Nathalie est arrivée dans mon cabinet avec un dossier dans lequel j’ai compté sept bilans thyroïdiens, deux prescriptions de Levothyrox, et une phrase de son endocrinologue soulignée au feutre rouge : « Anticorps stables, pas d’inquiétude. » Pas d’inquiétude. Ses anti-TPO étaient à 487. Sa fatigue l’empêchait de travailler après quatorze heures. Elle avait essayé le régime Seignalet pendant trois mois, mais la contrainte sociale l’avait usée : les repas de famille, les déjeuners professionnels, cette sensation permanente d’être celle qui ne peut rien manger. Elle avait lâché. Et en lâchant, elle avait senti ses symptômes revenir en moins de deux semaines, plus violents qu’avant. Comme si son corps la punissait d’avoir essayé.
Ce phénomène, je l’observe régulièrement en consultation. Les IgG, ces immunoglobulines qui gardent la mémoire des antigènes alimentaires, conservent leur mémoire pendant quatre à cinq semaines[^1]. Toute entorse au régime, même minime, même un seul écart, relance le compteur immunitaire à zéro. C’est un fait immunologique que beaucoup de patients découvrent trop tard, après des semaines de privation ruinées par un croissant dominical. Et c’est précisément ce mécanisme qui a conduit une pharmacienne américaine devenue patiente Hashimoto elle-même à repenser tout le protocole.
Si tu découvres le sujet Hashimoto, je t’invite à commencer par mon article sur les causes oubliées de Hashimoto qui explique le mécanisme auto-immun et le modèle xénoimmune de Seignalet. Ce que tu vas lire ici, c’est l’étape d’après : un protocole en quatre phases qui dépasse Seignalet et qui obtient des résultats mesurables chez quarante pour cent des participants.
Izabella Wentz, la pharmacienne qui a tout changé
Izabella Wentz est docteure en pharmacie aux Etats-Unis. Son parcours est celui de milliers de patients Hashimoto : un diagnostic tardif, des années de Levothyrox, une fatigue que personne ne prenait au sérieux, et un jour, la décision de fouiller la littérature scientifique elle-même. Ce qui la distingue, c’est sa rigueur de pharmacienne combinée à son expérience de patiente. Elle ne théorise pas depuis un laboratoire. Elle a testé chaque étape sur elle-même d’abord, puis sur plus de trois mille participants dans le cadre de ses programmes.
Son constat de départ est le même que celui de Seignalet : Hashimoto n’est pas une maladie de la thyroïde, c’est une maladie de l’immunité qui attaque la thyroïde. Mais là où Seignalet propose un régime alimentaire unique (éviction du gluten et des laitages pour tout le monde), Wentz propose une approche individualisée en quatre phases qui part d’un bilan personnalisé. Elle ne supprime pas les mêmes aliments chez tout le monde. Elle identifie d’abord les coupables spécifiques de chaque patient grâce à une analyse des IgG alimentaires, puis elle construit le protocole autour de ces résultats.
Cette personnalisation change tout. Seignalet obtenait des résultats « inconstants et modérés » sur Hashimoto (ses propres mots), avec quinze patientes suivies. Wentz rapporte quarante pour cent de rémission sur plus de trois mille participants. Et la raison principale de cet écart n’est pas seulement alimentaire. C’est que le protocole Wentz est tenable dans la durée. Soixante-quinze pour cent des patients qui tentent le Seignalet strict abandonnent parce que la contrainte est trop lourde. Wentz réduit cette contrainte en ne supprimant que ce qui est réellement problématique pour chaque individu, pas une liste universelle.

La diète Wentz en 4 phases
Le protocole Wentz s’organise en quatre étapes chronologiques. Ce n’est pas un régime qu’on commence un lundi matin sur un coup de tête. C’est une stratégie qui demande de la préparation, de la rigueur, et surtout de la patience. Chaque phase a une durée précise et un objectif mesurable. Sauter une étape ou bâcler une phase compromet tout le protocole.
La première phase est la préparation. Elle dure trois semaines. Pendant cette période, tu manges normalement. C’est contre-intuitif, mais c’est fondamental. L’objectif est de réaliser une analyse IgG des vingt-cinq principaux allergènes alimentaires dans des conditions réelles, c’est-à-dire en consommant tous les aliments que tu manges habituellement. Si tu as déjà supprimé le gluten depuis six mois, tes IgG au gluten seront négatifs, non pas parce que tu n’y réagis pas, mais parce que la mémoire immunitaire s’est estompée. Le résultat serait faussement rassurant. Les laboratoires Bioavenir et Lims proposent cette analyse pour environ quatre-vingt-dix euros. Ce n’est pas remboursé par la Sécurité sociale, mais c’est un investissement qui évite des mois d’éviction aveugle.
Pendant ces trois semaines de préparation, je recommande aussi de réaliser un bilan thyroïdien complet : TSH, T4 libre, T3 libre, T3 reverse, anti-TPO, anti-thyroglobuline, anti-récepteur TSH. Ce bilan servira de référence pour mesurer les progrès du protocole. Sans marqueurs de départ, impossible de savoir si le protocole fonctionne. C’est la différence entre un ressenti subjectif (« je me sens mieux ») et une preuve biologique (« mes anti-TPO sont passés de 487 à 120 »).
La deuxième phase est l’éviction stricte. Elle dure quatre semaines. C’est la phase la plus exigeante. Tu supprimes tous les allergènes identifiés par l’analyse IgG, sans exception. Si tes IgG révèlent une réactivité aux oeufs, au maïs et à la levure de boulanger en plus du gluten et des laitages, tu supprimes les cinq. Pas quatre sur cinq. Les cinq. Le principe immunologique est implacable : plus tu identifies et élimines d’antigènes, plus la maladie recule. C’est la phrase clé de la stratégie Wentz : « More antigens identified and eliminated equals disease in remission. »
Cette phase inclut systématiquement trois évictions non négociables, même si tes IgG ne les montrent pas. Le gluten sous toutes ses formes modernes (blé, épeautre grand, seigle, orge), les produits laitiers contenant de la caséine A1, et le café conventionnel. La raison du gluten est connue : ses protéines traversent la barrière intestinale et déclenchent le mécanisme xénoimmune que j’ai décrit dans l’article sur Hashimoto. La raison des laitages est plus subtile et mérite qu’on s’y arrête.
La question du lait : caséine A1, BCM-7, et le piège de l’addiction
Tous les laits ne se valent pas. C’est une nuance que ni Seignalet ni la plupart des naturopathes ne font, et c’est dommage, parce qu’elle rend le protocole beaucoup plus vivable. La caséine A1, présente dans le lait de la majorité des vaches modernes (Holstein, Prim’Holstein), libère lors de sa digestion un peptide appelé BCM-7, la bêta-casomorphine-7. Ce composé est structurellement apparenté à la morphine. Ce n’est pas une métaphore. C’est une réalité biochimique.
Le BCM-7 a trois effets documentés qui expliquent pourquoi tant de gens ont du mal à arrêter les produits laitiers. Premièrement, il est addictif au sens pharmacologique du terme : il se fixe sur les récepteurs opioïdes mu, les mêmes que ceux de la morphine. Deuxièmement, il augmente la production de mucus intestinal de quatre cent dix-sept pour cent (oui, tu as bien lu, plus de quatre fois). Ce mucus épaissit la paroi intestinale et compromet l’absorption des nutriments. Troisièmement, il réduit les lymphocytes T1, ce qui affaiblit la branche immunitaire qui devrait justement être renforcée dans le contexte auto-immun de Hashimoto.
La solution Wentz ne consiste pas à supprimer tous les produits laitiers à vie. Elle consiste à remplacer la caséine A1 par la caséine A2. Les vaches de race Jersey (dont on trouve le lait sous les marques Gaborit et Gervaise en France) produisent naturellement un lait à caséine A2, qui ne libère pas de BCM-7. Les laits de chèvre et de brebis sont également à caséine A2. C’est pourquoi certains patients Hashimoto tolèrent parfaitement le fromage de chèvre alors qu’un verre de lait de vache Holstein relance leurs symptômes en vingt-quatre heures.
Pour le café, la règle est simple : décaféiné biologique, décaféiné à l’eau (pas à l’acétone), préparé dans une cafetière italienne en inox (pas en aluminium). Le café conventionnel est un triple perturbateur pour Hashimoto : il stimule le cortisol et épuise les surrénales, il interfère avec la conversion T4 en T3, et ses résidus de solvants de décaféination chimique sont des xénobiotiques supplémentaires. J’explique en détail le lien entre cortisol et thyroïde dans mon article sur le stress et les surrénales, mais retiens ceci : le café à jeun est l’un des pires ennemis de la thyroïde Hashimoto.
Le reset immunitaire : la patience comme médicament
La troisième phase du protocole Wentz est le reset immunitaire. Elle dure quatre à cinq semaines, et c’est la phase que la plupart des patients bâclent parce qu’ils ne comprennent pas sa logique. Après quatre semaines d’éviction stricte, les symptômes s’améliorent souvent nettement : moins de fatigue, moins de brouillard mental, meilleur transit, peau qui s’assouplit. La tentation est alors de se dire que le plus dur est fait et de relâcher la vigilance. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.
Pourquoi quatre à cinq semaines de plus ? Parce que les IgG ont une demi-vie de vingt et un jours. Cela signifie que même si tu as arrêté de consommer un allergène depuis quatre semaines, il reste dans ton sang des anticorps IgG dirigés contre cet aliment. Ces anticorps circulent, maintiennent une inflammation bas grade, et entretiennent la vigilance immunitaire. Il faut attendre que cette mémoire s’efface. Quatre à cinq semaines supplémentaires, c’est le temps nécessaire pour que les IgG tombent en dessous du seuil de réactivité.
Pendant cette phase, tu continues l’éviction stricte. Pas un gramme de gluten. Pas une goutte de lait A1. Pas un seul des allergènes identifiés sur ton analyse IgG. La moindre entorse relance le compteur immunitaire. Un croissant, une bière, un gratin : quatre à cinq semaines de reset effacées. C’est brutal, mais c’est la réalité immunologique. Les IgG ne pardonnent pas les écarts. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle tant de patients échouent avec le Seignalet : ils font le régime « à quatre-vingt-dix pour cent » en se permettant des exceptions le week-end, et ces exceptions suffisent à maintenir la cascade auto-immune active.
C’est ici que le protocole Wentz rejoint une vérité que je répète en consultation : ne commence pas si tu n’es pas prêt. Il vaut mieux attendre un mois de plus et s’engager pleinement que de démarrer en sachant qu’un voyage, un mariage ou un déménagement va saboter la phase de reset. L’engagement total pendant quatorze semaines est infiniment plus efficace qu’un demi-engagement pendant six mois.
La réintroduction : un aliment, quatre jours, zéro précipitation
La quatrième phase est la réintroduction. C’est un travail de détective. Tu réintroduis un seul aliment tous les quatre jours, en notant scrupuleusement tes réactions sur un journal. Pas deux aliments. Pas un aliment tous les deux jours. Un. Tous les quatre jours. Ce délai de quatre jours correspond au temps nécessaire pour qu’une réaction IgG retardée se manifeste. Contrairement aux allergies IgE classiques (urticaire, oedème de Quincke) qui surviennent en quelques minutes, les réactions IgG alimentaires sont retardées de un à quatre jours, ce qui les rend invisibles si on réintroduit trop vite.
L’ordre de réintroduction compte aussi. Tu commences par les aliments non mutés, ceux dont la structure protéique n’a pas été modifiée par l’agriculture moderne. Le riz, le sarrasin, les légumineuses (si tes IgG sont négatifs), les oeufs de poules élevées en plein air. Tu termines par les aliments mutés, ceux dont la structure génétique a été la plus modifiée : le blé moderne en dernier, éventuellement sous forme de céréales anciennes non hybridées.
Pour le gluten spécifiquement, le protocole Wentz prévoit une éviction d’un an minimum des formes mutées. Mais contrairement au Seignalet qui supprime tout gluten à vie, Wentz autorise les céréales anciennes après cette année d’éviction : le petit épeautre cent pour cent (engrain, le blé originel à quatorze chromosomes), le Russello (variété sicilienne ancienne), le Poulard, le Rouge de Bordeaux. Les pains au levain de type Pane Vivo, fabriqués à partir de ces farines anciennes avec une fermentation longue qui prédigère le gluten, sont souvent tolérés même par des patients dont les IgG au gluten moderne étaient très élevés.
La notion de cuisson douce est aussi centrale dans la réintroduction. Comme je l’explique dans mon article sur la cuisson douce, les températures au-dessus de cent dix degrés créent des molécules de Maillard que l’organisme ne reconnaît pas et qui entretiennent la perméabilité intestinale. La vapeur douce, la cuisson basse température, le cru quand c’est possible : ces modes de préparation ne sont pas un luxe diététique, ce sont des outils thérapeutiques dans le contexte de Hashimoto.
Après un an de protocole réussi (anticorps en baisse, symptômes améliorés), Wentz autorise une réintroduction occasionnelle des aliments mutés. Pas quotidienne. Occasionnelle. Et elle impose une règle que je trouve remarquablement intelligente : un mois de pause stricte par an et par ancien allergène. Si tu avais des IgG élevés au blé, tu fais un mois complet sans blé chaque année, pour éviter que la tolérance ne se dégrade progressivement. C’est une maintenance immunitaire, un peu comme une révision annuelle.
Wentz, Seignalet, Hertoghe : trois visions, un même terrain
Les trois approches ne s’opposent pas. Elles se complètent, et c’est en les combinant qu’on obtient les meilleurs résultats.
Seignalet part de l’intestin. Son modèle xénoimmune est brillant : des peptides antigéniques traversent un intestin poreux, atteignent la thyroïde, et déclenchent la destruction auto-immune. Son régime ancestral (pas de gluten muté, pas de laitages, cuissons douces) est le socle de toute approche naturo sérieuse pour Hashimoto. Mais il a deux limites. La première est l’absence de personnalisation : tout le monde supprime les mêmes aliments, quel que soit son profil immunologique individuel. La deuxième est le taux d’abandon : soixante-quinze pour cent des patients lâchent avant six mois, et parmi ceux qui tiennent six mois, seuls trente pour cent poursuivent au-delà. Au final, le régime Seignalet strict ne fonctionne que pour vingt-cinq pour cent des patients Hashimoto.
Wentz reprend le socle de Seignalet (intestin, éviction, alimentation hypotoxique) mais y ajoute la personnalisation par les IgG et un protocole en phases chronologiques. La différence de taux de succès (quarante pour cent contre vingt-cinq) s’explique en grande partie par cette personnalisation qui rend le protocole plus précis et plus tenable. Quand tu sais exactement quels aliments te posent problème (et pas seulement « le gluten et les laitages » en général), tu ne te prives pas inutilement de tout, et la discipline est plus facile à maintenir.
Le Dr Thierry Hertoghe apporte une troisième dimension que ni Seignalet ni Wentz n’abordent en profondeur : l’axe hormonal. Hertoghe a montré que la thyroïde ne fonctionne jamais de manière isolée. Elle est en dialogue permanent avec les surrénales, les ovaires, l’hypophyse. Son approche insiste sur le fait qu’il faut d’abord évaluer et corriger l’épuisement surrénalien avant de traiter la thyroïde. Donner des hormones thyroïdiennes à un patient dont les surrénales sont à plat, c’est comme accélérer un moteur sans huile. Le vol de prégnénolone, ce mécanisme par lequel le stress chronique détourne les précurseurs hormonaux vers le cortisol au détriment de la progestérone et de la DHEA, est un facteur aggravant majeur de Hashimoto que j’ai détaillé dans mon article sur le stress et les surrénales.
En pratique, quand un patient Hashimoto arrive en consultation, je combine les trois approches. Le bilan de Hertoghe (cortisol salivaire quatre points, DHEA, progestérone, questionnaire surrénalien) pour évaluer l’axe hormonal. L’analyse IgG de Wentz pour personnaliser l’éviction alimentaire. Et le cadre théorique de Seignalet (intestin poreux, xénoimmunité, cuissons douces) pour comprendre le mécanisme et expliquer au patient pourquoi chaque geste compte. Les trois ensemble sont plus puissants que chacun pris isolément.
La stratégie des 10 points : ne commence pas sans les connaître
Wentz a formalisé dix principes stratégiques que je reprends systématiquement en consultation et que je trouve d’une justesse clinique remarquable.
Le premier est de regarder en arrière. Hashimoto ne tombe pas du ciel. Il y a toujours un déclencheur : une grossesse, un divorce, un deuil, un déménagement, un burn-out, une infection virale. Identifier ce déclencheur aide à comprendre quel terrain a été fragilisé et oriente le protocole. Le deuxième est de provoquer un changement de vie majeur. Pas un ajustement. Un changement. Supprimer le gluten tout en gardant le travail qui te détruit, la relation qui te mine et le sommeil de cinq heures par nuit, c’est mettre un pansement sur une fracture ouverte.
Le troisième est d’identifier les causes racines, pas les symptômes. Ton brouillard mental n’est pas un problème de concentration. C’est un problème de conversion T4 en T3 dans le foie, de digestion compromise, de microbiote dévasté. Le quatrième est d’utiliser toutes les techniques naturopathiques, pas seulement l’alimentation. L’hydrothérapie (alternance chaud-froid), la gestion du stress (cohérence cardiaque, respiration), le mouvement (pas de marathon, mais de la marche, du yoga, de la musculation douce), le sommeil, les jus de légumes frais. La naturopathie dispose de dix techniques selon la classification de Marchesseau, et se limiter au régime alimentaire, c’est n’utiliser qu’un outil sur dix.
Le cinquième principe est de mesurer pour progresser. Sans bilan sanguin régulier, tu navigues à l’aveugle. Un dosage des anticorps anti-TPO et anti-Tg à la fin de chaque phase du protocole permet de vérifier objectivement que le processus auto-immun recule. C’est la seule preuve fiable. Se sentir mieux est un bon signe, mais les anticorps qui baissent sont la preuve que le feu auto-immun s’éteint.
Le sixième est d’anticiper les difficultés pratiques. Prépare tes repas à l’avance. Trouve des restaurants compatibles. Explique ton protocole à ton entourage. Aie toujours une collation d’urgence dans ton sac. Les patients qui échouent ne sont pas ceux qui manquent de volonté, ce sont ceux qui n’ont pas préparé leur environnement.
Le septième, et peut-être le plus dur à entendre, est que toute entorse ramène à zéro. Un seul écart, un seul repas contenant un allergène identifié, et le compteur immunitaire se remet en route. Quatre à cinq semaines de reset effacées. C’est pour cette raison que le huitième principe insiste sur le timing : ne commence que quand tu es prêt. Pas pendant les fêtes. Pas avant un voyage. Pas en plein déménagement. Choisis une période de quatorze semaines où ta vie est suffisamment stable pour tenir l’engagement.
Le neuvième est de ne pas rester seul. Le soutien social est un facteur pronostique majeur. Les patients qui réussissent sont ceux qui ont un conjoint compréhensif, un ami qui fait le régime avec eux, un naturopathe qui les accompagne. L’isolement est l’ennemi du protocole.
Et le dixième est la patience. Les résultats ne sont pas immédiats. Il faut en général trois à six mois pour observer une baisse significative des anticorps. Certains patients voient des résultats dès la fin de la phase d’éviction. D’autres doivent attendre la fin de la réintroduction. C’est normal. Le système immunitaire ne se reprogramme pas en deux semaines.
L’iode dans le protocole Wentz : la nuance qui change tout
La question de l’iode dans le contexte de Hashimoto est un piège classique que Wentz aborde avec une prudence que j’approuve entièrement. L’iode est indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes. Mais en excès, chez un patient Hashimoto dont la glande est déjà inflammée et dont le statut en sélénium n’est pas corrigé, l’iode aggrave le stress oxydatif thyroïdien via la production de peroxyde d’hydrogène. C’est l’effet Wolff-Chaikoff, que je détaille dans mon article sur l’iode et l’auto-immunité thyroïdienne.
La règle Wentz rejoint la règle que j’applique en consultation : sélénium d’abord, iode ensuite. Cent à deux cents microgrammes de séléniométhionine par jour pendant au moins quatre semaines avant toute supplémentation en iode. Le sélénium active les glutathion peroxydases qui neutralisent le peroxyde d’hydrogène produit lors de la synthèse hormonale. Sans ce bouclier antioxydant, l’iode devient un accélérateur de la destruction auto-immune. C’est pour cette raison que le paradoxe japonais (consommation massive d’iode sans problème thyroïdien majeur) s’explique par un terrain naturellement riche en sélénium et en antioxydants.
Le foie et les surrénales : les deux piliers que Wentz ne néglige pas
Le protocole Wentz ne se limite pas à l’alimentation. Il intègre deux axes que le Seignalet pur ignore : le soutien hépatique et la restauration surrénalienne.
Le foie convertit soixante pour cent de la T4 en T3 active. Un foie surchargé par les xénobiotiques, l’alcool, les médicaments ou simplement l’excès alimentaire chronique ne convertit plus correctement. Wentz recommande des jus de légumes frais (carotte, betterave, céleri, gingembre) réalisés à l’extracteur de jus pour soutenir la détoxification hépatique. Le chardon-marie (silymarine), l’artichaut et le pissenlit complètent cette approche. La chronobiologie hépatique est aussi un élément clé : le foie travaille principalement la nuit, entre une heure et trois heures du matin. Des dîners légers et cellulosiques (légumes verts, soupes) allègent cette charge nocturne et favorisent une meilleure conversion hormonale.
Les surrénales sont l’autre pilier. Wentz rejoint ici la vision de Hertoghe : des surrénales épuisées par le stress chronique produisent un excès de cortisol qui bloque la conversion T4 en T3 et favorise la production de T3 reverse, la forme inactive de l’hormone qui se fixe sur les récepteurs cellulaires sans les activer. C’est comme mettre la mauvaise clé dans la serrure. Le magnésium bisglycinate (trois cents à quatre cents milligrammes par jour), les plantes adaptogènes (ashwagandha, rhodiola, éleuthérocoque), la cohérence cardiaque trois fois par jour et le sommeil avant vingt-trois heures sont les fondamentaux de la restauration surrénalienne.
Pour aller plus loin sur la relation entre l’hypothyroïdie et le terrain global, je t’invite à lire mon article qui explique pourquoi l’hypothyroïdie n’est jamais un diagnostic final mais toujours un symptôme d’un déséquilibre en amont.
Comment mesurer le succès
Le critère objectif de réussite du protocole Wentz est la normalisation des anticorps thyroïdiens. Pas la disparition des symptômes, qui peut être partielle ou subjective. Pas la TSH, qui peut rester perturbée même avec un processus auto-immun en voie d’extinction. Les anticorps. Si tes anti-TPO passent de 487 à 120, puis à 60, puis en dessous de 35 (seuil de positivité pour la plupart des laboratoires), le protocole a éteint le feu auto-immun. C’est la preuve que les peptides antigéniques ne traversent plus la barrière intestinale, que le système immunitaire a cessé de reconnaître les thyrocytes comme ennemis, et que la destruction s’est arrêtée.
Rappelons la phrase de Seignalet que je cite souvent : « Si le régime est souvent capable d’éteindre la maladie auto-immune, il ne peut pas ressusciter les cellules mortes. » Les cellules thyroïdiennes déjà détruites ne reviendront pas. C’est pourquoi la précocité de l’intervention est déterminante. Plus tu agis tôt, quand il reste encore du tissu thyroïdien fonctionnel, plus tu as de chances de préserver une production hormonale autonome et de réduire, voire supprimer, la dépendance au Levothyrox.
Je recommande un bilan de contrôle à la fin de chaque phase : un premier après la phase d’éviction (semaine huit), un deuxième après la phase de reset (semaine treize), et un troisième six mois après le début de la réintroduction. Cette fréquence permet d’ajuster le protocole en temps réel. Si les anticorps ne bougent pas après la phase de reset, il y a un allergène qui passe encore, une source de contamination non identifiée, ou un facteur aggravant extra-alimentaire (stress, infection chronique, intoxication aux métaux lourds) qui maintient le feu allumé.
Nathalie, six mois plus tard
Nathalie, dont j’ai parlé au début de cet article, a suivi le protocole Wentz pendant seize semaines. Son analyse IgG a révélé des réactivités fortes aux oeufs, au maïs, au lait de vache et au gluten, et une réactivité modérée à la levure de boulanger et aux arachides. Six aliments à supprimer, pas dix-sept. Six cibles précises au lieu d’une liste universelle.
Elle a supprimé les six, plus le café conventionnel. Elle a remplacé le lait de vache par du lait de chèvre et du lait Jersey Gaborit. Elle a découvert le pain Pane Vivo au petit épeautre, fermenté au levain pendant vingt-quatre heures. Elle a tenu les quatre semaines d’éviction, puis les cinq semaines de reset, sans un seul écart. Au téléphone, en semaine six, elle m’a dit : « Je ne savais pas ce que c’était d’avoir la tête claire. » Au bilan de la semaine treize, ses anti-TPO étaient passés de 487 à 198. Pas encore normaux. Mais en chute. Le feu reculait.
Six mois après le début du protocole, ses anti-TPO étaient à 78. Son énergie était revenue. Sa peau ne se fissurait plus en hiver. Elle avait perdu les quatre kilos que le Levothyrox n’avait jamais réussi à faire bouger. Et surtout, elle avait réintroduit les oeufs et le maïs sans réaction. Seuls le gluten moderne et le lait de vache A1 restaient des déclencheurs. Elle sait maintenant exactement ce qui l’agresse, et elle peut vivre avec cette connaissance sans se sentir prisonnière d’un régime impossible.
Ce que le protocole ne remplace pas
Je tiens à être clair : le protocole Wentz ne remplace pas le suivi médical. Si ton endocrinologue t’a prescrit du Levothyrox, continue à le prendre. La réduction ou l’arrêt du traitement hormonal ne doit se faire que sous contrôle médical, progressivement, en fonction de l’évolution des bilans. Le protocole Wentz travaille sur le mécanisme auto-immun. Le Levothyrox compense les conséquences de la destruction déjà survenue. Les deux sont complémentaires, pas antagonistes.
Si tu veux comprendre le lien entre ta digestion et ta thyroïde, et pourquoi l’hypochlorhydrie gastrique est si fréquente dans Hashimoto, lis mon article sur la thyroïde et la digestion.
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Pour aller plus loin
- Hashimoto : les causes oubliées que ton médecin ne cherche pas
- Iode et thyroïde auto-immune : danger ou bénéfice ? Le vrai du faux
- Basedow et yeux : protéger ta vision naturellement
- Immunité et inflammation : nourrir tes défenses naturellement
Sources
- Wentz, Izabella. Hashimoto’s Protocol. New York : HarperOne, 2017.
- Seignalet, Jean. L’Alimentation ou la Troisième Médecine. 5e éd. Paris : François-Xavier de Guibert, 2004.
- Hertoghe, Thierry. The Hormone Handbook. 2e éd. Luxembourg : International Medical Books, 2012.
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Hashimoto n’est pas une condamnation. C’est un terrain qui demande à être compris, nourri, accompagné. Le protocole Wentz ne promet pas de miracles. Il propose une méthode, rigoureuse et mesurable, pour donner à ton système immunitaire les conditions de se calmer. Quarante pour cent de rémission sur trois mille participants, ce n’est pas un chiffre parfait. Mais c’est un chiffre qui donne de l’espoir. Et l’espoir, quand on vit avec Hashimoto, c’est déjà un médicament.
Recette saine : Bouillon d’os regenerant : Le bouillon d’os est dans le protocole Wentz.
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