Philippe a cinquante-cinq ans et il a pris un coup de vieux. Pas progressivement : brutalement. En deux ans, ses joues se sont creusées, ses paupières sont tombées, sa peau s’est amincie et plissée, sa masse musculaire a fondu et sa graisse abdominale a explosé. Il mange pareil, il dort pareil, il bouge pareil. Mais son reflet a changé. Son médecin lui dit que c’est normal à son âge. Le Dr Hertoghe dirait que c’est une somatopause : un déclin de l’hormone de croissance : et que ce n’est pas une fatalité.
L’hormone de croissance (GH, somatotropine) est l’hormone de la régénération. Chez l’enfant, elle fait grandir. Chez l’adulte, elle répare. Chaque nuit, pendant le sommeil profond, l’hypophyse libère des pulses de GH qui orchestrent la reconstruction tissulaire : réparation musculaire, renouvellement cutané, consolidation osseuse, combustion des graisses, synthèse de collagène. Quand cette sécrétion décline, le corps vieillit plus vite que prévu.
Le rôle de l’hormone de croissance chez l’adulte
La GH agit directement et indirectement via l’IGF-1 (Insulin-like Growth Factor 1), synthétisé par le foie en réponse à la GH. L’IGF-1 est le médiateur principal des effets anabolisants de la GH dans les tissus périphériques.
La masse musculaire dépend directement de la GH. Elle stimule la synthèse protéique dans les fibres musculaires et recrute les cellules satellites (cellules souches musculaires) pour la réparation. Le déclin de la GH explique la sarcopénie (perte musculaire liée à l’âge) qui commence dès trente ans et s’accélère après cinquante.
La peau et le tissu conjonctif sont régénérés par la GH via la synthèse de collagène et d’élastine. La peau amincie, déshydratée, ridée, qui perd son élasticité : c’est une signature du déficit en GH. Le Dr Hertoghe note dans son Atlas que les patients en déficit de GH « font dix ans de plus que leur âge ».
Le métabolisme des graisses est profondément influencé. La GH est lipolytique : elle mobilise les acides gras du tissu adipeux pour les brûler. Son déficit favorise l’accumulation de graisse, en particulier abdominale (graisse viscérale), la plus dangereuse métaboliquement. C’est pourquoi les patients en somatopause prennent du ventre tout en perdant des muscles : le pire scénario de composition corporelle.
Les os, le cartilage et les tendons dépendent de la GH pour leur renouvellement. Le déficit contribue à l’ostéoporose et aux tendinopathies chroniques. L’immunité est soutenue par la GH, qui stimule la thymopoïèse (production de lymphocytes T par le thymus). Son déclin affaiblit les défenses immunitaires.
Les signes du déficit selon Hertoghe
Le Dr Hertoghe a établi un tableau clinique détaillé du déficit en GH chez l’adulte. Les signes physiques sont évocateurs : cheveux qui s’affinent et deviennent clairsemés, paupières tombantes, joues flasques ou creusées, gencives qui se rétractent, peau fine et déshydratée (surtout sur le dos des mains), rides profondes précoces, perte de tonus musculaire visible (bras flasques, poitrine tombante), graisse abdominale résistante, ongles fragiles.
La fatigue est un symptôme constant mais non spécifique. C’est une fatigue qui ne s’améliore pas avec le repos : le corps ne récupère plus parce que la réparation nocturne ne se fait plus correctement. La capacité d’effort diminue. L’endurance s’effondre. Le sport qui était facile devient pénible.
L’humeur est affectée. Le déficit en GH est associé à une baisse de vitalité, un pessimisme inhabituel, un sentiment de vieillir trop vite, une perte de confiance en soi liée aux changements physiques. Ce n’est pas une dépression sérotoninergique : c’est un état de « découragement biologique ».
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Ce qui accélère le déclin
Le manque de sommeil profond est le premier saboteur. La GH est sécrétée principalement pendant les phases de sommeil lent profond (stades 3 et 4) dans la première moitié de nuit. Un sommeil fragmenté, court ou léger réduit dramatiquement la sécrétion de GH. Les travailleurs de nuit, les insomniaques et les personnes qui se couchent trop tard sont particulièrement touchés.
L’excès de sucre et l’hyperinsulinisme bloquent la GH. L’insuline et la GH sont antagonistes : quand l’insuline est haute, la GH est basse. Un régime riche en glucides raffinés, les grignotages permanents et la résistance à l’insuline maintiennent l’insuline élevée en permanence, ce qui écrase la sécrétion de GH.
La sédentarité est catastrophique. L’exercice intense est le stimulant le plus puissant de la GH. Sans exercice, la sécrétion basale décline bien plus vite. L’obésité abdominale est à la fois cause et conséquence : la graisse viscérale sécrète des cytokines inflammatoires qui inhibent la GH, et le déficit en GH favorise l’accumulation de graisse viscérale. Cercle vicieux.
Le stress chronique et le cortisol élevé inhibent directement la sécrétion de GH par l’hypophyse.
Relancer ta GH naturellement
L’exercice en résistance (musculation) est le stimulant numéro un. Un entraînement de trente minutes avec des charges lourdes (70 à 85 pour cent du maximum) et des temps de repos courts (soixante à quatre-vingt-dix secondes) peut multiplier la GH par cinq à dix. Le HIIT (entraînement par intervalles de haute intensité) a un effet similaire. La marche tranquille n’a quasiment aucun effet sur la GH. L’intensité est la clé.
Le jeûne intermittent est le deuxième levier. Un jeûne de seize heures (fenêtre alimentaire de huit heures) augmente la GH de deux cents à cinq cents pour cent. L’insuline basse pendant le jeûne lève le frein sur la sécrétion hypophysaire. Ne pas manger après le dîner et sauter le petit-déjeuner (ou le retarder) est la stratégie la plus simple.
Le sommeil profond est non négociable. Se coucher avant 23h, dans l’obscurité totale, à température fraîche (18-19°C), sans écran pendant une heure avant. La mélatonine (0,5 à 1 mg en sublingual) améliore la qualité du sommeil profond et potentialise la sécrétion de GH nocturne.
Les acides aminés stimulateurs sont l’arginine (3 à 5 grammes au coucher), la glutamine (5 grammes au coucher), l’ornithine (2 grammes) et la glycine (3 grammes). L’association arginine + ornithine au coucher, sur estomac vide, est le protocole classique de stimulation naturelle de la GH.
La réduction de l’insuline est fondamentale. Supprimer les glucides raffinés, les grignotages, les sodas. Privilégier les protéines, les graisses saines et les légumes. Manger deux à trois repas par jour sans collation. Chaque gramme de sucre en moins est une chance de plus pour la GH.
Philippe a adopté le jeûne intermittent 16/8, la musculation trois fois par semaine, et l’arginine au coucher. En quatre mois, il a perdu cinq centimètres de tour de taille, regagné du tonus musculaire et ses collègues lui disent qu’il a « rajeuni ». Ce n’est pas de la magie : c’est de la biochimie.
Pour aller plus loin
- Mélatonine : bien plus que l’hormone du sommeil
- Aldostérone : l’hormone oubliée de ta tension et de ton sel
- Bien dormir naturellement : ce que la naturopathie peut t’apporter
- DHEA : l’hormone oubliée de ta vitalité et de ton immunité
Sources
- Hertoghe, Thierry. Atlas de médecine hormonale et nutritionnelle. International Medical Books, 2006.
- Veldhuis, Johannes D., et al. “Somatotropic and gonadotropic axes linkages in infancy, childhood, and the puberty-adult transition.” Endocrine Reviews 27.2 (2006) : 101-140.
- Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie : bases scientifiques et pratique médicale. Testez Éditions, 2016.
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Recette saine : Jus carotte-epinards : Les epinards soutiennent la synthese de GH.
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