Sandrine a quarante et un ans et des seins qui lui font mal quinze jours par mois. Pas une gêne légère mais une douleur franche, lancinante, qui irradie jusqu’aux aisselles et qui l’empêche de dormir sur le ventre. Les deux seins sont « grumeleux » (c’est son mot) avec des zones dures qui varient en taille selon le moment du cycle. Son gynécologue lui a dit que c’était de la « mastose fibrokystique bénigne », lui a prescrit du Progestogel (progestérone en gel local) et lui a conseillé de limiter le café. Les douleurs n’ont pas diminué.
Quand Sandrine est venue en consultation, j’ai noté dans son bilan : une TSH à 3,6 mUI/L (« normale » selon le labo mais fonctionnellement élevée), des anti-TPO à 95 (un Hashimoto débutant que personne n’avait cherché), un ratio oestradiol/progestérone en dominance oestrogénique franche en phase lutéale, et une iodurie à 52 mcg/L (carence modérée, la norme OMS étant supérieure à 100 mcg/L). Elle buvait quatre cafés par jour.
Sandrine avait le triangle parfait : thyroïde ralentie, carence en iode et dominance oestrogénique. Trois mois après la correction (arrêt du café, sélénium + myo-inositol pour la thyroïde, DIM pour les oestrogènes, supplémentation prudente en iode sous surveillance), ses douleurs mammaires avaient diminué de 70%. À six mois, elle pouvait à nouveau dormir sur le ventre. Ses seins n’étaient plus « grumeleux ». Et sa TSH était descendue à 2,1.
L’iode : pas seulement pour la thyroïde
Quand on parle d’iode, on pense immédiatement à la thyroïde. C’est normal : la thyroïde concentre l’iode grâce au symporteur sodium-iode (NIS) pour fabriquer les hormones T3 et T4. Mais le NIS n’est pas exclusif à la thyroïde. On le retrouve aussi dans les seins (tissu mammaire), les ovaires, l’estomac, les glandes salivaires et le plexus choroïde du cerveau. Ces tissus concentrent activement l’iode et en ont besoin pour leur fonctionnement normal.
Dans le tissu mammaire, l’iode joue un rôle anti-prolifératif majeur. Il induit l’apoptose (mort programmée) des cellules anormales, inhibe la prolifération cellulaire excessive et réduit l’inflammation locale. Ces fonctions sont essentielles pour maintenir l’architecture normale du sein et prévenir la formation de kystes et de fibrose.
Quand l’iode est insuffisant (et il l’est chez 30 à 40% des Françaises), les cellules mammaires prolifèrent de manière désordonnée, les canaux galactophores se dilatent et se remplissent de liquide (kystes), et le tissu conjonctif se fibrose. C’est la mastopathie fibrokystique, qui touche 60% des femmes en âge de procréer et qui est considérée par la médecine conventionnelle comme une « variante de la normale ».
Curtay, dans son approche de nutrithérapie, conteste cette banalisation : « Dire qu’une condition qui touche 60% des femmes est normale, c’est confondre fréquence et normalité. La carie dentaire touche aussi la majorité de la population. Elle n’est pas normale pour autant. La mastopathie fibrokystique est le signe d’un déséquilibre nutritionnel et hormonal qui mérite d’être corrigé, pas banalisé. »
Le triangle seins-thyroïde-oestrogènes
Le lien entre seins fibrokystiques et thyroïde est triple.
Le premier lien est l’iode. La carence en iode affecte simultanément la thyroïde (hypothyroïdie) et les seins (mastopathie fibrokystique). Les études épidémiologiques montrent que les pays à forte consommation d’iode (Japon, Corée) ont une incidence nettement plus faible de mastopathie fibrokystique et de cancer du sein que les pays à faible consommation d’iode (Europe occidentale). La consommation moyenne d’iode au Japon est de 5 à 13 mg par jour (principalement via les algues), contre 100 à 150 mcg en France. C’est 50 à 100 fois plus.
Le deuxième lien est les oestrogènes. Les oestrogènes stimulent la prolifération cellulaire dans les seins (c’est pourquoi les seins gonflent en phase prémenstruelle et pendant la grossesse). En dominance oestrogénique (excès d’oestrogènes par rapport à la progestérone), cette stimulation est chronique et excessive, favorisant la formation de kystes et de fibrose. Or la dominance oestrogénique est fréquente chez les femmes hypothyroïdiennes : l’hypothyroïdie ralentit le métabolisme hépatique des oestrogènes, qui s’accumulent au lieu d’être éliminés. Et les oestrogènes en excès augmentent la TBG, ce qui réduit les hormones thyroïdiennes libres et aggrave l’hypothyroïdie. C’est un cercle vicieux.
Le troisième lien est la progestérone. La progestérone est l’antagoniste naturel des oestrogènes dans les seins : elle freine la prolifération cellulaire et favorise la différenciation. En hypothyroïdie, la production de progestérone est souvent insuffisante (l’hypothyroïdie perturbe l’ovulation et la formation du corps jaune). Et en périménopause, la chute de progestérone précède la chute des oestrogènes de plusieurs années, créant une fenêtre de dominance oestrogénique qui correspond exactement au pic d’incidence de la mastopathie fibrokystique.
L’iode moléculaire : la piste thérapeutique
Trois formes d’iode existent : l’iodure de potassium (KI, la forme des compléments classiques et du sel iodé), l’iode de Lugol (un mélange d’iodure et d’iode moléculaire) et l’iode moléculaire (I2, la forme élémentaire). Ces trois formes ne sont pas interchangeables.
L’iodure (I-) est préférentiellement capté par la thyroïde. L’iode moléculaire (I2) est préférentiellement capté par les seins et l’estomac. Des études cliniques ont montré que l’iode moléculaire à la dose de 3 à 6 mg par jour (sous forme de diiodolipide ou de solution aqueuse) réduit significativement la douleur et la nodularité mammaire chez 65 à 74% des femmes, avec un délai d’action de trois à six mois.
L’avantage de l’iode moléculaire est qu’il agit préférentiellement sur les seins sans surcharger la thyroïde en iodure (ce qui est important chez les patientes Hashimoto où l’excès d’iodure peut aggraver l’auto-immunité). Cependant, cette forme est difficile à trouver en France et la supplémentation en iode reste un sujet controversé qui nécessite un suivi professionnel.
Le protocole en pratique
La première étape est l’arrêt des méthylxanthines. Supprimer complètement le café, le thé noir, le chocolat et les colas pendant trois mois. C’est souvent le geste le plus efficace et le plus rapide (amélioration en quatre à six semaines). Après trois mois sans douleur, réintroduire progressivement pour trouver le seuil de tolérance individuel.
La deuxième étape est la correction de la dominance oestrogénique. DIM (diindolylméthane) 100 à 200 mg par jour pour améliorer le métabolisme hépatique des oestrogènes (favorise la voie 2-OH protectrice). Calcium D-glucarate 500 mg deux fois par jour pour inhiber la bêta-glucuronidase intestinale (qui réabsorbe les oestrogènes conjugués). Graines de lin broyées (2 cuillères à soupe par jour) pour leur effet anti-oestrogénique via les lignanes. Soutien hépatique (chardon-marie, cataplasme d’huile de ricin) pour améliorer la détoxification des oestrogènes.
La troisième étape est le soutien thyroïdien. Sélénium 200 mcg par jour (cofacteur de la TPO et de la déiodinase). Myo-inositol 600 mg par jour (améliore la sensibilité à la TSH). Zinc 30 mg par jour (cofacteur de la synthèse hormonale). Vitamine D 4000 UI par jour (module l’auto-immunité). Bilan thyroïdien complet avec suivi tous les trois mois.
La quatrième étape est la supplémentation en iode (sous surveillance). Commencer par les sources alimentaires : algues (wakame, nori, dulse) deux à trois fois par semaine, poissons de mer, fruits de mer. Si l’iodurie reste basse malgré l’alimentation, une supplémentation prudente peut être envisagée : 150 à 300 mcg d’iodure de potassium par jour comme point de départ, avec contrôle de l’iodurie et des anticorps thyroïdiens à trois mois. Toute augmentation de dose doit être progressive et supervisée.
La cinquième étape est le soutien local. Huile d’onagre 1000 à 2000 mg par jour (acide gamma-linolénique, précurseur de prostaglandines anti-inflammatoires PGE1). Vitamine E 400 UI par jour (réduit la sensibilité mammaire aux oestrogènes). Application locale d’huile de ricin sur les seins (en cataplasme léger, pas sur les mamelons) pour le drainage lymphatique local.
Le lien avec le cancer du sein
La mastopathie fibrokystique n’est pas un état précancéreux en soi. Cependant, certains types histologiques (hyperplasie atypique) augmentent modérément le risque de cancer du sein. Et les facteurs qui entretiennent la mastopathie (dominance oestrogénique, carence en iode, hypothyroïdie) sont les mêmes qui augmentent le risque de cancer du sein.
L’étude écologique la plus frappante est la comparaison Japon/Occident. Les Japonaises, qui consomment 25 à 50 fois plus d’iode que les Occidentales (principalement via les algues), ont une incidence de cancer du sein trois à quatre fois plus faible. Quand les Japonaises émigrent aux États-Unis et adoptent un régime occidental pauvre en iode, leur risque de cancer du sein rejoint celui des Américaines en une à deux générations. Cette observation ne prouve pas un lien causal direct mais elle est cohérente avec le rôle protecteur de l’iode dans le tissu mammaire.
Mise en garde
Toute masse mammaire nouvelle, dure, fixée, indolore ou qui ne varie pas avec le cycle doit être explorée par un médecin (mammographie et/ou échographie) AVANT de commencer un protocole naturopathique. La mastopathie fibrokystique est un diagnostic d’exclusion : il faut d’abord exclure un cancer.
La supplémentation en iode chez les patientes Hashimoto est un sujet délicat. L’iode en excès peut aggraver l’auto-immunité thyroïdienne en augmentant la production de peroxyde d’hydrogène dans la glande (l’iode est oxydé par la TPO, et cette réaction produit du H2O2 qui, en excès, endommage les thyrocytes). Toute supplémentation en iode au-delà de 150 mcg par jour chez une patiente Hashimoto doit être accompagnée de sélénium (200 mcg, pour soutenir la glutathion peroxydase qui neutralise le H2O2) et surveillée par un dosage des anticorps anti-TPO tous les trois mois.
Masson, dans sa philosophie de l’alimentation, rappelait que « les nutriments les plus puissants sont aussi les plus dangereux quand ils sont mal utilisés. L’iode soigne la thyroïde et les seins en quantité adaptée. Il les agresse en excès. La dose fait le remède et le poison. » C’est pourquoi l’approche naturopathique de l’iode est toujours progressive, mesurée et accompagnée de cofacteurs protecteurs. Sandrine, qui avait simplement besoin d’un peu plus d’iode et d’un peu moins de café, peut en témoigner. Tu veux evaluer ton statut ? Fais le questionnaire thyroide Claeys gratuit en 2 minutes.
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Pour aller plus loin
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