Sandra a la TSH à 2,8 mUI/L. Dans les normes. Son médecin lui dit que sa thyroïde va bien. Sandra, elle, ne va pas bien du tout. Elle est fatiguée en permanence, elle a pris douze kilos en trois ans sans changer d’alimentation, ses cheveux tombent, sa peau est sèche, elle a froid aux mains et aux pieds même en été, son transit est au ralenti et son moral est au fond du trou. Quand je lui fais passer le questionnaire de Claeys, elle obtient un score de 34 sur 50. Hypothyroïdie probable. La TSH ne voyait rien. La clinique voyait tout.
Le Dr Benoît Claeys, en collaboration avec le Dr Thierry Hertoghe, a développé un questionnaire d’évaluation thyroïdienne qui intègre les antécédents familiaux, les signes cliniques et la sémiologie fine que la biologie standard ne capture pas. Ce questionnaire est un outil de consultation que j’utilise quasi systématiquement, parce que l’hypothyroïdie subclinique est la pathologie la plus sous-diagnostiquée en médecine moderne.
Pourquoi la TSH ne suffit pas
La TSH (Thyroid Stimulating Hormone) est le marqueur de dépistage standard. Le raisonnement est simple : si la thyroïde ne produit pas assez d’hormones, l’hypophyse augmente la TSH pour la stimuler. Donc une TSH élevée = hypothyroïdie, une TSH normale = thyroïde normale. Ce raisonnement est trop simpliste.
Premier problème : les normes de laboratoire. La « norme » de la TSH va de 0,4 à 4,5 mUI/L selon les laboratoires. Mais les études épidémiologiques montrent que la TSH optimale se situe entre 0,5 et 2,0 mUI/L. Une TSH à 3,5 est « dans les normes » mais déjà en zone de souffrance thyroïdienne pour beaucoup de patients. Le Dr Hertoghe considère qu’une TSH supérieure à 2,0 chez un patient symptomatique mérite investigation.
Deuxième problème : la TSH ne reflète que le signal hypophysaire, pas l’hormone active au niveau cellulaire. Tu peux avoir une TSH normale avec une mauvaise conversion de la T4 en T3 (par déficit en sélénium, zinc, fer, ou par excès de cortisol). Tu peux avoir une TSH normale avec une T3 reverse élevée qui bloque les récepteurs. Tu peux avoir une TSH normale avec des anticorps anti-TPO qui détruisent progressivement la thyroïde (Hashimoto débutant).
Troisième problème : l’hypothyroïdie à TSH normale existe. C’est la résistance aux hormones thyroïdiennes, la thyroïdite subaiguë, l’hypothyroïdie centrale (hypophysaire). Dans tous ces cas, la TSH est trompeusement rassurante.
Le questionnaire de Claeys en détail
Le questionnaire commence par les antécédents familiaux : un critère que les bilans biologiques ignorent totalement. Maladies de la thyroïde dans la famille (3 points). Calculs biliaires dans la famille (3 points : la vésicule biliaire paresseuse est un signe indirect d’hypothyroïdie, car la bile épaissit quand le métabolisme thyroïdien ralentit). Hypercholestérolémie familiale (3 points : la thyroïde régule le métabolisme du cholestérol). Diabète dans la famille (2 points). Obésité dans la famille (2 points). Ces antécédents dessinent un terrain thyroïdien bien avant que les symptômes n’apparaissent.
Les signes cliniques incluent la frilosité (mains et pieds froids, besoin de couvertures supplémentaires), la fatigue matinale (« pas du matin »), la prise de poids inexpliquée, la constipation chronique, la peau sèche et épaisse, les cheveux secs et cassants, la chute de cheveux (sourcil externe clairsemé : signe de Queen Anne), l’œdème du visage (bouffissure matinale, paupières gonflées), la voix rauque, la lenteur intellectuelle, la dépression, les douleurs musculaires et articulaires, les troubles menstruels (règles abondantes, irrégulières).
Les questions spécifiques homme/femme sont intégrées. Chez la femme : fausses couches répétées, infertilité, syndrome prémenstruel sévère, ménopause précoce. Chez l’homme : baisse de libido, dysfonction érectile, gynécomastie.
Fais le questionnaire thyroïde de Claeys.
Interpréter ton score
Un score de 0 à 9 suggère une fonction thyroïdienne normale. Un score de 10 à 30 justifie un bilan thyroïdien complet : TSH, T4 libre, T3 libre, T3 reverse, anticorps anti-TPO et anti-thyroglobuline, et idéalement une courbe de température basale (trois matins consécutifs, avant le lever, thermomètre sous la langue pendant dix minutes : une température inférieure à 36,4°C est évocatrice d’hypothyroïdie).
Un score supérieur à 31 indique une hypothyroïdie probable, même si la TSH est normale. C’est ici que le questionnaire prend toute sa valeur : il identifie les patients qui passent à travers les mailles du dépistage biologique standard.
Le bilan biologique à demander
Au-delà de la TSH, demande à ton médecin : la T4 libre (hormone de réserve), la T3 libre (hormone active : c’est elle qui fait le travail), la T3 reverse (qui bloque les récepteurs T3 quand elle est élevée), les anticorps anti-TPO et anti-thyroglobuline (auto-immunité thyroïdienne, Hashimoto), la ferritine (le fer est cofacteur de la TPO qui synthétise les hormones thyroïdiennes), le sélénium sanguin, le zinc plasmatique, la vitamine D et l’iode urinaire (iodurie des 24 heures).
Soutenir ta thyroïde en attendant
Les 7 nutriments essentiels de la thyroïde : iode (150 microgrammes sous forme d’algues si pas d’auto-immunité), sélénium (200 microgrammes de sélénométhionine), zinc (15 mg), fer (si ferritine basse), vitamine D (4000 UI), vitamine A (5000 UI sous forme de rétinol), magnésium (300 mg).
Éliminer les perturbateurs thyroïdiens : fluor (dentifrice, eau du robinet), brome (pain industriel, piscines), chlore (eau du robinet), perchlorate (eau, salade). Les crucifères crus en excès (chou, brocoli) contiennent des goitrogènes : la cuisson les inactive.
Sandra a fait le bilan complet. Sa T3 libre était basse, sa T3 reverse élevée, et ses anti-TPO à 180 (seuil : 35). Hashimoto débutant, invisible à la TSH. Le questionnaire de Claeys avait raison. Après six mois de protocole naturopathique (sélénium, vitamine D, NAC, régime sans gluten, gestion du stress), ses anticorps avaient diminué de moitié et elle avait perdu quatre kilos sans effort.
Si tu veux un accompagnement personnalise, tu peux prendre rendez-vous en consultation.
Pour aller plus loin
- Bilan thyroïdien complet : pourquoi la TSH seule ne suffit pas
- La méthode Hertoghe : hormones, micronutrition et médecine du terrain
- L’hypothyroïdie est un symptôme, pas un diagnostic
- Syndrome du canal carpien : le signe thyroïdien que personne ne cherche
Sources
- Claeys, Benoît, et Hertoghe, Thierry. En finir avec l’hypothyroïdie. Thierry Souccar Éditions, 2015.
- Hertoghe, Thierry. Atlas de médecine hormonale et nutritionnelle. International Medical Books, 2006.
- Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie : bases scientifiques et pratique médicale. Testez Éditions, 2016.
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Recette saine : Jus immunite curcuma-gingembre : Ce jus soutient la thyroide au quotidien.
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