Micronutrition · · 19 min de lecture · Mis à jour le

Carnitine et thyroïde : la molécule que personne ne dose

La carnitine transporte les acides gras dans tes mitochondries. Déplétée en hypothyroïdie, protectrice en hyperthyroïdie : le chaînon manquant de ta fatigue.

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François Benavente

Naturopathe certifié

Isabelle a cinquante-deux ans. Elle prend son Levothyrox chaque matin depuis six ans, avec la discipline d’une horloge suisse. Sa TSH est à 1,8, sa T4 libre est correcte, son endocrinologue est satisfait. Et pourtant, chaque après-midi, vers quatorze heures, elle s’effondre. Pas une fatigue ordinaire. Un mur. Une impossibilité de continuer à penser clairement, de se concentrer, de tenir debout. Le soir, elle s’endort sur le canapé à vingt heures trente, mais se réveille à trois heures du matin avec le cerveau en ébullition et les jambes lourdes comme du plomb. Son médecin lui a dit que tout allait bien, puisque les chiffres étaient bons. Il a suggéré un antidépresseur. Elle a refusé. Elle sentait que ce n’était pas dans sa tête.

Quand je lui ai demandé ce qu’elle mangeait, elle m’a décrit un régime de type végétarien strict depuis quatre ans. Peu de viande, pas de viande rouge, beaucoup de céréales complètes et de légumineuses. Un régime que beaucoup considéreraient comme exemplaire. Mais quand j’ai fait doser sa carnitine plasmatique, le chiffre est tombé : 18 micromoles par litre, pour une norme basse à 25. Ses mitochondries tournaient à vide. Et personne ne lui en avait jamais parlé.

La carnitine est probablement la molécule la plus sous-estimée de toute la micronutrition thyroïdienne. Ce n’est ni une vitamine, ni un minéral. C’est un acide aminé dérivé, synthétisé par le foie et les reins à partir de deux acides aminés essentiels, la lysine et la méthionine, avec l’aide de quatre cofacteurs indispensables : la vitamine C, le fer, la vitamine B6 et la vitamine B3. Son rôle est simple à comprendre mais fondamental : elle transporte les acides gras à longue chaîne à travers la membrane interne des mitochondries pour qu’ils y soient brûlés par bêta-oxydation et transformés en ATP, la monnaie énergétique de chacune de tes cellules.

Sans carnitine, pas de transport. Sans transport, pas de combustion. Sans combustion, pas d’énergie. Et sans énergie, tu t’effondres.

La navette qui alimente tes centrales

Pour comprendre le rôle de la carnitine, il faut d’abord comprendre la mitochondrie. Chacune de tes cellules contient entre quelques centaines et plusieurs milliers de mitochondries, ces organites que les manuels de biologie appellent les « centrales énergétiques ». Dans tes cellules musculaires, il y en a entre mille et deux mille. Dans les cellules cardiaques, jusqu’à cinq mille. Elles sont là pour un travail précis : transformer les substrats énergétiques (glucose, acides gras, acides aminés) en ATP, l’adénosine triphosphate qui alimente absolument toutes les fonctions de ton organisme.

Transport des acides gras dans la mitochondrie par la carnitine

Les acides gras à longue chaîne, ceux qui proviennent de tes réserves de graisse ou de ton alimentation, sont une source d’énergie considérable. Gramme pour gramme, un acide gras fournit deux fois plus d’ATP que le glucose. Mais il y a un problème : ces molécules sont trop volumineuses pour traverser seules la membrane interne de la mitochondrie. Elles restent bloquées à la porte, comme un camion trop large pour passer sous un tunnel. Et c’est là qu’intervient la carnitine.

Le mécanisme est élégant. Sur la face externe de la membrane mitochondriale, une enzyme appelée CPT-I (carnitine palmitoyltransférase I) détache le groupe CoA de l’acide gras et le remplace par une molécule de carnitine. Le complexe acyl-carnitine ainsi formé est assez compact pour traverser la membrane grâce à un transporteur spécifique, la translocase. De l’autre côté, une seconde enzyme (CPT-II) détache la carnitine et rattache le CoA. L’acide gras, enfin à l’intérieur de la mitochondrie, peut entrer dans la spirale de bêta-oxydation et être découpé en unités de deux carbones qui alimentent le cycle de Krebs. La carnitine, elle, retraverse la membrane en sens inverse pour aller chercher un nouvel acide gras. C’est une navette. Un transporteur infatigable qui fait la liaison entre le cytoplasme et l’intérieur de la mitochondrie, aller-retour, des milliers de fois par jour.

Quand cette navette est en panne, les acides gras s’accumulent à l’extérieur de la mitochondrie sans être brûlés. La cellule se rabat alors sur le glucose comme carburant principal, ce qui provoque des fluctuations glycémiques, des fringales, une dépendance au sucre et une incapacité à mobiliser les graisses de réserve. C’est comme avoir une cheminée pleine de bûches mais pas d’allumettes : le combustible est là, mais il ne brûle pas. J’ai abordé cette incapacité à brûler les graisses dans mon article sur la thyroïde et le poids, et la carnitine en est une pièce maîtresse.

Sémiologie énergie : signes cliniques visibles de la déplétion mitochondriale

Quand l’hypothyroïdie vide tes réserves

C’est ici que la thyroïde entre en scène. La T3, l’hormone thyroïdienne active, stimule directement l’expression des gènes qui codent pour les enzymes de la bêta-oxydation et pour les transporteurs de carnitine. Quand la T3 est basse, ces enzymes tournent au ralenti, la demande en carnitine augmente (le système compense en essayant de forcer le transport) et les stocks s’épuisent. Les études de myopathie thyroïdienne ont montré que les réserves musculaires de carnitine sont significativement abaissées chez les patients hypothyroïdiens. Ce n’est pas un hasard si la fatigue musculaire est l’un des premiers symptômes de l’hypothyroïdie.

Mais l’histoire ne s’arrête pas à la fatigue. Une étude remarquable a montré que la supplémentation en L-carnitine chez des patients hypothyroïdiens sous Levothyrox a multiplié les niveaux périphériques de sérotonine par huit et réduit la fatigue de moitié. Huit fois plus de sérotonine. Ce chiffre m’a frappé quand je l’ai lu pour la première fois, parce qu’il donne un éclairage totalement nouveau sur le lien entre thyroïde et humeur. Si tu as lu mon article sur la sérotonine, tu sais que ce neurotransmetteur est au carrefour de la douleur, du sommeil, de l’humeur et de l’appétit. Et tu sais aussi que les patients thyroïdiens présentent souvent des taux de sérotonine abaissés. La carnitine pourrait être un chaînon manquant dans cette équation.

Le mécanisme probable est indirect mais cohérent. Quand les mitochondries produisent davantage d’ATP grâce au rétablissement de la navette carnitine, le métabolisme cellulaire global s’améliore. La conversion du tryptophane en 5-HTP puis en sérotonine, qui nécessite de l’énergie et des cofacteurs, reprend à un rythme normal. Le cercle vertueux se met en place : plus d’énergie, plus de sérotonine, meilleur sommeil, meilleure récupération, moins de fatigue. Et cette cascade, elle commence avec un acide aminé dérivé que personne ne dose jamais.

Selon une étude publiée sur les patients traités par Levothyrox, vingt pour cent des hypothyroïdiens continuent de souffrir de fatigue malgré un traitement hormonal adapté et des bilans sanguins normalisés. Vingt pour cent, c’est un patient sur cinq. Si la TSH est correcte, si la T4 et la T3 sont dans les normes, pourquoi cette fatigue persiste-t-elle ? La déplétion en carnitine est l’une des réponses. Et elle est parfaitement cohérente avec la loi du facteur limitant que j’applique en consultation : même si tous les cofacteurs thyroïdiens sont corrigés, si la navette mitochondriale est en panne, les cellules restent en déficit énergétique.

Le paradoxe de l’hyperthyroïdie

Voici où la carnitine devient fascinante. Si elle manque en hypothyroïdie et qu’il faut la restaurer, on pourrait s’attendre à ce qu’elle soit contre-indiquée en hyperthyroïdie. C’est l’inverse. La L-carnitine est l’un des rares nutriments qui agit comme un modulateur thyroïdien bidirectionnel : elle soutient la fonction cellulaire quand la thyroïde est basse, et elle freine l’action hormonale quand la thyroïde est emballée.

Comparaison des effets de la carnitine en hypothyroïdie et en hyperthyroïdie

Le mécanisme est limpide. En hyperthyroïdie, l’excès de T3 et de T4 pénètre dans les noyaux cellulaires et se lie aux récepteurs nucléaires thyroïdiens, activant la transcription de gènes qui accélèrent le métabolisme. C’est ce qui provoque la tachycardie, l’amaigrissement, les tremblements, la thermogenèse excessive, les symptômes que j’ai détaillés dans l’article sur la maladie de Basedow. La L-carnitine, administrée à doses de deux à quatre grammes par jour, inhibe l’entrée de la T3 et de la T4 dans les noyaux cellulaires. Elle agit comme un portier qui filtre l’accès : les hormones sont toujours là dans le sang, mais elles ne peuvent plus exercer leur action nucléaire de manière excessive.

Une étude randomisée en double aveugle contre placebo a démontré que chez des patients hyperthyroïdiens, la supplémentation en L-carnitine à deux et quatre grammes par jour réversait les symptômes d’hyperthyroïdie et normalisait l’ostéocalcine, un marqueur du métabolisme osseux qui s’emballe en hyperthyroïdie (l’excès de T3 stimule les ostéoclastes et fragilise les os). Ce résultat est remarquable parce qu’il montre que la carnitine ne modifie pas les taux sanguins d’hormones thyroïdiennes, elle modifie leur action au niveau cellulaire. C’est une nuance capitale. Tu peux avoir un bilan sanguin identique avant et après la prise de carnitine, mais tes cellules reçoivent un signal hormonal très différent.

Pour les patients atteints de Basedow ou d’hyperthyroïdie non auto-immune, cela ouvre une perspective intéressante en complément du traitement endocrinologique. La carnitine ne remplace ni le Néomercazole ni le suivi médical, mais elle offre un mécanisme de protection cellulaire que la pharmacologie conventionnelle ne propose pas. Et dans la tempête thyroïdienne qu’est une crise d’hyperthyroïdie, chaque frein métabolique compte.

La myopathie thyroïdienne : quand les muscles fondent

Il existe un tableau clinique qui illustre parfaitement le rôle de la carnitine dans la physiologie thyroïdienne : la myopathie thyroïdienne. Ce terme désigne l’atteinte musculaire qui accompagne les dysfonctions thyroïdiennes, et voici le point crucial : elle touche à la fois l’hypothyroïdie et l’hyperthyroïdie. Dans les deux cas, les stocks musculaires de carnitine sont déplétés.

En hypothyroïdie, la myopathie se manifeste par des crampes, des douleurs musculaires diffuses, une faiblesse à l’effort, une récupération anormalement lente après l’exercice. Les patients décrivent souvent une sensation de « jambes de plomb », une incapacité à monter un escalier sans s’essouffler, une fatigue qui s’installe après le moindre effort physique. Ce n’est pas de la paresse. C’est une panne énergétique au niveau cellulaire. Les myocytes (cellules musculaires) ne reçoivent plus assez d’acides gras dans leurs mitochondries, la production d’ATP chute, et le muscle ne peut plus fonctionner normalement. C’est le même mécanisme que j’ai décrit dans l’article sur la fibromyalgie, où Bengtsson a mesuré un déficit d’ATP de vingt pour cent dans les muscles des patients.

En hyperthyroïdie, la myopathie prend une forme différente mais tout aussi invalidante : fonte musculaire (amyotrophie), faiblesse des muscles proximaux (difficulté à se lever d’une chaise, à lever les bras au-dessus de la tête), parfois des paralysies intermittentes. L’excès de T3 accélère le catabolisme protéique et la consommation de carnitine explose pour tenter de suivre un métabolisme emballé.

Dans les deux cas, la restauration des stocks de carnitine par supplémentation améliore le tableau musculaire. Ce n’est pas un traitement de la cause thyroïdienne. C’est un soutien du terrain cellulaire qui permet au muscle de fonctionner en attendant que la thyroïde soit corrigée. Et souvent, c’est ce soutien qui fait la différence entre un patient qui tient debout et un patient qui s’effondre.

La synthèse endogène : une chaîne de dépendances

Ton corps fabrique environ vingt-cinq pour cent de ses besoins en carnitine. Le reste doit venir de l’alimentation. Mais cette synthèse endogène est elle-même fragile, parce qu’elle dépend d’une cascade de cofacteurs dont chacun peut devenir le facteur limitant.

La carnitine est synthétisée dans le foie et les reins à partir de la lysine et de la méthionine, deux acides aminés essentiels que ton corps ne peut pas fabriquer. La lysine se trouve principalement dans les viandes, les poissons, les oeufs et les légumineuses. La méthionine est présente dans les oeufs, les poissons, les noix du Brésil et les graines de sésame. Un régime pauvre en protéines animales peut donc limiter les précurseurs.

Mais les précurseurs ne suffisent pas. La transformation de la lysine en carnitine nécessite l’intervention de deux enzymes hydroxylases qui exigent de la vitamine C comme cofacteur obligatoire. Sans vitamine C, pas de synthèse de carnitine. Ce lien biochimique explique l’un des symptômes les plus anciennement décrits dans l’histoire de la médecine : la fatigue extrême du scorbut. Quand les marins du dix-huitième siècle mouraient d’épuisement après des mois en mer sans fruits ni légumes frais, ce n’était pas seulement un problème de collagène (le symptôme le plus visible du scorbut). C’était aussi un effondrement de la production de carnitine, et donc un arrêt progressif de la combustion des acides gras dans les mitochondries. Le corps perdait sa capacité à produire de l’énergie.

Le fer intervient lui aussi dans la chaîne de synthèse. Une ferritine basse, situation que je retrouve chez la grande majorité des femmes que je reçois en consultation thyroïdienne, peut compromettre la production de carnitine. C’est une couche supplémentaire dans le cercle vicieux thyroïdien : l’hypothyroïdie réduit l’absorption du fer (par baisse de l’acidité gastrique), la carence en fer réduit la synthèse de carnitine, le manque de carnitine réduit la production d’énergie, et la fatigue s’aggrave. Chaque maillon fragilise le suivant. Les vitamines B6 et B3 complètent la liste des cofacteurs. La micronutrition thyroïdienne que je détaille dans mon article dédié prend ici tout son sens : corriger le fer, la vitamine C et les vitamines B ne sert pas seulement la thyroïde directement, cela restaure aussi la capacité du corps à fabriquer sa propre carnitine.

Le brouillard mental : la piste mitochondriale

Le brouillard mental est l’un des symptômes les plus frustrants de l’hypothyroïdie. Cette sensation de penser à travers du coton, de chercher ses mots, d’oublier pourquoi tu es entré dans une pièce, de relire trois fois la même phrase sans la comprendre. Les patients décrivent souvent ce symptôme avec plus de détresse que la fatigue physique, parce qu’il touche à leur identité, à leur capacité de réflexion, à ce qui les définit comme individus.

Le cerveau est un organe extraordinairement gourmand en énergie. Il représente deux pour cent de ton poids corporel mais consomme vingt pour cent de ton énergie totale. Ses neurones fonctionnent principalement au glucose, mais ils utilisent aussi les corps cétoniques comme carburant alternatif, surtout en période de jeûne ou de restriction glucidique. Et pour que les neurones puissent utiliser les acides gras et produire des corps cétoniques de manière efficace, ils ont besoin de carnitine.

L’acétyl-L-carnitine, la forme acétylée de la carnitine, est particulièrement intéressante pour le cerveau parce qu’elle traverse la barrière hémato-encéphalique. Une fois dans le tissu cérébral, elle sert de précurseur à l’acétylcholine, le neurotransmetteur de la mémoire, de l’apprentissage et de la concentration. Le déficit en acétylcholine est l’un des mécanismes centraux de la maladie d’Alzheimer, et les recherches sur l’acétyl-L-carnitine dans le vieillissement cognitif montrent des résultats encourageants sur la mémoire de travail et la vitesse de traitement de l’information.

En hypothyroïdie, le brouillard mental résulte d’une convergence de facteurs : moins de T3 pour stimuler le métabolisme neuronal, moins de sérotonine pour réguler l’humeur et la cognition, moins de carnitine pour alimenter les mitochondries cérébrales. C’est un triple déficit énergétique. Et corriger la thyroïde sans restaurer la carnitine, c’est comme réparer deux des trois pieds d’un tabouret : ça ne tient toujours pas.

Le lien avec les surrénales

Il y a un aspect de la carnitine que je vois rarement mentionné dans les ouvrages de micronutrition, et qui pourtant résonne fortement avec ma pratique clinique. Le stress chronique et l’épuisement surrénalien aggravent la déplétion en carnitine par au moins trois mécanismes.

Le premier est le vol de prégnénolone. La prégnénolone, cette molécule mère de toutes les hormones stéroïdiennes, est fabriquée à partir du cholestérol dans les mitochondries. Quand les surrénales sont sursollicitées par le stress, elles consomment davantage de matières premières mitochondriales, ce qui détourne les ressources énergétiques au détriment de la bêta-oxydation des acides gras. La demande en carnitine augmente alors que le corps est déjà en mode économie.

Le deuxième mécanisme passe par le cortisol. Le cortisol chroniquement élevé augmente la néoglucogenèse hépatique (production de glucose à partir de protéines et de glycérol), ce qui signifie que le foie est détourné de ses fonctions de synthèse, dont celle de la carnitine. Le même foie qui devrait convertir ta T4 en T3 et fabriquer ta carnitine est monopolisé par la gestion du stress.

Le troisième mécanisme est indirect mais dévastateur : le stress chronique appauvrit les réserves de vitamine C. Les surrénales sont l’organe le plus concentré en vitamine C de tout l’organisme, et chaque décharge de cortisol et d’adrénaline consomme de la vitamine C. Un patient en stress chronique brûle sa vitamine C, ce qui réduit sa synthèse de carnitine, ce qui réduit sa production d’énergie, ce qui aggrave sa vulnérabilité au stress. Un cercle vicieux de plus dans le réseau complexe qui relie les surrénales à la thyroïde.

Ce que je propose en consultation

Quand je recois un patient thyroïdien dont la fatigue persiste malgré un traitement hormonal bien conduit et des bilans normalisés, la carnitine fait partie de mon enquête. Le dosage de la carnitine plasmatique totale est un examen simple, remboursé, que n’importe quel laboratoire peut effectuer. Une valeur inférieure à 25 micromoles par litre chez l’adulte oriente fortement vers une déplétion.

Pour la supplémentation, je distingue deux situations. En hypothyroïdie avec fatigue persistante, la L-carnitine ou l’acétyl-L-carnitine à raison de un à trois grammes par jour, répartis en deux prises (matin et midi, jamais le soir car elle peut être stimulante), est le protocole de base. L’acétyl-L-carnitine est ma préférence quand le brouillard mental est au premier plan, parce qu’elle traverse la barrière hémato-encéphalique et soutient la production d’acétylcholine. La L-carnitine base est suffisante quand la fatigue est essentiellement musculaire.

En hyperthyroïdie, la dose est plus élevée : deux à quatre grammes par jour de L-carnitine, sous surveillance médicale, en complément du traitement endocrinologique. Ce n’est pas un substitut au Néomercazole ou aux antithyroïdiens de synthèse. C’est un frein métabolique complémentaire qui protège les cellules de l’excès d’hormones thyroïdiennes en attendant que le traitement fasse effet.

Dans les deux cas, je corrige systématiquement les cofacteurs de la synthèse endogène : vitamine C (500 milligrammes à un gramme par jour, en dehors des repas riches en fer), fer si la ferritine est basse (objectif 50 à 80 nanogrammes par millilitre), vitamines B6 et B3, et apport protéique suffisant pour fournir la lysine et la méthionine. C’est la même logique que pour les sept nutriments thyroïdiens : sans les cofacteurs, la machine ne tourne pas.

Je vérifie aussi le terrain digestif. Un intestin perméable absorbe mal la carnitine alimentaire et les cofacteurs. La correction du terrain intestinal est toujours prioritaire, avant même de parler de supplémentation. Donner de la carnitine à un intestin poreux, c’est remplir un seau percé.

« Toute maladie est une échéance et non un accident ; la maladie est préparée de longue date par des fautes d’hygiène. » Dr Pache

Les sources alimentaires

La viande rouge reste de loin la source alimentaire la plus riche en carnitine, avec environ cent milligrammes pour cent grammes de boeuf. Le mot « carnitine » vient d’ailleurs du latin carnis, la chair. L’agneau en apporte une quantité comparable, le porc et le poulet environ deux à trois fois moins. Le poisson, les produits laitiers et les oeufs en contiennent des quantités modestes. Les végétaux sont extrêmement pauvres en carnitine, ce qui explique pourquoi les régimes végétariens et végétaliens stricts sont un facteur de risque de déplétion.

Je ne dis pas qu’il faut manger de la viande rouge tous les jours. Je dis qu’il faut connaître cette donnée et en tenir compte dans l’accompagnement nutritionnel. Un patient thyroïdien qui ne mange pas de viande rouge doit compenser, soit par un apport suffisant en lysine et en méthionine (oeufs, poissons, légumineuses associées aux céréales complètes pour la complémentarité des acides aminés), soit par les cofacteurs de synthèse endogène, soit par une supplémentation directe en L-carnitine. C’est le cas d’Isabelle, ma patiente du début de cet article. Quatre ans de régime végétarien strict, sans supplémentation, avec une thyroïde qui fonctionnait au ralenti. Sa carnitine plasmatique était effondrée. Trois mois d’acétyl-L-carnitine à deux grammes par jour, combinée à une correction du fer et de la vitamine C, ont transformé sa fatigue.

Ce qu’il faut retenir

La carnitine est le transporteur que tes mitochondries attendent pour transformer les graisses en énergie. En hypothyroïdie, elle est déplétée par le ralentissement métabolique, ce qui aggrave la fatigue, le brouillard mental et l’incapacité à perdre du poids. En hyperthyroïdie, elle freine l’action des hormones thyroïdiennes au niveau des noyaux cellulaires, protégeant les tissus d’une stimulation excessive. Dans les deux cas, la restaurer fait partie d’un accompagnement naturopathique complet du terrain thyroïdien.

Sa synthèse dépend de la vitamine C, du fer, de la B6 et de la B3. Tous ces cofacteurs sont fréquemment déficients chez les patients thyroïdiens. La corriger ne remplace pas le traitement hormonal, mais elle comble un angle mort que le Levothyrox seul ne peut pas résoudre. Si ta thyroïde est traitée, si tes bilans sont bons, et que tu restes fatigué, demande un dosage de carnitine plasmatique. La réponse pourrait être dans ce chaînon manquant.

Pour aller plus loin, consulte mes articles sur les sept nutriments essentiels de la thyroïde, sur le stress et les surrénales et sur l’hypothyroïdie comme symptôme et non comme diagnostic. Si tu souffres d’hyperthyroïdie auto-immune, l’article sur la maladie de Basedow détaille le mécanisme xénoimmune et le protocole naturopathique.

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Pour aller plus loin

Sources

  • Benvenga, S. et al. “Usefulness of L-Carnitine, a Naturally Occurring Peripheral Antagonist of Thyroid Hormone Action, in Iatrogenic Hyperthyroidism.” Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism 86, no. 8 (2001) : 3579-3594.
  • Benvenga, S. et al. “Effects of L-Carnitine on Thyroid Economy.” Annals of the New York Academy of Sciences 1033 (2004) : 158-167.

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Questions fréquentes

01 La carnitine est-elle utile en hypothyroïdie ?

Oui. En hypothyroïdie, les stocks musculaires de carnitine sont déplétés, ce qui aggrave la fatigue et le brouillard mental. Une étude a montré que la supplémentation en L-carnitine multiplie les niveaux de sérotonine périphérique par huit et réduit la fatigue de moitié chez les patients hypothyroïdiens. La dose habituelle se situe entre 1 et 3 grammes par jour de L-carnitine ou d'acétyl-L-carnitine, à répartir en deux prises.

02 Peut-on prendre de la carnitine en cas d'hyperthyroïdie ?

Non seulement on peut, mais c'est documenté scientifiquement. En hyperthyroïdie, la L-carnitine à doses de 2 à 4 grammes par jour bloque l'entrée de la T3 et de la T4 dans les noyaux cellulaires, réduisant ainsi l'action périphérique des hormones thyroïdiennes en excès. Cela en fait un frein métabolique naturel qui peut compléter le traitement endocrinologique. Une étude randomisée contre placebo a montré la normalisation de l'ostéocalcine et la réduction des symptômes d'hyperthyroïdie sous carnitine.

03 Quels aliments contiennent le plus de carnitine ?

La viande rouge est la source alimentaire la plus riche en carnitine (environ 100 milligrammes pour 100 grammes de boeuf). L'agneau, le porc et le poulet en contiennent des quantités modérées. Les produits laitiers et le poisson en apportent de plus faibles quantités. Les sources végétales sont très pauvres en carnitine. Les végétariens et végétaliens stricts dépendent donc davantage de la synthèse endogène à partir de la lysine et de la méthionine, ce qui rend les cofacteurs de cette synthèse (vitamine C, fer, B6, B3) encore plus critiques.

04 Quel est le lien entre carnitine et brouillard mental ?

Le cerveau utilise les corps cétoniques comme carburant alternatif au glucose. L'acétyl-L-carnitine traverse la barrière hémato-encéphalique et soutient la production d'acétylcholine, le neurotransmetteur de la mémoire et de la concentration. En hypothyroïdie, la déplétion en carnitine réduit la capacité des neurones à utiliser les acides gras comme source d'énergie, contribuant au brouillard mental caractéristique. La supplémentation en acétyl-L-carnitine est la forme la plus adaptée pour cette indication.

05 Pourquoi la vitamine C est-elle liée à la carnitine ?

La synthèse endogène de carnitine dépend de deux enzymes hydroxylases qui nécessitent la vitamine C comme cofacteur obligatoire. Sans vitamine C suffisante, la production de carnitine dans le foie et les reins est réduite, ce qui diminue le transport des acides gras dans les mitochondries et donc la production d'énergie. C'est l'une des raisons pour lesquelles le scorbut (carence sévère en vitamine C) provoque une fatigue extrême.

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