Patrick a cinquante-deux ans et des taches brunes sur les mains. Ses cheveux ont blanchi à quarante ans. Sa peau est « fatiguée » : terne, relâchée, marquée. Il cicatrise lentement. Il attrape chaque rhume qui passe. Son médecin lui dit que c’est génétique. Le Dr Michel Brack, spécialiste du stress oxydant, dirait que c’est un déséquilibre mesurable entre les agresseurs radicalaires et les défenses antioxydantes : et que c’est corrigible.
La balance oxydative est un concept central en médecine fonctionnelle et en naturopathie. Chaque cellule de ton corps est bombardée quotidiennement par des radicaux libres : des molécules instables qui arrachent des électrons aux protéines, aux lipides membranaires et à l’ADN. Ce bombardement est normal, inévitable, et le corps possède des systèmes de défense pour le gérer. Le problème survient quand les agresseurs dépassent les défenses. C’est le stress oxydant : et il accélère le vieillissement cellulaire, favorise l’inflammation chronique et participe à la genèse de quasiment toutes les maladies chroniques.
Les agresseurs radicalaires
Le Dr Brack a catégorisé les sources de radicaux libres en agresseurs externes et internes. Les externes sont les plus faciles à identifier et à réduire : tabac (chaque bouffée libère des milliards de radicaux libres), pollution atmosphérique (particules fines, ozone, dioxyde d’azote), rayonnements UV, alcool (l’acétaldéhyde est un puissant générateur de radicaux), perturbateurs endocriniens, pesticides et métaux lourds (mercure, plomb, cadmium, aluminium).
Les agresseurs internes sont plus insidieux. Le métabolisme mitochondrial normal produit deux à cinq pour cent de radicaux libres comme sous-produits de la respiration cellulaire. Le stress psychologique augmente le métabolisme et donc la production radicalaire. L’inflammation chronique (infection dentaire, candidose, auto-immunité) génère massivement des espèces réactives de l’oxygène via les polynucléaires neutrophiles. L’excès de fer (hémochromatose, surcharge martiale) catalyse la réaction de Fenton qui produit le radical hydroxyle, le plus destructeur.
L’alimentation ultra-transformée est un agresseur oxydant majeur. Le sucre raffiné provoque la glycation des protéines (formation d’AGE, produits de glycation avancée). Les huiles raffinées chauffées (friture) contiennent des aldéhydes toxiques. Les additifs, colorants et conservateurs génèrent des radicaux libres lors de leur métabolisation hépatique.
Les défenses antioxydantes
Le corps possède deux lignes de défense. La première est enzymatique et endogène : la superoxyde dismutase (SOD, nécessite le zinc, le manganèse et le cuivre), la glutathion peroxydase (GPx, nécessite le sélénium), la catalase (nécessite le fer) et le glutathion réduit (GSH, le plus puissant antioxydant intracellulaire, synthétisé à partir de la NAC, de la glycine et du glutamate). Ces enzymes sont la première ligne de défense et elles dépendent directement des micronutriments.
La deuxième ligne est alimentaire et exogène : la vitamine C (piège les radicaux en phase aqueuse), la vitamine E (protège les membranes lipidiques), le bêta-carotène et les caroténoïdes, le sélénium, le zinc, les polyphénols (flavonoïdes, anthocyanes, resvératrol, curcumine, quercétine) et le coenzyme Q10 (protège les mitochondries).
Le questionnaire du Dr Brack
Le questionnaire de balance oxydative évalue séparément tes agresseurs et tes défenses, puis calcule un score net. Un score négatif (agresseurs supérieurs aux défenses) indique un stress oxydant. Un score positif indique de bonnes défenses. Un score proche de zéro indique un équilibre fragile.
L’intérêt de cette approche double est qu’elle identifie la stratégie prioritaire. Si tes agresseurs sont élevés mais tes défenses aussi, la priorité est de réduire les agresseurs. Si tes agresseurs sont modérés mais tes défenses effondrées, la priorité est de reconstruire les défenses. Les deux sont souvent nécessaires.
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Le protocole antioxydant
Réduire les agresseurs est la première étape : non négociable. Arrêter le tabac. Limiter l’alcool à un verre par jour maximum. Réduire l’exposition à la pollution (purificateur d’air intérieur, éviter les axes routiers). Manger bio pour limiter les pesticides. Supprimer les aliments ultra-transformés. Cuisiner à basse température dans des ustensiles inox. Gérer le stress.
Reconstruire les défenses endogènes est la deuxième étape. La NAC (N-acétylcystéine, 600 mg à 1 200 mg par jour) est le précurseur le plus efficace du glutathion. Le sélénium (100 à 200 microgrammes de sélénométhionine par jour) est cofacteur de la glutathion peroxydase. Le zinc (15 mg par jour) est cofacteur de la SOD. Le coenzyme Q10 (100 à 200 mg d’ubiquinol par jour) protège les mitochondries.
Les antioxydants alimentaires en synergie : vitamine C (500 mg à 1 g par jour), vitamine E (sous forme de tocophérols mixtes, 200 UI par jour), curcumine (500 mg avec pipérine), resvératrol (150 mg), quercétine (500 mg). L’acide alpha-lipoïque (300 mg) est un antioxydant universel (soluble dans l’eau et dans les graisses) qui régénère les vitamines C et E oxydées.
L’alimentation antioxydante est fondamentale. Les fruits rouges (myrtilles, framboises, mûres) sont les champions des polyphénols. Le thé vert (catéchines, EGCG). Les épices (curcuma, gingembre, cannelle, romarin). Les crucifères (brocoli, chou kale) activent le Nrf2, le facteur de transcription qui stimule la synthèse des enzymes antioxydantes endogènes. Le chocolat noir à 85 pour cent (flavanols). L’huile d’olive extra-vierge (hydroxytyrosol).
Patrick a arrêté le tabac, adopté les myrtilles et le thé vert quotidiens, pris de la NAC et du coenzyme Q10. En six mois, ses taches brunes avaient pâli, sa peau avait retrouvé de l’éclat, et il n’avait pas eu un seul rhume de l’hiver.
Pour aller plus loin
- Balance oxydative de Marchesseau : radicaux libres, vieillissement et défenses antioxydantes
- Stress oxydant : tes cellules rouillent (et les antioxydants du supermarché n’y changent rien)
- Acétylcholine : le neurotransmetteur oublié de ta mémoire
- Cancer et alimentation : ce que la micronutrition change dans l’équation
Sources
- Brack, Michel. Le Stress oxydatif. De Boeck Supérieur, 2011.
- Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie : bases scientifiques et pratique médicale. Testez Éditions, 2016.
- Hertoghe, Thierry. Atlas de médecine hormonale et nutritionnelle. International Medical Books, 2006.
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