Thomas a cinquante-cinq ans et un Hashimoto sous Levothyrox 75 mcg depuis douze ans. Sa TSH est bien contrôlée, ses T3 et T4 sont dans les normes, mais il garde une fatigue résiduelle, un brouillard mental intermittent et une frilosité que le Levothyrox n’a jamais complètement corrigée. Son endocrinologue lui dit que ses analyses sont « parfaites » et qu’il n’y a rien de plus à faire. Thomas s’est résigné à l’idée que c’est « comme ça » avec Hashimoto.
Je lui ai proposé deux interventions liées à la lumière. La première : une lampe de luminothérapie 10 000 lux le matin au petit-déjeuner, trente minutes, pour resynchroniser son rythme circadien (son cortisol matinal était aplati à 5,2 nmol/L alors que la norme fonctionnelle est supérieure à 15). La seconde : un appareil de photobiomodulation (lumière rouge 660 nm) appliqué directement sur la thyroïde, deux fois par semaine pendant dix semaines.
Après trois mois, les résultats étaient là. Son énergie matinale avait nettement augmenté (il n’avait plus besoin de trois cafés pour « démarrer »). Son cortisol matinal était remonté à 11,8 nmol/L. Et son endocrinologue avait dû réduire son Levothyrox de 75 à 62,5 mcg parce que sa T3 libre commençait à monter au-dessus de la norme. La thyroïde de Thomas, après douze ans de maladie auto-immune, montrait des signes de récupération fonctionnelle.
La photobiomodulation : la médecine par la lumière
La photobiomodulation (PBM), anciennement appelée LLLT (Low-Level Laser Therapy), est l’utilisation de lumière rouge (620-700 nm) et proche infrarouge (700-1100 nm) à faible puissance pour stimuler la régénération cellulaire, réduire l’inflammation et soulager la douleur. Ce n’est pas une thérapie « alternative » marginale : plus de 5000 études publiées dans des revues à comité de lecture documentent ses effets, et elle est utilisée en dermatologie, en rhumatologie, en dentisterie et en médecine sportive depuis les années 1990.
Le mécanisme principal est mitochondrial. La lumière rouge et proche infrarouge est absorbée par la cytochrome c oxydase, le complexe IV de la chaîne respiratoire mitochondriale. Cette absorption libère le monoxyde d’azote (NO) qui bloquait l’enzyme, ce qui relance la production d’ATP (l’énergie cellulaire), stimule la production de facteurs de croissance et module la réponse inflammatoire via la production contrôlée d’espèces réactives de l’oxygène (ROS) qui servent de molécules de signalisation.
En termes simples : la lumière rouge « réveille » les mitochondries fatiguées et leur permet de produire plus d’énergie. Pour une glande thyroïde endommagée par l’auto-immunité chronique, dont les cellules sont inflammées, infiltrées de lymphocytes et dont les mitochondries sont dysfonctionnelles, cette stimulation peut faire la différence entre une glande qui continue à se détériorer et une glande qui commence à se régénérer.
Les études sur la thyroïde
L’étude la plus citée est celle de Höfling et al. (2013, Brésil), un essai randomisé contrôlé placebo sur 43 patients Hashimoto sous Levothyrox. Le protocole consistait en deux séances par semaine pendant dix semaines, avec un laser de 830 nm (proche infrarouge) appliqué sur la thyroïde pendant 40 secondes par point, sur quatre points répartis sur les deux lobes thyroïdiens.
Les résultats ont été remarquables. Dans le groupe traité, 47% des patients ont pu réduire leur dose de Levothyrox. Vingt pour cent ont pu arrêter complètement le Levothyrox tout en maintenant une TSH normale. Les anticorps anti-TPO ont diminué significativement. Et l’échographie a montré une amélioration de la vascularisation thyroïdienne. Ces résultats ont été maintenus au suivi de neuf mois.
D’autres études, principalement brésiliennes et russes, ont confirmé ces résultats avec des longueurs d’onde de 630-670 nm (rouge visible). Les mécanismes proposés sont la réduction de l’infiltration lymphocytaire (moins d’attaque auto-immune), la stimulation de la néovascularisation (meilleure irrigation de la glande), la réduction des cytokines pro-inflammatoires locales et la stimulation de la régénération des thyrocytes (cellules thyroïdiennes).
Le rythme circadien : l’autre lumière qui compte
Avant de parler de lumière rouge thérapeutique, il faut parler de lumière naturelle et de rythme circadien. La TSH suit un rythme circadien prononcé : elle est maximale entre 2h et 4h du matin (pendant le sommeil profond) et minimale en fin d’après-midi. Ce rythme est synchronisé par l’horloge circadienne du noyau suprachiasmatique, elle-même synchronisée par la lumière du matin entrant par les yeux.
Quand le rythme circadien est perturbé (travail de nuit, décalage horaire chronique, exposition aux écrans le soir, manque de lumière naturelle le matin), la sécrétion de TSH est désorganisée, le cortisol matinal est aplati (ce qui aggrave la fatigue thyroïdienne) et la mélatonine résiduelle du matin retarde le « démarrage » métabolique.
C’est pourquoi la luminothérapie matinale (10 000 lux pendant vingt à trente minutes au réveil) est un outil thérapeutique à part entière pour les patients thyroïdiens. Elle resynchronise la TSH nocturne, restaure le pic de cortisol matinal (ce qui améliore l’énergie et la conversion T4 vers T3, car le cortisol est un cofacteur de la déiodinase), et améliore la qualité du sommeil nocturne suivant (par l’avancement de la sécrétion de mélatonine le soir).
Hertoghe, dans son approche de l’endocrinologie fonctionnelle, considère que la gestion de la lumière est aussi importante que la gestion de l’alimentation pour la santé hormonale. « Nous vivons dans une société de lumière artificielle permanente le soir et d’obscurité le matin. C’est exactement l’inverse de ce que notre biologie attend. Et nos hormones en paient le prix. »
Le protocole lumière complet
Le volet circadien (quotidien) comprend l’exposition à la lumière vive le matin dans les trente minutes suivant le réveil. Soit la lumière naturelle (sortir dehors, même par temps couvert, car 10 000 lux correspondent à un jour nuageux), soit une lampe de luminothérapie certifiée 10 000 lux, placée à 30-40 cm du visage pendant vingt à trente minutes (pendant le petit-déjeuner par exemple). Le soir, réduire l’exposition à la lumière bleue après 20h (mode nuit sur les écrans, lunettes anti-lumière bleue, éclairage tamisé et chaud).
Le volet photobiomodulation (deux à trois fois par semaine) utilise un appareil à LED rouge (660 nm) ou proche infrarouge (850 nm), avec une puissance de 30 à 50 mW/cm2. Appliquer directement sur la face antérieure du cou, sur la thyroïde, pendant une à trois minutes par côté (lobe droit et lobe gauche). La distance optimale est de 1 à 5 cm de la peau. Les séances se font de préférence le matin ou en début d’après-midi (pas le soir, car la stimulation cellulaire peut perturber l’endormissement). Le protocole initial est de dix semaines, deux à trois séances par semaine, avec un bilan thyroïdien de contrôle à la fin.
Le volet exposition naturelle (quotidien) est le plus simple et le plus négligé : passer du temps dehors. La lumière solaire contient tout le spectre (lumière bleue le matin pour la synchronisation circadienne, lumière rouge et infrarouge en permanence pour la stimulation cellulaire). Trente à soixante minutes en extérieur par jour, sans lunettes de soleil le matin (les UV matinaux sont faibles et les cellules rétiniennes ont besoin de la lumière directe pour synchroniser l’horloge), est un outil thérapeutique gratuit et puissant.
Le choix du matériel
Les panneaux LED de photobiomodulation sont disponibles en différentes tailles et puissances. Pour un usage thyroïdien ciblé, un petit appareil portatif (format torche ou pad) avec des LED à 660 nm et/ou 850 nm suffit. Le budget est de 50 à 200 euros pour un appareil de qualité. Les critères essentiels sont la longueur d’onde (660 nm pour le rouge, 850 nm pour le proche infrarouge), la puissance (30 à 50 mW/cm2 mesurée à la surface), et l’absence de scintillement (flicker-free, certains appareils bas de gamme scintillent à 50 Hz ce qui peut provoquer des maux de tête).
Pour la luminothérapie circadienne, une lampe certifiée 10 000 lux à 30 cm, sans UV, de marque reconnue, coûte entre 50 et 150 euros. C’est un investissement rentable pour tout patient thyroïdien, surtout en automne et en hiver quand la lumière naturelle est insuffisante.
La question des antioxydants
Un point important et contre-intuitif : la photobiomodulation fonctionne en partie via la production de radicaux libres (ROS) qui servent de signaux de régénération cellulaire. Si tu prends des antioxydants puissants (NAC, vitamine C à haute dose, glutathion réduit) dans les heures qui précèdent ou suivent la séance de lumière rouge, tu risques de neutraliser ces signaux et de réduire l’efficacité du traitement.
La solution pragmatique est d’espacer les antioxydants de deux à trois heures par rapport à la séance de photobiomodulation. Prendre les compléments le soir si la séance est le matin, ou inversement. Ce n’est pas un obstacle majeur mais c’est un détail qui peut faire la différence entre un résultat moyen et un résultat optimal.
Mise en garde
La photobiomodulation est contre-indiquée directement sur un cancer thyroïdien (la stimulation cellulaire pourrait théoriquement favoriser la prolifération tumorale). Elle est déconseillée en cas de maladie de Basedow (hyperthyroïdie auto-immune) car la stimulation thyroïdienne pourrait aggraver l’hyperthyroïdie. Les patients sous Levothyrox doivent faire surveiller leur bilan tous les deux à trois mois car l’amélioration de la fonction thyroïdienne peut nécessiter une réduction de dose (sinon risque de surdosage).
La luminothérapie matinale est contre-indiquée en cas de trouble bipolaire non stabilisé (risque de déclencher un épisode maniaque) et de pathologie rétinienne (dégénérescence maculaire, rétinopathie diabétique). Dans ces cas, consulter un ophtalmologue avant de commencer.
Salmanoff, qui utilisait les bains de lumière dans sa pratique hydrothérapeutique, disait que « la lumière est un aliment au même titre que la nourriture et l’air. Un corps privé de lumière est un corps malade, comme un corps privé de nourriture est un corps affamé. » Dans notre monde moderne d’intérieurs clos, d’éclairage artificiel et d’écrans, la carence en lumière naturelle est peut-être la carence la plus universelle et la plus méconnue. Avant de chercher des compléments sophistiqués, commence par sortir le matin et éteindre les écrans le soir. La lumière est gratuite, et elle est peut-être le premier médicament de ta thyroïde. Tu veux evaluer ton statut ? Fais le questionnaire thyroide Claeys gratuit en 2 minutes.
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