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Périménopause et thyroïde : le protocole hormonal naturel

La périménopause commence dès 35 ans et déclenche des problèmes thyroïdiens. Découvre le protocole naturel pour traverser cette transition en douceur.

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François Benavente

Naturopathe certifié

Carole a quarante-trois ans et elle ne se reconnaît plus. Depuis un an, elle a pris six kilos sans changer son alimentation. Elle se réveille à 3h du matin trempée de sueur. Ses règles, jusque-là régulières comme une horloge suisse, arrivent maintenant toutes les vingt-deux à vingt-cinq jours avec des caillots qu’elle n’avait jamais eus. Son humeur oscille entre l’irritabilité explosive et la mélancolie sans raison. Son conjoint marche sur des oeufs. Et elle a développé une anxiété nouvelle, diffuse, qui la prend au réveil et ne la lâche pas de la journée.

Son médecin a dosé sa TSH (2,8 mUI/L) et lui a dit que sa thyroïde allait bien. Son gynécologue lui a proposé la pilule pour réguler ses cycles. Sa belle-mère lui a dit que c’était le stress. Personne ne lui a dit qu’elle était en périménopause. À quarante-trois ans.

Périménopause et thyroïde : protocole hormonal naturel

Quand elle est venue en consultation, j’ai demandé un bilan hormonal complet en phase lutéale (jour 21 du cycle). Progestérone à 3,8 ng/mL (effondré). Oestradiol à 145 pg/mL (dans la norme haute). Ratio oestradiol/progestérone en dominance oestrogénique franche. T3 libre à 3,0 pmol/L (fonctionnellement basse). DHEA-S à 1,2 mcmol/L (plancher pour son âge). Cortisol salivaire au réveil aplati. Le puzzle s’est assemblé d’un coup : ses surrénales compensaient depuis des mois la chute de progestérone ovarienne, et elles étaient en train de lâcher.

La périménopause commence plus tôt qu’on ne le croit

La ménopause est définie par l’arrêt définitif des règles depuis douze mois consécutifs. En France, l’âge moyen est cinquante et un ans. Mais la périménopause, cette phase de transition hormonale chaotique, commence bien avant. Les premières fluctuations hormonales peuvent apparaître dès trente-cinq ans, avec une accélération entre quarante et quarante-cinq ans. La périménopause dure en moyenne quatre à huit ans, mais peut s’étendre sur dix à douze ans chez certaines femmes.

Hertoghe, dans son approche de l’endocrinologie fonctionnelle, explique ce qui se passe réellement pendant la périménopause : les ovaires commencent à « manquer » certaines ovulations. Sans ovulation, pas de corps jaune. Sans corps jaune, pas de progestérone. La progestérone peut chuter de 100% bien avant que les oestrogènes ne commencent à baisser. C’est cette asymétrie qui crée la fameuse dominance oestrogénique de la périménopause, avec son cortège de symptômes : règles abondantes, seins douloureux, rétention d’eau, irritabilité, insomnie, prise de poids abdominale, et baisse de la libido.

Ce qui est moins connu, c’est que cette transition hormonale est un déclencheur majeur de maladie thyroïdienne. Les fluctuations oestrogéniques modifient l’expression des récepteurs thyroïdiens, altèrent la TBG, et les changements immunitaires associés (les oestrogènes sont immunostimulants) peuvent réactiver une prédisposition auto-immune latente. C’est pourquoi le pic d’incidence de Hashimoto chez les femmes se situe précisément entre quarante et cinquante ans.

Le chevauchement symptomatique

L’un des pièges cliniques les plus vicieux de la périménopause est le chevauchement quasi parfait entre ses symptômes et ceux de l’hypothyroïdie. Fatigue : les deux. Prise de poids : les deux. Cheveux qui tombent : les deux. Peau sèche : les deux. Constipation : les deux. Dépression : les deux. Brouillard mental : les deux. Frilosité : les deux. Comment savoir si c’est la thyroïde, les hormones, ou les deux ?

La réponse est souvent : les deux. Et les traiter séparément ne fonctionne pas. Mettre une femme en périménopause sous Levothyrox sans corriger la dominance oestrogénique, c’est augmenter le métabolisme d’un corps dont les hormones féminines sont en chaos. Corriger la dominance oestrogénique sans vérifier la thyroïde, c’est passer à côté d’une cause de fatigue et de dépression qui ne répondra jamais au Vitex seul. L’approche doit être intégrée.

Mon bilan de périménopause standard comprend : le bilan thyroïdien complet (TSH, T3L, T4L, anti-TPO, anti-TG), le bilan hormonal féminin en phase lutéale (oestradiol, progestérone, testostérone totale et libre, SHBG), le bilan surrénalien (cortisol salivaire 4 points, DHEA-S), et les cofacteurs clés (fer/ferritine, vitamine D, B12, zinc, magnésium).

Le protocole en trois temps

Mon approche de la périménopause thyroïdienne se déploie en trois temps progressifs.

Le premier temps est la fondation nutritionnelle et le soutien surrénalien (mois 1-2). Régime anti-inflammatoire riche en graisses saines (avocat, huile d’olive, petits poissons gras), en protéines de qualité (oeufs, poisson, légumineuses) et en fibres (légumes verts, graines de lin). Magnésium citrate 400 mg au coucher (sommeil, surrénales, transit). Vitamine D 4000 UI par jour si le taux est inférieur à 40 ng/mL. Ashwagandha 300 mg deux fois par jour (adaptogène qui soutient les surrénales et améliore la T4→T3). Cohérence cardiaque trois fois par jour (régulation du nerf vague et du cortisol). Ce premier temps prépare le terrain.

Le deuxième temps est la modulation hormonale douce (mois 3-6). Vitex (gattilier) 20-40 mg le matin à jeun pour stimuler la progestérone (si l’ovulation est encore présente). Seed cycling (lin + courge en phase folliculaire, tournesol + sésame en phase lutéale). DIM 100-200 mg par jour pour le métabolisme hépatique des oestrogènes. Huile d’onagre 1000 mg par jour (acide gamma-linolénique pour les seins douloureux et l’inflammation). Ce deuxième temps travaille avec les hormones encore produites par le corps.

Le troisième temps est l’hormonothérapie bioidentique si nécessaire (après six mois sans amélioration suffisante). Progestérone bioidentique topique 25 mg par application du jour 14 au jour 28 du cycle, augmentable à 50 mg si les symptômes persistent. À discuter avec un médecin formé en hormonothérapie bioidentique (pas en progestatifs synthétiques qui n’ont ni la même structure ni les mêmes bénéfices). Le suivi se fait par test DUTCH urinaire tous les six mois pour ajuster les doses.

L’hygiène de vie comme pilier

Le sommeil est non négociable en périménopause. Les hormones se régulent pendant le sommeil profond (l’hormone de croissance, la mélatonine, la progestérone). Dormir moins de sept heures aggrave la dominance oestrogénique, le cortisol matinal et l’inflammation. Coucher avant 23h, chambre fraîche (18-19°C), noir complet, pas d’écran une heure avant.

L’exercice doit être repensé. Les séances de cardio intensive (HIIT, running longue distance) qui fonctionnaient à trente ans peuvent aggraver la fatigue surrénalienne en périménopause. Privilégier la musculation (qui maintient la masse musculaire et la sensibilité à l’insuline), le yoga (qui calme le système nerveux sympathique), la marche en nature (qui restaure le cortisol circadien) et la natation (faible impact, excellent pour le système nerveux).

Mise en garde

La périménopause n’est pas une maladie. C’est une transition physiologique que toutes les femmes traversent. L’objectif n’est pas de « traiter » la périménopause mais de soutenir le corps pendant cette transition pour éviter que le chaos hormonal ne déclenche des pathologies auto-immunes, métaboliques ou cardiovasculaires.

Si tu as des saignements anormaux (règles qui durent plus de dix jours, saignements entre les règles, saignements après les rapports), consulte un gynécologue AVANT de commencer un protocole naturopathique. Ces symptômes peuvent signaler un fibrome, un polype ou une pathologie plus grave qui nécessite un bilan médical.

Curtay résume l’approche fonctionnelle de la périménopause avec justesse : « La femme en périménopause n’est pas malade. Elle est en transition. Et toute transition peut être soit une crise soit une opportunité, selon qu’on l’accompagne ou qu’on l’ignore. » Carole, elle, a choisi l’accompagnement. Six mois de protocole plus tard, son poids avait perdu quatre des six kilos, ses règles étaient redevenues mensuelles avec des flux normaux, ses réveils nocturnes avaient disparu, et son mari m’a envoyé un message pour me remercier. Je lui ai répondu que c’est Carole qui avait fait le travail. Moi, je n’ai fait que montrer le chemin. Tu veux evaluer ton statut ? Fais le questionnaire thyroide Claeys gratuit en 2 minutes.

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Questions fréquentes

01 La périménopause peut-elle commencer avant 40 ans ?

Oui. La périménopause commence en moyenne à 45 ans mais peut débuter dès 35 ans chez certaines femmes, surtout en cas de stress chronique, de chirurgie ovarienne, de chimiothérapie, de tabagisme ou de maladie auto-immune (Hashimoto). Les premiers signes sont souvent subtils : cycles qui raccourcissent (de 28 à 24-25 jours), règles plus abondantes, irritabilité prémenstruelle accrue, insomnie en deuxième partie de cycle.

02 Pourquoi la périménopause déclenche-t-elle des problèmes thyroïdiens ?

La chute de progestérone crée une dominance oestrogénique qui augmente la TBG et réduit les hormones thyroïdiennes libres. Le stress de la transition hormonale surcharge les surrénales et perturbe l'axe HPA. Et les fluctuations immunitaires liées aux changements hormonaux peuvent réactiver ou déclencher une thyroïdite auto-immune latente. C'est pourquoi tant de femmes découvrent un Hashimoto entre 40 et 50 ans.

03 Le Vitex (gattilier) est-il sûr pour la thyroïde ?

Oui. Le Vitex agit sur l'hypophyse en augmentant la sécrétion de LH, ce qui stimule la production de progestérone par le corps jaune. Il n'a pas d'effet direct sur la thyroïde et ne contient pas d'iode. C'est le premier choix en début de périménopause quand l'ovulation est encore présente. La dose est de 20 à 40 mg d'extrait standardisé le matin à jeun. Les résultats apparaissent après 2 à 3 cycles.

04 La progestérone bioidentique est-elle naturelle ?

La progestérone bioidentique est chimiquement identique à la progestérone produite par le corps humain, synthétisée à partir de la diosgénine de l'igname sauvage (Dioscorea villosa). Elle est différente des progestatifs synthétiques (médroxyprogestérone, lévonorgestrel) qui n'ont pas la même structure moléculaire et n'offrent pas les mêmes bénéfices. La voie topique (crème transdermique) contourne le premier passage hépatique et offre une meilleure biodisponibilité.

05 Peut-on prendre du Levothyrox et de la progestérone ensemble ?

Oui, sans problème. La progestérone bioidentique ne modifie pas l'absorption du Levothyrox. Au contraire, en réduisant la TBG (que les oestrogènes augmentent), la progestérone peut améliorer la biodisponibilité des hormones thyroïdiennes libres. Certaines patientes constatent qu'elles ont besoin de réduire leur dose de Levothyrox après introduction de la progestérone, ce qui est un bon signe.

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