Histoire naturo · · 19 min de lecture · Mis à jour le

Salmanoff : 100 000 km de capillaires, la santé est une histoire de plomberie

Le Dr Salmanoff, médecin de Lénine, a révélé l'importance des capillaires : 100 000 km de réseau, bains terpéniques et anti-âge par la microcirculation.

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François Benavente

Naturopathe certifié

Moscou, 1921. Dans un bureau du Kremlin, un médecin de quarante-six ans est assis face à Vladimir Ilitch Lénine. Le dirigeant soviétique, déjà rongé par la maladie qui l’emportera trois ans plus tard, écoute attentivement. Le médecin s’appelle Alexander Salmanoff. Depuis 1918, il est le médecin personnel de Lénine et le directeur de toutes les stations thermales de Russie, un réseau immense qui s’étend de la mer Noire au Caucase. Salmanoff a une demande inhabituelle. Il veut un passeport. Il veut quitter l’URSS. Il dit à Lénine, avec une franchise qui aurait pu lui coûter la vie sous un autre régime : « La médecine telle que nous la pratiquons ici est insuffisante. Il y a en Occident des travaux sur la circulation capillaire qui pourraient changer notre compréhension de la maladie et du vieillissement. Je veux aller les étudier. » Lénine le regarde un long moment, puis signe le passeport. Salmanoff quitte l’Union soviétique. Il n’y reviendra jamais.

Ce départ marque le début de la deuxième vie d’Alexander Salmanoff, celle qui fera de lui l’un des pères les plus originaux de la naturopathie européenne. Car Salmanoff ne va pas se contenter d’étudier les travaux de Krogh. Il va les transformer en une théorie globale de la santé et de la maladie, centrée sur un réseau que la médecine avait jusqu’alors presque totalement ignoré : les capillaires.

« La santé de l’homme n’est qu’une histoire de plomberie. »

Cette phrase, qui résume toute la philosophie de Salmanoff, peut sembler réductrice. Elle ne l’est pas. Derrière cette métaphore apparemment simple se cache l’une des visions les plus profondes et les plus pertinentes de la physiologie humaine. Une vision qui, un siècle plus tard, n’a rien perdu de sa puissance explicative.

Krogh et la révolution capillaire

Pour comprendre Salmanoff, il faut d’abord comprendre August Krogh. Ce physiologiste danois reçut le prix Nobel de médecine en 1920 pour ses travaux sur la régulation de la circulation capillaire. Avant Krogh, la médecine s’intéressait essentiellement au coeur et aux gros vaisseaux : artères, veines, aorte. Les capillaires, ces vaisseaux microscopiques qui relient les artérioles aux veinules, étaient considérés comme de simples tuyaux passifs, des canaux inertes dans lesquels le sang circulait par la seule pression cardiaque.

Krogh démontra que les capillaires ne sont pas passifs. Ils sont dotés d’une musculature propre qui leur permet de se contracter et de se dilater indépendamment du coeur. Ils régulent eux-mêmes le débit sanguin local en fonction des besoins de chaque tissu. Un muscle qui travaille voit ses capillaires se dilater pour recevoir plus de sang oxygéné. Un organe au repos voit ses capillaires se contracter pour économiser les ressources. Cette autorégulation capillaire est un système d’une sophistication remarquable, qui fonctionne en permanence, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans aucune intervention consciente.

Salmanoff fut bouleversé par cette découverte. Il comprit immédiatement que les capillaires n’étaient pas un simple réseau de distribution mais le véritable théâtre de la vie cellulaire. Car c’est au niveau des capillaires, et uniquement au niveau des capillaires, que se produisent les échanges entre le sang et les cellules. L’oxygène quitte le sang pour entrer dans les cellules à travers la paroi capillaire. Le dioxyde de carbone et les déchets cellulaires font le chemin inverse. Les nutriments traversent la paroi capillaire pour nourrir les cellules. Les hormones passent par les capillaires pour atteindre leurs organes cibles. Toute la vie cellulaire, sans exception, dépend du bon fonctionnement de ce réseau microscopique.

Cent mille kilomètres de réseau

Les chiffres que Salmanoff aimait citer donnent le vertige. Le corps humain contient environ cent mille kilomètres de capillaires. Cent mille kilomètres. C’est deux fois et demie le tour de la Terre. C’est la distance de la Terre à la Lune aller-retour avec un détour. Mis à plat, ces capillaires représenteraient une surface d’échange de six mille mètres carrés, soit un terrain de football. Les alvéoles pulmonaires, ces minuscules sacs où se font les échanges gazeux, offrent à elles seules une surface de huit mille mètres carrés.

Ces chiffres ne sont pas anecdotiques. Ils révèlent une réalité fondamentale : la surface d’échange entre le sang et les cellules est infiniment plus grande que tous les organes visibles réunis. Le coeur, le foie, les reins, les poumons, le cerveau, tous ces organes que la médecine étudie et opère avec tant de minutie, ne représentent qu’une fraction infime de la surface vitale du corps. L’essentiel de la vie se joue dans ces cent mille kilomètres de tuyaux microscopiques que la médecine avait oubliés.

Salmanoff aimait aussi rappeler que le corps humain est composé à quatre-vingts pour cent de liquides. Cinq litres de sang, dix litres de lymphe, quarante litres de sérums cellulaires et interstitiels. Nous ne sommes pas des êtres solides. Nous sommes des êtres liquides, des systèmes hydrauliques complexes dans lesquels les fluides circulent en permanence pour nourrir, nettoyer et renouveler chaque cellule. Et la qualité de cette circulation détermine la qualité de notre santé.

C’est cette prise de conscience qui amena Salmanoff à formuler sa métaphore de la plomberie. Si tu conçois ton corps comme un réseau hydraulique de cent mille kilomètres, alors la santé est une question de circulation. Quand les tuyaux sont propres et ouverts, les fluides circulent librement, les cellules sont nourries et nettoyées, et l’organisme fonctionne de manière optimale. Quand les tuyaux se bouchent, les fluides stagnent, les cellules sont asphyxiées et intoxiquées, et la maladie s’installe. C’est aussi simple que cela. Et aussi profond.

Les alluvions dans le fleuve : comment les capillaires se bouchent

La circulation capillaire selon Salmanoff

Salmanoff utilisait une analogie fluviale d’une clarté lumineuse pour expliquer le mécanisme de l’encrassement capillaire. Imagine un grand fleuve qui traverse une plaine. Son courant est puissant au centre, là où le débit est le plus fort. Mais sur les berges, dans les méandres, dans les bras morts, le courant ralentit. Et c’est dans ces zones de moindre courant que les alluvions se déposent. Le sable, les graviers, les débris végétaux s’accumulent lentement, insidieusement, jusqu’à former des bancs qui réduisent le lit du fleuve et perturbent l’ensemble de la circulation.

Le même phénomène se produit dans le corps humain. Les déchets métaboliques, ces résidus acides et colloïdaux produits par le métabolisme cellulaire, circulent dans le sang et la lymphe. Au niveau des gros vaisseaux, le courant est suffisamment puissant pour les entraîner vers les organes d’élimination. Mais au niveau des capillaires, surtout dans les zones éloignées du coeur où le courant est faible, ces déchets se déposent comme des alluvions. Ils s’accumulent dans les parois capillaires, réduisent le diamètre des vaisseaux, puis finissent par les obstruer complètement.

Les zones de dépôt préférentielles sont caractéristiques. Les articulations d’abord, ces carrefours mécaniques où les capillaires sont soumis à des contraintes de pression et de mouvement qui ralentissent la circulation. Les genoux, les coudes, les doigts, les orteils, la nuque : toutes ces articulations sont des zones d’accumulation préférentielle des déchets. C’est pourquoi les douleurs articulaires sont si fréquentes et apparaissent souvent en premier dans le processus de vieillissement. Ce n’est pas l’articulation qui est malade. Ce sont les capillaires qui l’irriguent qui sont bouchés.

La peau ensuite. Les capillaires cutanés sont les plus éloignés du coeur et les plus soumis aux variations de température. La circulation y est naturellement plus lente, ce qui favorise les dépôts. C’est pourquoi la peau est souvent le premier organe à montrer des signes de vieillissement : rides, taches, sécheresse, perte d’élasticité. Tous ces signes traduisent un appauvrissement de la circulation capillaire cutanée.

Les extrémités enfin. Les pieds et les mains, par l’effet de la gravité et par leur éloignement du coeur, sont des zones particulièrement vulnérables aux dépôts capillaires. Les pieds froids, les mains glacées, les fourmillements, les engourdissements : tous ces symptômes que des millions de personnes considèrent comme normaux sont en réalité des signes d’insuffisance capillaire.

Salmanoff estimait qu’un individu d’âge moyen pouvait accumuler plus de cinq kilogrammes de déchets colloïdaux dans ses tissus. Cinq kilogrammes de déchets minéraux et acides incrustés dans les parois capillaires, les articulations, les tissus conjonctifs, les muscles. Cinq kilogrammes qui ne sont pas détectés par les analyses sanguines classiques (le sang, lui, est régulé en permanence par les systèmes tampons), mais qui sont bien présents et qui ralentissent tous les processus vitaux.

Le vieillissement comme dessèchement des vasa-vasorum

L’une des contributions les plus originales de Salmanoff à la médecine est sa théorie du vieillissement. Pour lui, vieillir n’est pas une fatalité programmée génétiquement. Vieillir est un processus d’assèchement progressif des plus petits capillaires, ceux que les anatomistes appellent les vasa-vasorum, littéralement « les vaisseaux des vaisseaux ».

Les vasa-vasorum sont des capillaires tellement minuscules qu’ils nourrissent les parois des capillaires eux-mêmes. C’est un système de vaisseaux dans les vaisseaux, une mise en abyme circulatoire qui illustre la finesse extraordinaire de l’architecture vasculaire. Quand ces vasa-vasorum se bouchent ou s’assèchent, les capillaires qu’ils nourrissent dégénèrent. Et quand ces capillaires dégénèrent, les cellules qu’ils irriguaient ne reçoivent plus ni oxygène ni nutriments. Des îlots cellulaires desséchés se forment, comme des oasis qui tarissent dans un désert qui avance. Tous les processus vitaux ralentissent : la régénération cellulaire, l’élimination des déchets, la production d’enzymes, la réponse immunitaire.

Salmanoff en tirait une conclusion audacieuse : l’espérance de vie théorique de l’être humain serait de cent vingt à cent cinquante ans si son mode de vie ne réduisait pas ses ressources vitales en obstruant prématurément son réseau capillaire. Les centenaires ne sont pas des miracles génétiques. Ce sont des individus dont le réseau capillaire est resté suffisamment ouvert pour maintenir une circulation adéquate. Et si l’on pouvait nettoyer et rouvrir les capillaires obstrués, on pourrait non pas arrêter le vieillissement mais le ralentir considérablement.

Cette théorie rejoint les travaux les plus récents sur la microcirculation et le vieillissement vasculaire. Les chercheurs contemporains ont confirmé que le déclin de la microcirculation est l’un des mécanismes centraux du vieillissement et de la plupart des maladies chroniques. Les micro-infarctus silencieux, les micro-AVC, la dégénérescence maculaire, la neuropathie diabétique, la néphropathie : toutes ces pathologies sont fondamentalement des maladies de la microcirculation. Salmanoff avait vu juste un demi-siècle avant que la science ne le confirme.

Les bains terpéniques : la solution de Salmanoff

Si le problème est capillaire, la solution doit être capillaire. C’est le raisonnement logique qui conduisit Salmanoff à développer ses célèbres bains terpéniques, l’une des contributions thérapeutiques les plus originales de l’histoire de la médecine naturelle.

Les bains terpéniques utilisent des émulsions à base de térébenthine, une résine naturelle extraite des conifères (pins, sapins, mélèzes). La térébenthine est utilisée en médecine depuis l’Antiquité, notamment par Hippocrate qui l’employait en friction pour soulager les douleurs articulaires. Salmanoff en fit un usage systématique et codifié, en développant deux types d’émulsions aux propriétés complémentaires.

L’émulsion blanche est conçue pour stimuler la vasodilatation capillaire. Diluée dans un bain à trente-sept degrés Celsius, elle pénètre la peau et provoque une ouverture des capillaires cutanés et sous-cutanés. Cette vasodilatation améliore la circulation locale, favorise les échanges cellulaires et accélère l’élimination des déchets déposés dans les tissus. Le patient ressent une chaleur intense, parfois des picotements, qui témoignent de la réouverture des capillaires. L’émulsion blanche est particulièrement indiquée chez les personnes à tension artérielle basse, chez les frileuses, chez les constitutions neuro-arthritiques qui ont tendance à la vasoconstriction périphérique.

L’émulsion jaune a un mécanisme d’action légèrement différent. Elle associe la térébenthine à de l’acide oléique et à de l’huile de ricin, ce qui lui confère des propriétés de pénétration plus profondes. Elle est particulièrement adaptée aux personnes ayant une tension artérielle élevée et aux cas d’arthrose, de sciatique, de polyarthrite. L’émulsion jaune favorise la dissolution des dépôts calcaires intra-articulaires et la réouverture des capillaires profonds.

Salmanoff était très précis dans ses protocoles. Il recommandait des bains de quinze à vingt minutes, à une température de trente-sept degrés, avec une concentration d’émulsion progressivement croissante sur une série de trente bains. La progressivité était essentielle : trop de térébenthine trop vite pouvait provoquer des réactions cutanées désagréables. Trop peu ne produisait aucun effet. Salmanoff ajustait la concentration en fonction de la réponse individuelle du patient, observant attentivement la coloration de la peau, la durée de la rougeur post-bain, les sensations rapportées.

La clinique de Paris : deux cents patients de plus de soixante-quinze ans

La preuve clinique la plus spectaculaire de l’efficacité des bains terpéniques vient de la clinique que Salmanoff ouvrit à Paris dans les années trente. Après avoir quitté l’URSS, il s’était installé en France où il exerça pendant plusieurs décennies. Dans sa clinique parisienne, il traita des milliers de patients, mais ce sont ses résultats sur les personnes âgées qui sont les plus remarquables.

Salmanoff constitua un groupe de deux cents patients âgés de plus de soixante-quinze ans, atteints de pathologies chroniques variées : arthrose, insuffisance circulatoire, rhumatismes, fatigue chronique, troubles cognitifs. Il leur administra une série de trente bains terpéniques sur une période de deux à trois mois. Les résultats furent suffisamment probants pour que Salmanoff les publie et les présente à la communauté médicale.

Après trente bains, la majorité des patients rapportaient une amélioration significative de leur mobilité articulaire, une réduction des douleurs, un regain d’énergie, une amélioration du sommeil, une peau plus souple et mieux irriguée, et surtout un sentiment global de rajeunissement que Salmanoff attribuait à la réouverture des capillaires obstrués. Certains patients qui ne pouvaient plus monter un escalier retrouvaient une marche fluide. D’autres qui souffraient de mains et de pieds glacés depuis des années sentaient la chaleur revenir dans leurs extrémités.

Ces résultats, bien que non publiés selon les standards actuels des essais cliniques randomisés, constituent un corpus empirique impressionnant. Salmanoff lui-même reconnaissait les limites de ses observations et appelait à des études plus rigoureuses. Mais il savait, avec la certitude du clinicien qui observe ses patients pendant des décennies, que les bains terpéniques fonctionnaient. Et que leur mécanisme d’action, la réouverture des capillaires, était cohérent avec tout ce que la physiologie de Krogh avait démontré.

Le bain hypercalorique : la fièvre artificielle au service de la détox

Salmanoff développa également le concept du bain hypercalorique, une technique de sudation thérapeutique qui mérite une attention particulière. Le principe est simple dans sa conception et profond dans ses effets : en élevant progressivement la température du bain au-dessus de trente-sept degrés (jusqu’à trente-neuf ou quarante degrés), on provoque une hyperthermie artificielle qui mime les effets de la fièvre naturelle.

La fièvre, rappelons-le, n’est pas un dysfonctionnement de l’organisme. C’est un mécanisme de défense : en élevant sa température interne, le corps accélère les réactions enzymatiques, stimule le système immunitaire, active la sudation et favorise l’élimination des toxines. Le bain hypercalorique reproduit artificiellement ce mécanisme chez des personnes dont l’organisme, affaibli par l’âge ou la maladie, n’est plus capable de produire spontanément une fièvre suffisante.

La sudation provoquée par le bain hypercalorique est un puissant mécanisme de détoxification. La sueur élimine non seulement de l’eau et des sels minéraux, mais aussi des métaux lourds, des acides organiques, des substances lipophiles que les reins ne peuvent pas filtrer. Salmanoff considérait que la peau, avec ses millions de glandes sudoripares, était un émonctoire aussi important que les reins, et que la sudation régulière était l’un des moyens les plus efficaces de maintenir la propreté du milieu intérieur.

Cette vision rejoint celle de Paul Carton qui plaçait la peau parmi ses quatre émonctoires principaux comme « soupape de secours » de l’organisme. Salmanoff et Carton, bien que partant de prémisses différentes (Salmanoff de la circulation capillaire, Carton du terrain humoral), arrivent à la même conclusion : la peau est un organe d’élimination majeur dont les fonctions sont dramatiquement sous-utilisées dans notre mode de vie moderne, où la sédentarité, les vêtements synthétiques et la climatisation empêchent la sudation naturelle.

Le corps liquide : repenser la physiologie

La vision de Salmanoff invite à repenser fondamentalement notre conception du corps humain. Nous avons l’habitude de penser en termes d’organes solides : le coeur, le foie, les poumons, le cerveau. Nous visualisons notre corps comme une machine composée de pièces distinctes, chacune remplissant une fonction spécifique. Salmanoff renverse cette perspective. Pour lui, le corps est d’abord et avant tout un milieu liquide dans lequel baignent des cellules.

Quatre-vingts pour cent du corps est fait de liquides. Cinq litres de sang qui circulent en permanence dans le réseau vasculaire. Dix litres de lymphe qui drainent les tissus et transportent les cellules immunitaires. Et surtout quarante litres de sérums cellulaires et interstitiels, ces liquides qui entourent et baignent chaque cellule du corps. La cellule n’est pas un élément isolé. Elle est immergée dans un océan intérieur dont la qualité détermine directement sa santé et son fonctionnement.

Si cet océan intérieur est propre, riche en oxygène et en nutriments, débarrassé de ses déchets, la cellule prospère. Elle se divise normalement, produit les protéines et les enzymes nécessaires, communique efficacement avec ses voisines, et accomplit sa fonction spécifique avec précision. Si cet océan intérieur est pollué, pauvre en oxygène, chargé de déchets et de toxines, la cellule souffre. Elle dysfonctionne, elle dégénère, elle meurt prématurément. Et quand suffisamment de cellules dysfonctionnent dans un même organe, la maladie apparaît.

Cette vision cellulaire de la maladie est parfaitement cohérente avec ce que la naturopathie enseigne depuis ses origines. Le terrain de Béchamp, le transformateur énergétique de Carton, l’encrassement de Marchesseau : toutes ces notions décrivent le même phénomène sous des angles différents. La pollution du milieu intérieur est la cause première de la maladie. Et la purification de ce milieu intérieur est la voie royale de la guérison.

Salmanoff ajoute à cette vision une dimension pratique que les autres pères de la naturopathie n’avaient pas développée avec autant de précision : le réseau capillaire est le système de distribution et de nettoyage de cet océan intérieur. Si le réseau est ouvert, le milieu intérieur est propre. Si le réseau est bouché, le milieu intérieur se pollue. La santé est donc, littéralement, une question de plomberie.

Salmanoff et la naturopathie moderne

L’influence de Salmanoff sur la naturopathie contemporaine est plus discrète que celle de Kneipp ou de Carton, mais elle n’en est pas moins profonde. Marchesseau connaissait les travaux de Salmanoff et les a intégrés dans sa synthèse naturopathique. La notion d’encrassement humoral, les techniques d’hydrothérapie, l’importance accordée à la sudation et à la peau comme émonctoire, la vision du vieillissement comme dessèchement : tous ces concepts marchessiens portent l’empreinte de Salmanoff.

En consultation, quand j’examine les mains et les pieds d’un consultant pour évaluer la qualité de sa circulation périphérique, quand je palpe la température de sa peau, quand je l’interroge sur ses sensations de froid aux extrémités, quand je lui recommande des bains chauds aux huiles essentielles de pin ou de romarin, je fais du Salmanoff sans toujours le nommer. Le réseau capillaire est la toile de fond invisible de toute consultation naturopathique, même quand on ne l’évoque pas explicitement.

La naturopathie moderne a enrichi l’approche de Salmanoff avec les connaissances scientifiques actuelles. Nous savons aujourd’hui que le monoxyde d’azote (NO), produit par l’endothélium vasculaire, est le principal vasodilatateur endogène et que sa production diminue avec l’âge. Nous savons que l’exercice physique régulier stimule la production de NO et maintient la souplesse vasculaire. Nous savons que certains aliments (betterave, ail, cacao, agrumes) favorisent la vasodilatation par des mécanismes biochimiques précis. Nous savons que la thyroïde joue un rôle clé dans le tonus vasculaire et que l’hypothyroïdie est associée à une vasoconstriction périphérique qui explique les extrémités froides et la frilosité caractéristique.

Toutes ces connaissances modernes confirment et enrichissent la vision de Salmanoff. La microcirculation est bien le théâtre principal de la santé et de la maladie. Les capillaires sont bien les acteurs essentiels de la vie cellulaire. Et le vieillissement est bien, en grande partie, une histoire de tuyaux qui se bouchent.

La leçon de Salmanoff : nettoyer la tuyauterie

Si tu retiens une seule chose de cet article, retiens cette image : ton corps est un réseau de cent mille kilomètres de capillaires dans lequel circulent cinquante-cinq litres de liquides. La qualité de ta santé dépend de la propreté et de l’ouverture de ce réseau. Chaque aliment transformé, chaque heure de sédentarité, chaque nuit trop courte, chaque stress non géré dépose des alluvions dans tes capillaires. Et ces alluvions, en s’accumulant jour après jour, année après année, réduisent progressivement ta capacité à nourrir et à nettoyer tes cellules.

La bonne nouvelle, c’est que le processus est réversible. Le mouvement rouvre les capillaires. La sudation (bain chaud, sauna, exercice physique) élimine les déchets accumulés dans les tissus. L’alimentation vivante et alcalinisante réduit la production de déchets acides. L’hydratation suffisante maintient la fluidité des liquides organiques. La respiration profonde oxygène le sang et stimule le retour veineux. Chaque geste d’hygiène vitale que tu poses est un coup de balai dans ta tuyauterie interne.

Salmanoff se situe dans la lignée directe de Paul Carton (le terrain comme cause de la maladie) et en amont de Marchesseau (la synthèse naturopathique). Là où Carton regardait la digestion et les émonctoires, Salmanoff regardait la circulation et les capillaires. Mais les deux arrivent au même constat : la maladie est la conséquence de l’encrassement du milieu intérieur, et la guérison passe par le nettoyage de ce milieu.

L’homme qui a quitté l’URSS pour étudier les capillaires nous a laissé un message d’une simplicité désarmante : prends soin de ta plomberie. Nettoie tes tuyaux, fais circuler tes fluides, ouvre tes capillaires, sue régulièrement, bouge chaque jour, et ton organisme disposera des conditions nécessaires pour fonctionner comme la nature l’a prévu. C’est peut-être le conseil de santé le plus fondamental et le plus universel que la naturopathie puisse offrir.

Pour aller plus loin

Recette saine : Jus de betterave pur : La betterave soutient la micro-circulation.

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Chaque semaine, un enseignement de naturopathie orthodoxe, une recette de jus et des réflexions sur le terrain.

Questions fréquentes

01 Qui était Alexander Salmanoff ?

Alexander Salmanoff (1875-1965) était un médecin russe, médecin personnel de Lénine. En 1918, il fut nommé à la tête de toutes les stations thermales de Russie. En 1921, il quitta l'URSS pour l'Occident où il étudia les travaux de Krogh sur la circulation capillaire et développa ses célèbres bains terpéniques.

02 Pourquoi dit-on que la santé est une histoire de plomberie ?

Salmanoff a montré que notre corps contient 100 000 km de capillaires pour une surface de 6 000 m². L'organisme est fait de 80% de liquides. Quand ces réseaux se bouchent par accumulation de déchets (comme des alluvions dans un fleuve), les cellules ne sont plus irriguées et les maladies apparaissent.

03 Comment les capillaires se bouchent-ils ?

Comme des alluvions dans un fleuve, les déchets minéraux se déposent dans les zones à moindre courant : articulations (genoux, coudes, doigts), peau (couches éloignées du cœur), et extrémités (pieds, mains, par gravité). Un individu peut accumuler plus de 5 kg de déchets colloïdaux.

04 Que sont les bains terpéniques de Salmanoff ?

Les bains terpéniques utilisent des émulsions blanches et jaunes à base de résine naturelle de conifères (térébenthine), diluées dans un bain à 37°C. Elles stimulent en profondeur le système capillaire, permettant aux cellules de recevoir à nouveau oxygène et nutriments. Salmanoff ouvrit une clinique à Paris où 200 patients de plus de 75 ans confirmèrent l'efficacité après 30 bains.

05 Quel est le lien entre capillaires et vieillissement ?

Selon Salmanoff, le vieillissement découle de l'assèchement progressif des vasa-vasorum (les plus petits capillaires). Des îlots cellulaires desséchés se forment et tous les processus vitaux ralentissent. L'espérance de vie théorique de l'homme serait de 120-150 ans si son mode de vie ne réduisait pas ses ressources vitales.

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