Alain a perdu huit kilos en deux mois sans le vouloir. À soixante-deux ans, après une vie de bon vivant, il voit ses pantalons flotter et ses bras maigrir. Il boit des litres d’eau sans jamais étancher sa soif. Il se lève trois fois par nuit pour uriner. Il est fatigué en permanence, avec une faiblesse musculaire qui le surprend quand il monte les escaliers. Son médecin a enfin dosé la glycémie : 2,4 g/L. Alain est diabétique. Son pancréas a rendu les armes.
L’histoire d’Alain est celle de millions de personnes. Pendant des années, son pancréas a surproduit de l’insuline pour compenser la résistance croissante de ses cellules (l’hyperinsulinisme). Puis, après des années de surmenage, les cellules bêta des îlots de Langerhans se sont épuisées. La production d’insuline a chuté. Le glucose s’est accumulé dans le sang sans pouvoir entrer dans les cellules. C’est le passage de la résistance à l’insuline au diabète de type 2 avéré : le stade d’épuisement pancréatique.
Du surplus au manque : la trajectoire du pancréas
La trajectoire est prévisible et documentée. Phase 1 : alimentation riche en glucides raffinés et sédentarité installent progressivement la résistance à l’insuline. Le pancréas compense en produisant plus. Phase 2 : l’hyperinsulinisme chronique s’installe. Le pancréas travaille en surrégime. La glycémie reste normale grâce à cette surproduction. Phase 3 : les cellules bêta s’épuisent, s’oxydent, meurent (apoptose). La production d’insuline chute. La glycémie monte. Le diabète se déclare.
Cette trajectoire prend dix à vingt ans. Pendant toute cette période, la glycémie à jeun reste souvent normale (le pancréas compense). C’est pourquoi le diabète est diagnostiqué tardivement : quand la glycémie s’élève, cinquante pour cent des cellules bêta sont déjà détruites.
Les signes de l’insuffisance d’insuline
L’amaigrissement involontaire est le signe d’alerte le plus sérieux. Sans insuline, le glucose circule dans le sang mais ne peut pas nourrir les cellules. Les cellules se tournent vers les réserves de graisses (lipolyse) et de protéines musculaires (protéolyse) pour leur énergie. Tu maigris, mais tu perds du muscle et de la graisse, pas de l’eau.
La polyurie-polydipsie (uriner beaucoup et avoir soif en permanence) est le syndrome classique. Le glucose en excès dans le sang est filtré par les reins. Quand la capacité de réabsorption rénale est dépassée (seuil rénal du glucose, environ 1,8 g/L), le glucose passe dans les urines et emporte de l’eau par osmose. Tu urines abondamment, tu te déshydrates, tu as soif. Tu bois, tu urines, tu as soif : le cercle est infernal.
La fatigue intense et la faiblesse musculaire viennent de l’incapacité des cellules à utiliser le glucose. Elles sont affamées au milieu de l’abondance : le glucose est partout dans le sang mais ne peut pas entrer dans les cellules sans la clé (l’insuline).
La cicatrisation lente, la vision floue (œdème du cristallin par hyperglycémie), les infections récurrentes (les germes adorent le glucose) et les fourmillements des extrémités (neuropathie débutante) sont des signes de complications précoces.
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Les causes de l’épuisement pancréatique
L’hyperinsulinisme chronique est la cause principale. Des années de surproduction finissent par épuiser les cellules bêta. Le stress oxydatif intracellulaire (la suractivité métabolique génère des radicaux libres) endommage l’ADN mitochondrial des cellules bêta et déclenche l’apoptose. La glucotoxicité (l’hyperglycémie elle-même est toxique pour les cellules bêta) et la lipotoxicité (les acides gras libres en excès sont toxiques) accélèrent la destruction.
L’auto-immunité intervient dans le diabète de type 1 (destruction des cellules bêta par les anticorps) et dans le LADA (Latent Autoimmune Diabetes of Adults), une forme lente de diabète auto-immune qui se déclare après trente ans et qui est souvent confondue avec le diabète de type 2.
La carence en zinc compromet directement la synthèse de l’insuline. Le zinc est un composant structural de l’insuline (deux atomes de zinc par hexamère d’insuline) et un cofacteur de sa sécrétion. La carence en chrome réduit la sensibilité des récepteurs, obligeant le pancréas à produire davantage. La carence en magnésium altère la signalisation insulinique.
Soutenir le pancréas naturellement
Le chrome est le micronutriment le plus spécifique. Le picolinate de chrome à 200 microgrammes par jour améliore la sensibilité des récepteurs à l’insuline et réduit la charge de travail du pancréas. Le zinc bisglycinate à 15 milligrammes par jour soutient la synthèse et la sécrétion d’insuline. Le magnésium (300 mg par jour) améliore la signalisation.
La berbérine (500 mg deux à trois fois par jour avant les repas) protège les cellules bêta du stress oxydatif et améliore la sensibilité à l’insuline. L’acide alpha-lipoïque (300 à 600 mg par jour) est un antioxydant qui protège les cellules bêta et améliore la sensibilité périphérique. La vitamine D (4000 UI par jour) a des récepteurs sur les cellules bêta et module la sécrétion d’insuline.
L’alimentation à faible charge glycémique réduit la demande en insuline à chaque repas. Protéines et graisses saines au premier plan. Légumes à volonté. Glucides complexes en quantité modérée (légumineuses, céréales complètes, patates douces). Zéro sucre raffiné, zéro soda, zéro jus de fruit.
L’exercice physique augmente l’expression des GLUT4 dans les muscles, permettant au glucose d’entrer sans insuline. Trente minutes de marche après chaque repas. Musculation deux à trois fois par semaine pour augmenter la masse musculaire consommatrice de glucose.
Important : l’hypoinsulinisme avéré avec glycémie élevée nécessite un suivi médical. La naturopathie accompagne mais ne remplace pas le traitement médical du diabète. La metformine, les analogues du GLP-1 et l’insulinothérapie ont leur place quand le pancréas est trop épuisé pour être relancé naturellement. L’objectif naturopathique est d’intervenir en amont, pendant la phase de résistance, pour prévenir l’épuisement.
Pour aller plus loin
- Hyperinsulinisme : quand l’excès d’insuline fait grossir et fatigue
- Myo-inositol : humeur, glycémie et ovaires en une molécule
- Thyroïde et poids : pourquoi tu ne maigris pas malgré tout
- Vitamine B8 (biotine) : cheveux, peau et glycémie en une molécule
Sources
- Hertoghe, Thierry. Atlas de médecine hormonale et nutritionnelle. International Medical Books, 2006.
- Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie : bases scientifiques et pratique médicale. Testez Éditions, 2016.
- Mouton, Georges. Écologie digestive. Marco Pietteur, 2004.
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Recette saine : Porridge fruits secs-cannelle : La cannelle aide a reguler la glycemie.
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