Nutrition · · 17 min de lecture · Mis à jour le

Oxalates : faut-il vraiment craindre les légumes ?

Oxalates et légumes : la biodisponibilité réelle est faible (2 à 15 %). Les vrais coupables sont ailleurs. Le point complet, sourcé.

FB

François Benavente

Naturopathe certifié

Il y a une nouvelle mode dans le monde de la santé naturelle. Après le gluten, le lait, le sucre et le soja, voici l’ennemi du moment : les oxalates. Les livres à succès comme Toxic Veggie expliquent doctement que les épinards, la betterave, la rhubarbe et le cacao seraient en train de te fabriquer des calculs rénaux, d’attaquer ta thyroïde et de ruiner tes articulations. Le raisonnement fonctionne toujours pareil : on prend une molécule, on la sort de son contexte physiologique, on la présente comme un poison universel, et on vend le protocole miracle qui va avec.

Je vais te le dire franchement. Cette peur des oxalates est une des plus mal fondées scientifiquement que j’ai vues en cabinet. Non pas que l’oxalate ne pose aucun problème, il en pose, mais il n’en pose presque jamais à cause des légumes que tu manges. Les oxalates végétaux ont une biodisponibilité réelle de 2 à 15 %. Autrement dit, entre 85 et 98 % de ce que tu ingères ressort par les selles sans jamais franchir la barrière intestinale. Le vrai sujet est ailleurs : ton foie, ton microbiote, ton statut hormonal, ton hydratation et surtout ta consommation cachée de cacao et de vitamine C en supplément.

Hyperoxalurie : de quoi parle-t-on vraiment ?

L’hyperoxalurie se définit médicalement par une excrétion urinaire d’oxalate supérieure à 40 mg par jour, soit environ 440 µmol/24 h. C’est un facteur de risque reconnu pour les calculs calciques et, dans les formes sévères, pour l’atteinte rénale chronique. Mais qui est réellement concerné ? La cohorte américaine NHANES, portant sur environ 2 000 adultes sains, a montré qu’environ 7 % de la population dépasse ce seuil. Sept pour cent. Le reste, c’est-à-dire 93 % des gens, excrète normalement, quoi qu’il mette dans son assiette.

Là où les chiffres explosent, ce n’est pas chez ceux qui mangent des salades. C’est dans des contextes très précis. Un an après une chirurgie bariatrique de type bypass gastrique, 42 % des patients développent une hyperoxalurie, et 23 % une forme sévère au-delà de 100 mg par jour, contre seulement 0,5 % dans une population lithiasique non opérée. Chez les personnes qui font déjà des calculs calciques, les recommandations cliniques récentes estiment que 20 à 30 % présentent une hyperoxalurie détectable. Dans une cohorte américaine de plus de 1 000 patients, cette fréquence est même passée de 25 % dans les années 1980-2000 à 45 % après 2001. On ne parle donc pas d’un problème lié aux épinards. On parle d’un problème lié à la modernité métabolique.

Christopher Vasey le disait autrement dans L’Équilibre acido-basique : « Les oxalates ne sont pas la cause. Ils sont la conséquence d’un terrain qui ne les gère plus. » Cette phrase pourrait s’appliquer à la moitié des nutriments qu’on diabolise aujourd’hui.

Pourquoi la biodisponibilité végétale est aussi faible

C’est la clé de tout le débat, et pourtant personne n’en parle. Les oxalates des légumes verts se présentent principalement sous forme de sels insolubles, complexés au calcium présent dans l’aliment lui-même. Noonan et Savage, dans leur revue de référence publiée dans Asia Pacific Journal of Clinical Nutrition en 1999, ont montré que ces formes insolubles sont très faiblement biodisponibles. Heaney et son équipe ont même démontré que les épinards, pourtant emblématiques de leur richesse en oxalates, n’altèrent pas de manière significative l’absorption globale du calcium alimentaire chez des volontaires sains.

Les fibres végétales ajoutent une deuxième couche de protection. Elles ralentissent le transit, modifient la solubilité de l’oxalate et réduisent mécaniquement sa proportion absorbée. Le magnésium, présent dans les mêmes aliments, se lie à l’oxalate intestinal et inhibe la nucléation cristalline. Le microbiote, enfin, dégrade activement l’oxalate luminal avant qu’il n’atteigne la circulation sanguine.

Résultat concret ? La consommation de 250 g d’épinards crus, apportant environ 750 mg d’oxalate, n’augmente l’oxalurie que de 20 à 30 mg par jour. Une tasse de thé noir contenant 50 mg d’oxalate n’entraîne qu’une hausse de 5 à 10 mg. On reste très loin des seuils lithogènes situés au-delà de 45 à 50 mg/L dans les urines concentrées. Comme le rappelle François Xavier Mouton dans ses conférences de naturopathie causaliste, « accuser un aliment isolé de fabriquer une maladie, c’est confondre le passager et le pilote ».

Le foie, ce fabricant d’oxalates dont on ne parle jamais

Voilà l’info que 90 % des livres anti-oxalates omettent, et pas par hasard. Ton corps produit lui-même une quantité massive d’oxalate. Cette production endogène représente 50 à 80 % de l’excrétion urinaire totale dans la population générale, selon les travaux d’Ermer et collaborateurs publiés en 2022 dans Kidney International. Taylor et Curhan avaient déjà estimé en 2008 que seulement 10 à 50 % de l’oxalate urinaire provient directement de l’alimentation. Le reste, ton foie le fabrique à partir du glyoxylate, de l’ascorbate et de l’hydroxyproline.

Autrement dit, même si tu supprimais totalement les végétaux, tu continuerais à excréter des oxalates. Beaucoup d’oxalates. Et c’est là que ça devient intéressant sur le plan naturopathique : la stéatohépatite métabolique, ce qu’on appelle le foie gras non alcoolique ou NASH/MASH, modifie profondément le métabolisme hépatique du glyoxylate. Les travaux publiés dans Nature en 2024 par Das et son équipe ont montré que la stéatose s’accompagne d’une répression enzymatique qui favorise une surproduction hépatique mesurable d’oxalate, retrouvée dans les tissus et dans les urines. Un foie encrassé est une usine à oxalates internes.

Ajoute à cela le déséquilibre hormonal, souvent invisible pour le patient qui court le marathon des consultations. Chez les patients atteints de maladie thyroïdienne, une étude transversale récente issue de NHANES portant sur plus de 30 000 individus a mis en évidence une augmentation de 44 % du risque de calculs rénaux, indépendamment du diabète ou de l’hypertension. L’hyperthyroïdie modifie la composition ionique et le pH urinaire. Le syndrome de Cushing, avec son excès de cortisol, majore l’hypercalciurie, l’hyperuricosurie et l’hyperoxalurie combinées. Chaque fois qu’un déséquilibre profond s’installe, c’est le rein qui trinque. Rarement l’assiette.

Schéma des sources internes et externes d'oxalates

L’intestin, arbitre invisible de la charge oxalique

Le microbiote intestinal est ton meilleur allié dans cette histoire, et la plupart des protocoles anti-oxalates l’ignorent totalement. Oxalobacter formigenes est une bactérie anaérobie remarquable. Elle utilise l’oxalate comme unique source d’énergie et le dégrade en formate et en CO2. Présente chez environ 70 % des individus sains, sa colonisation réduit l’oxalurie de 40 à 70 %, y compris chez ceux qui consomment beaucoup d’aliments riches. Sa disparition, souvent liée aux antibiothérapies répétées ou à une dysbiose chronique, s’accompagne mécaniquement d’une hausse de l’oxalurie et du risque lithiasique.

D’autres bactéries jouent le même rôle, à moindre échelle. Certaines souches de Lactobacillus (L. acidophilus, L. plantarum, L. casei) et de Bifidobacterium métabolisent partiellement l’oxalate. Les acides gras à chaîne courte produits par Faecalibacterium prausnitzii, Roseburia et Akkermansia augmentent l’expression du transporteur SLC26A6, qui pousse l’oxalate vers la lumière intestinale plutôt que vers la circulation. Ce mécanisme se traduit par une baisse mesurable de l’oxalurie et des dépôts rénaux, effet reproduit dans plusieurs modèles animaux d’activation génique ciblée. Nourris ton microbiote et tu règles la moitié du problème sans jamais ouvrir un tableau d’aliments.

À l’inverse, quand l’intestin s’enflamme, tout bascule. En cas de maladie de Crohn, de maladie cœliaque, de dysbiose sévère, de constipation chronique ou de stéatorrhée, les graisses libres captent le calcium intestinal. Ce calcium n’étant plus disponible pour se lier à l’oxalate, une fraction beaucoup plus importante devient absorbable. C’est ce qu’on appelle l’hyperoxalurie entérique. Amin et ses collaborateurs ont même montré en 2018 que l’inflammation chronique réduit l’expression du transporteur SLC26A6 et inverse le flux net vers une absorption accrue. Même à apport alimentaire identique, un intestin enflammé fabrique une hyperoxalurie.

Certains champignons pathogènes aggravent encore le tableau. Aspergillus produit directement de l’acide oxalique et génère in vivo des cristaux d’oxalate de calcium, comme documenté dans des cas de pneumopathies oxaliques. Sur la candidose, les données restent plus limitées, mais les biofilms inflammatoires qu’elle entretient participent au terrain favorable. Escherichia coli et certaines Proteobacteria opportunistes surreprésentées chez les patients lithiasiques ne dégradent pas l’oxalate et entretiennent l’inflammation, contribuant indirectement à l’hyperoxalurie.

Les vrais coupables sur la liste de courses

Si tu as peur des oxalates, arrête d’abord de traquer les épinards et regarde ce qu’il y a dans ton placard. Le cacao et ses dérivés sont de très loin les plus gros contributeurs de la charge oxalique moderne, et personne n’en parle. Une étude multicentrique portant sur 34 échantillons de chocolat noir issus de 13 pays a rapporté des teneurs totales allant de 155 à 485 mg pour 100 g de matière sèche. Deux cuillères à soupe de cacao non traité, soit environ 12 g, apportent 79 mg d’oxalates, l’équivalent d’une portion d’épinards.

Les poudres de cacao pures sont pires. Des travaux récents ont documenté des teneurs en oxalates solubles allant de 727 à 1 477 mg pour 100 g selon le procédé de fabrication. Une tasse de chocolat chaud standard contient environ 65 mg d’oxalates, classée « très élevée » dans la base de l’Oxalosis and Hyperoxaluria Foundation. Le sirop de chocolat, deux cuillères à soupe, en apporte 38 mg. Un cookie industriel aux pépites de chocolat, 10 mg. Une part de gâteau au chocolat, 15 mg. Additionne tout ça sur une journée de gros gourmand et tu dépasses largement l’apport oxalique des épinards.

Les céréales complètes transformées viennent compléter le tableau. Une tranche de pain complet apporte 6 mg, une tasse de farine complète 29 mg, une tasse de farine de riz brun 65 mg. Chez le consommateur régulier de produits céréaliers industriels, ces apports secondaires s’additionnent et peuvent majorer significativement la charge quotidienne.

Ensuite vient le vrai piège que la plupart des naturos n’osent pas nommer. La vitamine C à haute dose. L’acide ascorbique est un précurseur direct de l’oxalate via son métabolisme en glyoxylate. Traxer et son équipe ont administré 1 g de vitamine C par jour pendant six jours à 12 volontaires : l’oxalurie a augmenté de 22 %, avec significativité statistique. Wandzilak et collaborateurs, avec 2 g/jour, ont documenté une élévation de 20 à 33 %, certains participants franchissant même le seuil lithogène de 45 mg/j.

À l’échelle épidémiologique, les chiffres deviennent glaçants. Une cohorte prospective conduite par Taylor et Curhan sur 40 536 hommes suivis 14 ans a mis en évidence qu’un apport quotidien supérieur ou égal à 1 000 mg augmente de 41 % le risque de calculs rénaux. Une cohorte suédoise de 23 355 hommes suivis 11 ans a rapporté un risque quasi doublé, HR à 1,92. Dans des cas extrêmes de perfusions intraveineuses massives de plus de 50 g par jour utilisées dans certains protocoles expérimentaux anticancéreux, des dépôts d’oxalate systémique ont été observés, avec atteinte rénale et cardiaque documentée histologiquement. Tes besoins physiologiques quotidiens en vitamine C se situent entre 100 et 200 mg. Au-delà de 500 mg par jour en supplément, aucun bénéfice supplémentaire n’est démontré. Au-delà de 1 g, le risque devient statistiquement mesurable.

L’hydratation, mesure numéro un de prévention

C’est le message que je passe à tous les patients qui viennent me voir avec des antécédents de calculs. L’élément le plus modifiable et le mieux documenté du risque lithiasique, c’est la quantité d’eau que tu bois. Un essai randomisé historique publié par Borghi et son équipe dans Journal of Urology en 1996 a démontré que porter le débit urinaire quotidien à au moins deux litres réduit de 50 % la récidive de calculs sur cinq ans. Les Nurses’ Health Studies et leur cohorte masculine jumelle ont confirmé que les participants buvant plus de deux litres par jour présentent un risque d’urolithiase inférieur d’environ 40 % à ceux consommant moins d’un litre.

Le raisonnement physiopathologique est simple à comprendre. L’élément décisif n’est pas la production totale d’oxalate mais sa concentration dans l’urine. Une excrétion quotidienne de 30 mg d’oxalate correspond à 15 mg/L si le volume urinaire est de 2 L. Elle grimpe à 43 mg/L si le volume chute à 0,7 L, s’approchant dangereusement du domaine de précipitation de l’oxalate de calcium. À charge oxalique identique, la déshydratation transforme une urine peu lithogène en une urine propice à la cristallisation.

Les contextes de chaleur et d’effort majorent encore ce phénomène. En conditions chaudes avec hydratation insuffisante, la densité urinaire s’élève et la saturation lithogène en oxalate de calcium augmente de 20 à 30 %, ce qui se traduit par une incidence lithiasique plus élevée chez les sportifs exposés et dans les théâtres d’opération militaires en climat désertique. Ajoute une diarrhée, une fièvre, un régime hyperprotéiné, et la dilution urinaire se dégrade en quelques jours malgré des apports alimentaires stables.

Les recommandations des sociétés savantes (European Association of Urology, American Urological Association) visent un volume urinaire quotidien d’au moins 2 à 2,5 litres. Elles pointent aussi l’intérêt des eaux riches en citrate et magnésium, qui renforcent l’inhibition de la cristallisation. Une eau bien choisie compte souvent plus que trente pages de tableau d’aliments à éviter.

Schéma facteurs protecteurs contre les oxalates

Ce que je conseille en cabinet

Je vais te donner mon protocole concret, celui que j’utilise avec les patients inquiets ou ceux qui ont un vrai historique lithiasique. Rien de compliqué, tout est validé par la littérature.

D’abord, l’hydratation. Vise 2 à 2,5 litres d’eau par jour, répartis, avec au moins une eau bien minéralisée en calcium et magnésium (Contrex, Hépar, Rozana). Les eaux riches en citrate comme Vichy Célestins peuvent alterner deux à trois fois par semaine chez les récidivants. Écarte les jus industriels sucrés et limite les sodas, qui aggravent le terrain acide.

Ensuite, le calcium alimentaire aux repas. Contrairement à ce que beaucoup pensent, réduire le calcium empire la situation. Un apport de 800 à 1 200 mg par jour permet de précipiter l’oxalate dans la lumière intestinale et d’abaisser son absorption. À 1 800 mg par jour, l’absorption moyenne chute à environ 1,7 %, annulant pratiquement toute hyperoxalurie alimentaire, comme l’a démontré Heaney en 1999 dans American Journal of Clinical Nutrition. Yaourts nature de brebis ou de chèvre, sardines avec arêtes, amandes, choux verts, eaux minéralisées : tu couvres ce besoin sans effort particulier.

Le magnésium, ensuite. Il inhibe la nucléation et la croissance des cristaux d’oxalate de calcium. Je conseille 300 à 400 mg par jour de bisglycinate de magnésium en supplément, associé au bicarbonate de potassium chez les patients acides, ou à défaut une alimentation dense en oléagineux, graines de courge, sarrasin et légumes verts. Les eaux minéralisées bien choisies apportent en complément 100 à 200 mg supplémentaires.

Pour la vitamine C, respecte les doses physiologiques. Deux kiwis et un poivron cru couvrent tes besoins quotidiens. Si tu tiens à supplémenter pour l’immunité l’hiver, ne dépasse pas 500 mg par jour en dehors des périodes d’infection aiguë, et privilégie une forme naturelle type acérola plutôt que l’acide ascorbique isolé à haute dose. La vitamine C liposomale reste une option chez les patients qui digèrent mal les doses classiques.

Pour le microbiote, travaille en amont. Régime riche en fibres solubles, en polyphénols et en prébiotiques (chicorée, poireau, oignon cru, ail, artichaut). Cures ponctuelles de Lactobacillus acidophilus, L. plantarum et Bifidobacterium à 10 milliards d’UFC par jour sur 2 à 3 mois chez les patients dysbiotiques. Si un doute existe sur une infection à H. pylori ou une candidose profonde, un bilan complet du microbiote devient utile avant tout protocole.

Enfin, ne néglige pas ton foie. Un foie encrassé fabrique plus d’oxalates, c’est établi. Radis noir, chardon-marie, artichaut, desmodium sur les cures saisonnières, arrêt des alcools forts, réduction des sucres rapides. Tout ce qui déstéatose le foie réduit la production endogène d’oxalate.

Quand consulter un médecin

Ne confonds pas naturopathie et remplacement du bilan médical. Si tu as déjà fait un ou plusieurs calculs rénaux, une consultation néphrologique s’impose. Elle permettra de doser l’oxalurie des 24 heures, la calciurie, la citraturie, le magnésium urinaire, l’acide urique, et de rechercher une hyperoxalurie primaire dans les formes précoces ou familiales. C’est la seule manière de distinguer une hyperoxalurie idiopathique, une forme entérique liée à une malabsorption, une forme génétique rare (déficit AGXT en PH1) ou une conséquence hormonale.

Certains signaux doivent faire consulter rapidement : douleurs lombaires en éclair, sang dans les urines, calculs à répétition avant 40 ans, antécédents familiaux de lithiase, chirurgie bariatrique dans les antécédents, insuffisance rénale débutante. Chez le sujet avec bypass gastrique, un suivi urologique annuel est indispensable. Chez la femme enceinte, aucune supplémentation de vitamine C à haute dose ne doit être poursuivie sans avis médical. Les interactions médicamenteuses avec les cristaux d’oxalate concernent aussi certains antibiotiques (fluoroquinolones, sulfamides) et certaines chimiothérapies, à discuter avec ton oncologue ou infectiologue.

Popeye peut continuer à manger ses épinards

En cabinet, quand un patient arrive avec un livre anti-oxalates sous le bras et une liste de vingt aliments interdits, je lui pose toujours la même question : combien de tasses de café ou de chocolat consommes-tu par jour, et quelle est la marque de tes suppléments de vitamine C ? La réponse, presque toujours, redessine tout le problème. Les oxalates alimentaires des légumes sont un faux coupable. Le vrai sujet, c’est un terrain hépatique encrassé, une dysbiose intestinale, une hydratation défaillante, une consommation cachée de produits industriels riches en cacao et une supplémentation en vitamine C mal encadrée.

Les légumes, qu’ils soient crus, cuits ou en jus, resteront pour ma part indissociables d’une alimentation vivante. Comme le disait Marchesseau, « la nourriture crue est un aliment plein, la nourriture cuite est un aliment démuni, mais un aliment cuit dans le bon contexte vaut mieux qu’une carence idéologique ». Popeye peut continuer à ouvrir sa boîte d’épinards. C’est ailleurs qu’il faut chercher.

Références

Borghi L, Meschi T, Amato F, et al. Urinary volume, water and recurrences in idiopathic calcium nephrolithiasis: a randomized prospective study. J Urol. 1996;155(3):839-843.

Curhan GC, Willett WC, Speizer FE, Stampfer MJ. Intake of fluids and risk of kidney stones. N Engl J Med. 1993;329(12):1008-1013.

Holmes RP, Goodman HO, Assimos DG. Contribution of dietary oxalate to urinary oxalate excretion. J Nutr. 2001;131:167-171.

Taylor EN, Curhan GC. Oxalate intake and the risk for nephrolithiasis. J Am Soc Nephrol. 2008;19(7):1293-1298.

Thomas LD, Elinder CG, Tiselius HG, Wolk A, Åkesson A. Ascorbic acid supplements and kidney stone incidence among men. JAMA Intern Med. 2013;173(5):386-388.

Traxer O, Huet B, Poindexter J, Pak CYC, Pearle MS. Effect of ascorbic acid consumption on urinary stone risk factors. J Urol. 2003;170(2 Pt 1):397-401.

Kaufman DW, Kelly JP, Curhan GC, et al. Oxalobacter formigenes may reduce the risk of calcium oxalate kidney stones. J Am Soc Nephrol. 2008;19(6):1197-1203.

Amin R, Asplin J, Jung J, et al. Intestinal oxalate absorption is modulated by the inflammatory response and contributes to hyperoxaluria in obesity. Cell Mol Gastroenterol Hepatol. 2018;6(1):110-123.

Das S, et al. Inhibition of hepatic oxalate overproduction ameliorates metabolic dysfunction-associated steatohepatitis. Nature. 2024.

Ermer T, Eckardt KU, Aronson PS, Knauf F. Oxalate, inflammasome, and progression of kidney disease. Kidney Int. 2022;102(1):25-35.

Sun R, Zhao Y, Wang C, et al. Association between thyroid disease and kidney stones in US adults: NHANES 2007-2018. Front Endocrinol. 2023;14:1226516.

Vasey C. L’Équilibre acido-basique. Éditions Jouvence, 2011.

Marchesseau P. V. Cours de naturopathie orthodoxe, Naturaneo, réédition 2019.

Tu veux approfondir ce sujet ?

Chaque semaine, un enseignement de naturopathie orthodoxe, une recette de jus et des réflexions sur le terrain.

Questions fréquentes

01 Faut-il arrêter les épinards et les betteraves ?

Non, sauf terrain spécifique. La biodisponibilité réelle de l'oxalate végétal est de 2 à 15 % seulement, car il est piégé par le calcium, les fibres et le magnésium présents dans l'assiette. Chez une personne en bonne santé qui s'hydrate correctement, 250 g d'épinards crus n'augmentent l'oxalurie que de 20 à 30 mg par jour, bien en dessous du seuil lithogène de 45 mg/L. Le problème vient rarement du légume, presque toujours du terrain.

02 Qu'est-ce que l'hyperoxalurie et qui est concerné ?

L'hyperoxalurie est une excrétion urinaire d'oxalate supérieure à 40 mg par jour. Elle touche environ 7 % des adultes sains selon la cohorte NHANES, mais grimpe à 42 % après un bypass gastrique et 20 à 30 % chez les personnes qui font déjà des calculs rénaux. Les vraies causes ne sont pas alimentaires : chirurgie bariatrique, hypothyroïdie, syndrome de Cushing, foie gras (NASH), dysbiose intestinale, déshydratation chronique.

03 La vitamine C à haute dose fabrique-t-elle des oxalates ?

Oui, et c'est prouvé. Une étude de cohorte sur 40 536 hommes suivis 14 ans a montré qu'un apport de 1 000 mg ou plus par jour augmente de 41 % le risque de calculs rénaux. Une autre cohorte suédoise a rapporté un risque quasi doublé (HR = 1,92). L'acide ascorbique est un précurseur direct de l'oxalate. Au-delà de 500 mg par jour en supplément, aucun bénéfice supplémentaire n'est démontré et le risque lithogène augmente.

04 Quel est l'aliment le plus riche en oxalates ?

Le cacao, très largement. Les poudres de cacao pures contiennent 727 à 1 477 mg d'oxalates solubles pour 100 g, contre 155 à 485 mg pour le chocolat noir. Deux cuillères à soupe de cacao brut apportent autant d'oxalates qu'une portion d'épinards. Ajoute une tasse de chocolat chaud (65 mg), un cookie, une part de gâteau, et l'addition monte vite chez le gros consommateur de produits chocolatés.

05 Comment se protéger sans supprimer les légumes ?

L'hydratation, avant tout. Un volume urinaire quotidien de 2 à 2,5 litres divise par deux le risque de récidive de calculs. Ensuite, garde un apport en calcium alimentaire de 800 à 1 200 mg par jour aux repas pour précipiter l'oxalate dans l'intestin. Ajoute du magnésium (via les eaux minéralisées et les oléagineux) et nourris ton microbiote pour préserver Oxalobacter formigenes, la bactérie qui dégrade l'oxalate avant absorption.

Ce contenu est à visée éducative et ne remplace pas l'avis d'un médecin. Pour toute pathologie, consultez votre médecin traitant ou un professionnel de santé qualifié. La naturopathie est une approche complémentaire et non substitutive à la médecine conventionnelle.

Cet article t'a été utile ?

Donne une note pour m'aider à m'améliorer

Laisser un commentaire