Naturopathie · · 21 min de lecture · Mis à jour le

Jeûne et monodiètes : les outils ancestraux du naturopathe

Jeûne hydrique, intermittent, monodiètes de pomme ou de raisin : un naturopathe t'explique quand et comment détoxiner selon ton terrain.

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François Benavente

Naturopathe certifié

En 1911, Paul Carton est en train de mourir. Tuberculose pulmonaire, pronostic sombre, la médecine de l’époque n’a rien à lui proposer à part le repos et la résignation. Carton, qui est médecin lui-même, prend une décision que ses confrères jugent suicidaire : il cesse de manger. Cinq jours de jeûne hydrique, contre l’avis de tout le monde. En déchargeant son organisme des déchets acides qui le tourmentaient, il guérit. Pas une rémission partielle, pas un sursis. Une guérison. Carton vivra jusqu’à 71 ans, écrira une douzaine d’ouvrages fondateurs de la médecine naturiste française, et consacrera le reste de sa vie à enseigner ce que cette expérience lui avait révélé : le corps sait guérir, à condition qu’on cesse de l’empoisonner.

Schéma du jeûne et des monodiètes en naturopathie

Cette histoire, je la raconte souvent en consultation. Pas pour encourager quiconque à jeûner cinq jours sans encadrement. Mais parce qu’elle illustre un principe fondamental que la naturopathie porte depuis ses origines : la maladie chronique n’est pas une fatalité, c’est le symptôme d’un organisme encrassé qui n’arrive plus à s’auto-nettoyer. Et le jeûne, sous toutes ses formes, est l’outil le plus ancien et le plus puissant dont dispose l’hygiéniste pour relancer cette capacité d’auto-nettoyage.

« Ne tuez pas les moustiques, asséchez le marécage. » Pierre-Valentin Marchesseau

Aujourd’hui, tout le monde parle de jeûne. Les réseaux sociaux sont remplis de coachs qui vendent du « fasting » comme une méthode minceur, de gourous qui promettent des guérisons miraculeuses, d’influenceurs qui jeûnent sept jours en filmant leur détresse pour gagner des abonnés. Le problème, c’est que personne n’explique le pourquoi. Personne ne parle de terrain. Personne n’évalue la vitalité avant de prescrire la restriction. Et personne ne fait la distinction entre un organisme capable de jeûner et un organisme que le jeûne va achever. C’est exactement cette confusion que je veux dissiper ici, parce que le jeûne bien conduit est un acte thérapeutique d’une puissance rare, et le jeûne mal conduit est une violence faite au corps.

Une tradition millénaire que la science rattrape

Le jeûne n’est pas une mode. C’est l’outil thérapeutique le plus ancien de l’humanité. Hippocrate, père de la médecine occidentale, prescrivait le jeûne à ses patients il y a 2 500 ans. « Si tu nourris un malade, tu nourris sa maladie », enseignait-il. Cette intuition clinique, transmise de génération en génération, se retrouve dans toutes les traditions médicales et spirituelles du monde. Le Ramadan musulman, le Carême chrétien, le Yom Kippour juif, les jeûnes du bouddhisme et de l’hindouisme ne sont pas des exercices de mortification arbitraires. Ce sont des pratiques d’hygiène interne codifiées par des millénaires d’observation empirique.

La naturopathie européenne a hérité de cette sagesse. Carton l’a redécouverte par l’expérience personnelle. Shelton, aux Etats-Unis, a supervisé des dizaines de milliers de jeûnes dans sa clinique du Texas entre 1928 et 1978. Marchesseau a codifié le jeûne comme l’outil central de la cure de détoxination, la première des trois cures de la naturopathie orthodoxe. Et en 2016, la science a fini par rattraper ce que les hygiénistes savaient depuis toujours : le biologiste japonais Yoshinori Ohsumi a reçu le prix Nobel de médecine pour avoir décrit les mécanismes de l’autophagie, ce processus par lequel la cellule, en situation de privation nutritive, digère ses propres composants endommagés pour les recycler en matériaux neufs. Le jeûne active l’autophagie. La cellule fait le ménage. Ce que Marchesseau appelait la « détoxination humorale », Ohsumi l’a photographié au microscope électronique.

C’est la convergence de la tradition et de la science. Et c’est cette convergence qui rend le jeûne si fascinant, parce qu’il ne s’agit pas de croire ou de ne pas croire. Il s’agit de comprendre un mécanisme biologique fondamental : quand tu cesses de manger, le corps ne s’arrête pas. Il se reconfigure. Il passe d’un mode de construction (anabolisme) à un mode de nettoyage (catabolisme contrôlé). Et c’est dans ce nettoyage que réside toute la puissance thérapeutique du jeûne.

Le jeûne hydrique : le roi des cures

Le jeûne hydrique consiste à ne consommer aucun aliment solide ni liquide calorique pendant une durée déterminée. Seules l’eau pure et les tisanes non sucrées sont autorisées. C’est la forme la plus pure et la plus puissante de jeûne, celle que Shelton qualifiait de « repos physiologique intégral ».

Quand l’apport alimentaire cesse, le corps épuise d’abord ses réserves de glycogène hépatique et musculaire en douze à vingt-quatre heures. Passé ce seuil, la néoglucogenèse prend le relais : le foie fabrique du glucose à partir des acides aminés et du glycérol. Puis, à mesure que le jeûne se prolonge, l’organisme bascule progressivement vers la cétogenèse. Le foie transforme les acides gras libérés par le tissu adipeux en corps cétoniques (acétoacétate, bêta-hydroxybutyrate, acétone), qui deviennent le carburant principal du cerveau, du cœur et des muscles. C’est un basculement métabolique majeur, comparable au passage d’un moteur essence à un moteur diesel. Le corps change de carburant, et ce faisant, il puise dans ses réserves de graisse tout en épargnant autant que possible ses protéines musculaires.

L’autophagie s’active pleinement après 18 à 24 heures de jeûne. Les cellules commencent à digérer leurs organites endommagés, leurs protéines mal repliées, leurs mitochondries défaillantes, pour les recycler en acides aminés et en composants réutilisables. C’est un ménage intracellulaire d’une sophistication extraordinaire. Les cellules cancéreuses, qui dépendent massivement du glucose (effet Warburg), sont particulièrement vulnérables en état de jeûne. Les cellules saines, elles, s’adaptent. C’est ce qu’on appelle la résistance différentielle au stress, un concept que Valter Longo, biogérontologue à l’Université de Californie du Sud, a brillamment documenté dans ses travaux sur le jeûne et la longévité.

En pratique, le jeûne hydrique se décline en plusieurs durées, et c’est la durée qui détermine l’intensité de l’effet. Un jeûne de 24 heures, du dîner au dîner du lendemain, est accessible à la plupart des adultes en bonne santé. Il active les premiers mécanismes d’autophagie, met le système digestif au repos complet, et permet à l’organisme de consacrer son énergie à la réparation plutôt qu’à la digestion. Rappelle-toi que la digestion d’un repas complet mobilise environ 30 % de l’énergie totale de l’organisme. Quand cette énergie est libérée, le corps l’utilise pour autre chose. Un jeûne de 48 heures approfondit l’autophagie et accélère la lipolyse. Au-delà de 72 heures, les effets sur la régénération des cellules souches et le système immunitaire deviennent significatifs, comme l’ont montré les travaux de Longo. Mais au-delà de 48 heures, un encadrement professionnel est indispensable. C’est une règle absolue, pas une suggestion.

L’eau est la clé. Pendant le jeûne, les reins travaillent à plein régime pour éliminer les déchets métaboliques remis en circulation. Il faut boire abondamment, entre 1,5 et 2,5 litres par jour, d’eau faiblement minéralisée, à température ambiante ou tiède. Les tisanes de romarin (cholérétique), de thym (antiseptique intestinal) et de menthe (antispasmodique) soutiennent le travail hépatique et digestif sans apporter de calories. Pas de jus, pas de bouillon, pas de café. Le café, en stimulant le cortisol et l’insuline, sabote une partie des bénéfices métaboliques du jeûne.

Le jeûne intermittent : l’outil du quotidien

Si le jeûne hydrique prolongé est le scalpel du chirurgien, le jeûne intermittent est le couteau suisse du naturopathe. C’est la forme la plus douce, la plus accessible et la plus praticable au quotidien. Le protocole le plus courant est le 16/8 : seize heures de jeûne, huit heures de fenêtre alimentaire. En pratique, cela revient à sauter le petit-déjeuner (dernier repas à 20h, premier repas à 12h) ou à sauter le dîner (dernier repas à 14h, premier repas le lendemain à 6h). Les deux fonctionnent. Le choix dépend de ton rythme de vie et de ta chronobiologie.

Les bénéfices du jeûne intermittent sont documentés par une littérature scientifique abondante. Amélioration de la sensibilité à l’insuline, réduction des marqueurs inflammatoires (CRP, IL-6, TNF-alpha), stimulation modérée de l’autophagie, amélioration du profil lipidique, perte de masse grasse sans perte de masse musculaire quand l’apport protéique est suffisant pendant la fenêtre alimentaire. Le Dr Jason Fung, néphrologue canadien, a popularisé cette approche dans The Obesity Code, en démontrant que la résistance à l’insuline, fléau métabolique de notre époque, répond mieux à la modulation de la fréquence des repas qu’à la simple restriction calorique.

Mais il y a un piège que je vois constamment en consultation. Les femmes avec une fragilité thyroïdienne doivent être particulièrement prudentes avec le jeûne intermittent. La conversion de la T4 inactive en T3 active dépend du statut nutritionnel, et notamment des apports en sélénium, zinc et calories. Un jeûne trop strict, trop fréquent, ou mal conduit chez une femme déjà en hypothyroïdie fruste, peut augmenter la production de T3 reverse (la forme inactive de T3 qui bloque les récepteurs) et aggraver les symptômes : fatigue, frilosité, constipation, prise de poids. C’est paradoxal : la personne jeûne pour « se détoxiner » et se retrouve plus encrassée qu’avant, parce que son métabolisme basal a plongé.

La règle que j’applique en consultation est claire. Le jeûne intermittent 16/8 convient aux personnes dont la vitalité est correcte, dont la thyroïde fonctionne bien, et dont les surrénales ne sont pas épuisées. Pour les autres, je commence toujours par la monodiète. Toujours. Parce que la monodiète ne coupe pas l’apport calorique, elle le simplifie. Et cette nuance change tout.

Les monodiètes : la douceur qui détoxine

La monodiète consiste à ne consommer qu’un seul aliment pendant un ou plusieurs jours. C’est l’alternative douce au jeûne, celle que Marchesseau prescrivait systématiquement aux constitutions fragiles, aux personnes fatiguées, aux neuro-arthritiques frileux dont la vitalité ne permettait pas un jeûne hydrique complet. C’est aussi, à mon sens, l’outil le plus sous-estimé de la naturopathie contemporaine, parce qu’il est simple, peu coûteux, sans risque quand il est bien choisi, et d’une efficacité remarquable.

Le principe est limpide. En ne consommant qu’un seul aliment, tu mets au repos une grande partie du système digestif. Les enzymes pancréatiques, biliaires et gastriques ne sont sollicitées que pour un seul type de substrat. L’énergie économisée par cette simplification digestive est redirigée vers les fonctions d’élimination et de réparation. Ce n’est pas un jeûne, mais c’est un demi-repos digestif qui permet au corps de « faire le ménage » sans l’agression métabolique d’une privation totale.

La monodiète de pomme cuite est la reine des monodiètes pour le terrain neuro-arthritique. Marchesseau la prescrivait en première intention pour les personnes frileuses, nerveuses, déminéralisées, en acidose tissulaire. La pomme cuite est alcalinisante, riche en pectine (qui fixe les métaux lourds et les toxines dans le tube digestif pour les évacuer dans les selles), douce pour les intestins irrités, et chaude, ce qui est essentiel pour les frileux. On la prépare simplement : des pommes bio, coupées en quartiers, cuites à la vapeur douce ou au four basse température avec un peu de cannelle. A volonté, toute la journée, un à deux jours par semaine. La pectine de la pomme cuite a un effet prébiotique démontré : elle nourrit les bifidobactéries du côlon et favorise la production de butyrate, cet acide gras à chaîne courte qui est le carburant préféré des cellules de la muqueuse colique.

La monodiète de raisin, popularisée par la cure uvale de Johanna Brandt, est plus puissante et plus drainante. Le raisin est riche en polyphénols (resvératrol, quercétine), en potassium (diurétique naturel), en sucres rapidement assimilables qui soutiennent l’énergie pendant la cure, et en acides organiques qui stimulent le péristaltisme. C’est la monodiète de choix pour le terrain sanguino-pléthorique : la personne congestive, rouge, en surcharge colloïdale, qui a besoin d’un drainage profond. Le raisin « lave » les liquides humoraux, comme disaient les anciens. On la pratique de préférence en septembre et octobre, quand le raisin est de saison, frais, mûr, gorgé de soleil. Hors saison, ça n’a aucun sens. Marchesseau insistait : la monodiète respecte le rythme des saisons, parce que les aliments de saison sont ceux que la nature a prévus pour les besoins de l’organisme à ce moment précis de l’année.

La monodiète de riz est celle que je prescris aux intestins les plus fragiles. Le riz semi-complet ou complet, cuit à l’eau, sans sel, sans matière grasse, est l’aliment le plus doux pour la muqueuse intestinale. Il apporte des glucides complexes qui soutiennent l’énergie sans stimuler l’insuline de façon brutale, des vitamines du groupe B (si le riz est complet ou semi-complet), et des fibres solubles apaisantes. C’est la monodiète de choix après une gastro-entérite, pendant une poussée inflammatoire intestinale, ou pour les personnes qui souffrent de dysbiose avec ballonnements et douleurs abdominales. Le riz est aussi l’un des rares aliments à être quasi universellement toléré, ce qui en fait un excellent premier choix pour les débutants.

La soupe de légumes est la monodiète universelle, celle qui convient à tous les terrains en première intention. Poireaux, carottes, courgettes, céleri, navets, cuits dans l’eau, mixés ou non, consommés chauds, trois à quatre bols par jour. C’est reminéralisant, alcalinisant, hydratant, réconfortant. C’est la monodiète que je prescris en hiver, quand le cru est mal toléré, quand le terrain est fragile, quand la personne a besoin de chaleur et de douceur. Et c’est la porte d’entrée idéale pour quelqu’un qui n’a jamais fait de monodiète de sa vie.

Enfin, il y a les dîners cellulosiques, que je considère comme une micro-monodiète quotidienne. Le principe est simple : remplacer le dîner classique par une assiette de légumes verts vapeur, sans protéine animale, sans féculent, sans matière grasse ajoutée. Brocoli, haricots verts, épinards, courgettes, asperges, artichauts. La cellulose de ces légumes balaie mécaniquement les parois du côlon, les fibres solubles nourrissent le microbiote, et l’absence de protéines au dîner facilite le travail hépatique nocturne. C’est un outil simple, quotidien, qui ne demande aucun effort particulier et qui, sur le long terme, modifie profondément le terrain humoral.

La crise curative : quand le corps se nettoie

C’est le moment qui fait peur, celui qui pousse beaucoup de gens à arrêter trop tôt. Après 24 à 48 heures de jeûne ou de monodiète, il arrive que l’état général se dégrade temporairement. Maux de tête. Nausées. Fatigue intense. Langue chargée d’un enduit blanc ou jaunâtre. Haleine forte, métallique. Urines foncées et odorantes. Parfois des éruptions cutanées, des douleurs articulaires passagères, des frissons, une irritabilité inhabituelle. C’est la crise curative, ce que la naturopathie appelle la crise d’élimination.

« Il faut ouvrir les émonctoires avant de déloger les toxines. » Alexandre Salmanoff

Ce qui se passe est assez simple à comprendre. Le jeûne stimule le catabolisme et la lipolyse. Les toxines liposolubles stockées dans le tissu adipeux (pesticides, métaux lourds, perturbateurs endocriniens, médicaments) sont remises en circulation dans le sang. Les émonctoires, le foie, les reins, la peau, les poumons, les intestins, sont sollicités pour éliminer cette charge toxique soudaine. Quand la charge dépasse la capacité d’élimination, les toxines circulent dans le sang et provoquent les symptômes que je viens de décrire. C’est temporaire. C’est normal. Et c’est même un bon signe, dans la mesure où cela signifie que le corps est en train de se nettoyer.

Mais attention à la nuance entre une crise curative normale et un signal d’alarme. Une crise curative dure en général 24 à 72 heures, les symptômes sont désagréables mais tolérables, et ils sont suivis d’une amélioration nette de l’état général. Des vertiges violents, des palpitations cardiaques, une confusion mentale, des vomissements incoercibles ou une faiblesse extrême ne sont pas une crise curative. C’est un signal que le jeûne est trop intense pour la vitalité disponible, et qu’il faut rompre le jeûne immédiatement avec un aliment doux (compote de pomme, bouillon de légumes, riz blanc bien cuit).

Salmanoff avait une expression que j’ai faite mienne : ouvrir les sorties avant de déloger les toxines. Cela signifie qu’avant d’entreprendre un jeûne, on s’assure que les émonctoires fonctionnent correctement. Le foie draine-t-il bien ? Les reins filtrent-ils ? Les intestins évacuent-ils ? La peau transpire-t-elle ? Si la réponse est non à l’une de ces questions, il faut d’abord travailler les émonctoires avec la phytothérapie, l’hydrothérapie et l’exercice physique, avant de se lancer dans un jeûne qui va déloger des toxines que le corps ne pourra pas éliminer. C’est toute la différence entre un jeûne thérapeutique et un jeûne toxique.

Les erreurs qui transforment le jeûne en catastrophe

La première erreur, et la plus dangereuse, c’est de jeûner quand on n’en a pas la vitalité. La vitalité, en naturopathie, c’est l’énergie disponible pour les fonctions d’auto-guérison. Un organisme épuisé, avec des surrénales vidées, un cortisol aplati, une thyroïde qui tourne au ralenti, n’a pas l’énergie nécessaire pour mener à bien le processus de détoxination. Le jeûne, dans ce cas, ne détoxifie pas. Il catabolise. Il puise dans les dernières réserves du corps, il dévore le muscle, il effondre la masse maigre, il aggrave l’épuisement surrénalien. J’ai vu des patients arriver en consultation après un jeûne de sept jours fait « en autonomie » à la maison, dans un état d’épuisement que j’aurais qualifié de pré-hospitalier. Ce n’est pas du jeûne. C’est de l’automutilation métabolique.

Robert Masson, grand naturopathe contemporain de Marchesseau, a consacré une partie de son oeuvre à mettre en garde contre l’excès de restriction. Quand le repas manque de glucides, le glucagon catabolique s’active, rappelait-il. Le glucagon, hormone sécrétée par le pancréas en réponse à la baisse de glycémie, déclenche la néoglucogenèse hépatique. Si le jeûne se prolonge au-delà des capacités d’adaptation du sujet, le glucagon catabolise les protéines musculaires pour fabriquer du glucose. C’est la fonte musculaire, la sarcopénie du jeûneur imprudent. Masson ne condamnait pas le jeûne. Il condamnait le jeûne indiscriminé, appliqué sans bilan de vitalité, sans évaluation du terrain, sans adaptation individuelle.

La deuxième erreur, c’est de ne pas adapter le type de restriction au tempérament. Marchesseau distinguait quatre grands tempéraments, et chacun ne répond pas de la même manière à la restriction alimentaire. Le sanguino-pléthorique, congestionné, rouge, en surcharge colloïdale, supporte et bénéficie du jeûne hydrique, parfois même du jeûne sec de courte durée. Le neuro-arthritique, frileux, maigre, acide, ne doit jamais jeûner au sens strict. Sa toxémie est cristalloïdale, acide, et le jeûne hydrique risque de l’acidifier davantage. La monodiète de pomme cuite chaude, alcalinisante et douce, est son outil. Ignorer le tempérament, c’est prescrire le mauvais outil au mauvais patient.

La troisième erreur, c’est la reprise alimentaire bâclée. La rupture du jeûne est un moment aussi délicat que le jeûne lui-même. Après 24, 48 ou 72 heures de repos digestif, le tube digestif est au ralenti. Les sécrétions enzymatiques sont réduites, le péristaltisme est calme, la muqueuse est en phase de régénération. Si tu romps le jeûne avec un steak-frites, une pizza ou même un repas « sain » mais copieux et varié, tu risques de provoquer une détresse digestive majeure : crampes, ballonnements, diarrhées, nausées. La reprise doit être progressive. Premier repas : un fruit doux (pomme cuite, banane mûre) ou un bouillon de légumes. Deuxième repas, quelques heures après : des légumes cuits à la vapeur douce et un peu de riz. Le retour à une alimentation normale se fait sur un à trois jours, proportionnellement à la durée du jeûne.

La quatrième erreur, plus subtile, c’est de jeûner pour les mauvaises raisons. Le jeûne n’est pas un régime. Ce n’est pas un outil de perte de poids, même si la perte de poids est souvent un effet secondaire. C’est un acte thérapeutique de nettoyage interne. Les personnes qui jeûnent dans une logique de contrôle pondéral, de restriction calorique chronique, de punition corporelle, sont en terrain dangereux. Le jeûne chez une personne souffrant de troubles du comportement alimentaire peut déclencher ou aggraver une anorexie, une boulimie, un cycle restriction-compulsion. Le naturopathe doit évaluer la relation du patient à la nourriture avant de prescrire une quelconque forme de restriction. C’est une responsabilité que trop de praticiens négligent.

Ce que ton terrain te dit : adapter la restriction à ta constitution

En naturopathie, il n’existe pas de protocole universel. Le même outil produit des effets opposés selon le terrain sur lequel il est appliqué. C’est pour cela que le bilan de vitalité est un préalable non négociable à toute pratique de jeûne ou de monodiète.

En consultation, j’évalue trois paramètres avant de prescrire une restriction alimentaire. La vitalité disponible, d’abord : un organisme en stade 1 de Selye (alarme), avec une CRP basse, un cortisol matinal correct et une bonne force nerveuse, peut jeûner. Un organisme en stade 3 (épuisement), avec un cortisol aplati, une fatigue permanente et un sommeil non récupérateur, ne jeûne pas. Il se revitalise d’abord. Le tempérament ensuite : sanguino-pléthorique, neuro-arthritique, bilieux, lymphatique, chacun a ses outils préférentiels. La toxémie enfin : colloïdale (surcharges de mucus, de graisses, de cholestérol) ou cristalloïdale (surcharges acides, cristaux d’acide urique, d’acide oxalique, d’acide pyruvique). Le jeûne hydrique draine les colles. La monodiète alcalinisante tamponise les cristaux. Confondre les deux, c’est prescrire un laxatif à un constipé qui souffre en réalité de spasmes. L’outil est bon, mais le diagnostic est faux.

Mise en garde

Le jeûne et les monodiètes sont contre-indiqués chez la femme enceinte ou allaitante, chez l’enfant et l’adolescent en croissance, chez la personne diabétique sous insuline, chez les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie), chez les personnes en insuffisance rénale ou hépatique avancée, et chez toute personne sous traitement médicamenteux lourd sans avis médical. Au-delà de 48 heures de jeûne hydrique, l’encadrement par un professionnel qualifié est obligatoire. Ce n’est pas du paternalisme, c’est de la prudence clinique.

La naturopathie accompagne. Elle ne remplace pas le diagnostic médical ni le suivi de ton médecin traitant.

Ce que le jeûne enseigne

Il y a quelque chose que les livres de physiologie ne racontent pas, et que seul le jeûneur comprend. Quand tu arrêtes de manger pendant 24 heures, tu ne perds pas seulement du poids ou des toxines. Tu gagnes quelque chose de bien plus précieux : un rapport différent à la faim, au manque, au vide. Tu découvres que la faim n’est pas une urgence. Tu découvres que ton corps est plus résistant que tu ne le crois. Tu découvres le silence digestif, cette sensation de légèreté intérieure que la digestion permanente nous vole.

« Le corps a en lui les capacités de guérir. Il suffit de lui en donner les moyens. » Hippocrate

Marchesseau enseignait que le jeûne court (24 heures, une fois par semaine) est un des meilleurs outils de prévention au long cours. Un jour par semaine, tu donnes à ton corps l’occasion de faire le ménage que la digestion permanente ne lui laisse jamais le temps de faire. Ce n’est pas une punition. C’est un cadeau. Et je sais de quoi je parle, parce que c’est une pratique que j’applique depuis des années, et les résultats sur mon propre terrain m’ont convaincu bien avant que les études scientifiques ne le confirment.

Si tu veux aller plus loin, les articles sur la détox de printemps, la thyroïde et la micronutrition, l’épuisement surrénalien et la constipation chronique complètent le tableau.

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Pour aller plus loin

Sources

  • Carton, Paul. Traité de médecine naturiste. Le François, 1920.
  • Ohsumi, Yoshinori. “Autophagy: from phenomenology to molecular understanding in less than a decade.” Nature Reviews Molecular Cell Biology 15.1 (2014) : 1-2.
  • Longo, Valter D. et Mattson, Mark P. “Fasting: molecular mechanisms and clinical applications.” Cell Metabolism 19.2 (2014) : 181-192.
  • Marchesseau, Pierre-Valentin. Les cures naturopathiques. Editions de la Vie Claire, 1962.
  • Seignalet, Jean. L’Alimentation ou la Troisième Médecine. 5e éd. Paris : François-Xavier de Guibert, 2004.
  • Salmanoff, Alexandre. Secrets et sagesse du corps. La Table Ronde, 1958.
  • Masson, Robert. Diététique de l’expérience. Guy Trédaniel, 1990.

« L’hygiéniste ne guérit pas. Il apprend au malade à ne plus empoisonner ses cellules. » Pierre-Valentin Marchesseau

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Chaque semaine, un enseignement de naturopathie orthodoxe, une recette de jus et des réflexions sur le terrain.

Questions fréquentes

01 Quelle est la différence entre jeûne et monodiète ?

Le jeûne consiste à ne consommer aucun aliment solide pendant une période donnée (seule l'eau ou les tisanes sont autorisées). La monodiète consiste à ne manger qu'un seul aliment pendant un ou plusieurs jours (pomme cuite, raisin, riz, soupe de légumes). Le jeûne est plus puissant en termes de détoxination mais demande plus de vitalité. La monodiète est plus douce et convient aux personnes fatiguées ou débutantes.

02 Combien de temps peut-on jeûner sans danger ?

Un jeûne intermittent de 16 heures (sauter le petit-déjeuner ou le dîner) peut se pratiquer quotidiennement. Un jeûne hydrique de 24 heures est accessible à la plupart des adultes en bonne santé, une fois par semaine. Au-delà de 48 heures, un encadrement professionnel est indispensable. Le naturopathe évalue la vitalité disponible : on ne jeûne jamais un organisme épuisé. Marchesseau insistait : la capacité de jeûner dépend des réserves vitales.

03 Quelle monodiète choisir selon son tempérament ?

Pour le neuro-arthritique (frileux, nerveux, acide), Marchesseau recommandait la monodiète de pomme cuite chaude, douce et alcalinisante. Pour le sanguino-pléthorique (congestif, rouge, surcharges colloïdales), un jeûne hydrique supervisé ou une monodiète de raisin est plus adaptée. La monodiète de riz convient aux intestins irrités. La soupe de légumes est universelle et convient à tous les terrains en première intention.

04 Le jeûne intermittent est-il bon pour la thyroïde ?

Le jeûne intermittent modéré (16/8) peut être bénéfique en réduisant l'inflammation et en améliorant la sensibilité à l'insuline. En revanche, un jeûne prolongé peut ralentir la conversion de T4 en T3 et augmenter la T3 reverse chez les personnes déjà hypothyroïdiennes. Les femmes avec une fragilité thyroïdienne doivent être particulièrement prudentes et privilégier les monodiètes douces plutôt que les jeûnes stricts.

05 Quels sont les signes d'une crise curative pendant un jeûne ?

La crise curative (ou crise d'élimination) peut se manifester par des maux de tête, des nausées, de la fatigue accrue, une langue très chargée, une haleine forte, des éruptions cutanées, des urines foncées ou des douleurs articulaires transitoires. Ces signes indiquent que l'organisme élimine ses surcharges. Ils durent généralement 24 à 72 heures. Si les symptômes sont violents, c'est que la détoxination est trop rapide par rapport à la vitalité disponible.

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