
  • Kousmine, Catherine. Soyez bien dans votre assiette jusqu’à 80 ans et plus. Tchou, 1980.
  • Masson, Robert. Diététique de l’expérience. Guy Trédaniel, 1990.
  • Salmanoff, Alexandre. Secrets et sagesse du corps. La Table Ronde, 1958.

« L’hygiéniste ne guérit pas. Il apprend au malade à ne plus empoisonner ses cellules. » Pierre-Valentin Marchesseau

Recette saine : Kefir de fruits : Le kefir relance le transit naturellement.

Tu veux approfondir ce sujet ?

Chaque semaine, un enseignement de naturopathie orthodoxe, une recette de jus et des réflexions sur le terrain.

Questions fréquentes

01 Combien de selles par jour est normal ?

Le Dr Paul Carton recommandait deux selles par jour. En naturopathie, on considère qu'un transit sain produit une à deux selles quotidiennes, le matin idéalement, de consistance moulée, sans effort ni douleur. Moins d'une selle par jour ou des selles dures et fragmentées signent une constipation fonctionnelle qui mérite attention.

02 Le psyllium est-il efficace contre la constipation ?

Le psyllium blond (Plantago ovata) est un mucilage hygroscopique qui absorbe jusqu'à 8 fois son poids en eau, augmentant le volume et la souplesse des selles. Il est efficace pour la constipation fonctionnelle à raison de 5 à 10 g par jour dans un grand verre d'eau, à distance des repas et des médicaments. Il ne résout pas les causes profondes (dysbiose, hypothyroïdie, carence en magnésium) mais peut soulager le symptôme pendant qu'on travaille sur le terrain.

03 Quel lien entre constipation et hypothyroïdie ?

L'hypothyroïdie ralentit le métabolisme global, y compris le péristaltisme intestinal. Les hormones thyroïdiennes T3 et T4 stimulent directement la motilité du tube digestif. Une TSH élevée avec des T3/T4 basses est souvent associée à une constipation opiniâtre résistante aux laxatifs classiques. C'est pourquoi un bilan thyroïdien complet (TSH, T3L, T4L, anticorps anti-TPO) fait partie du bilan naturopathique de toute constipation chronique.

04 La constipation peut-elle causer des maladies graves ?

Oui. Au-delà de l'inconfort, la constipation chronique favorise les hémorroïdes, les fissures anales, les calculs biliaires, les dysbioses intestinales et cutanées, les syndromes du côlon irritable, et augmente le risque de cancers hormonaux (côlon, sein) par recirculation des œstrogènes via le cycle entéro-hépatique. Kousmine résumait : l'intestin est le moteur des maladies.

05 Les probiotiques aident-ils contre la constipation ?

Oui, les études montrent que des compléments contenant des lactobacilles et bifidobactéries (10 milliards d'UFC/jour minimum, mélange à parties égales) augmentent la fréquence des selles d'environ une selle par semaine et réduisent le temps de transit d'environ 15 heures. Les souches les plus documentées sont Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus casei et Bifidobacterium bifidum. La durée minimale de prise est de 4 semaines.

Cet article t'a été utile ?

Donne une note pour m'aider à m'améliorer

Laisser un commentaire