Bien-être · · 20 min de lecture · Mis à jour le

Naturopathie d'hiver : repos, restriction et immunite naturelle

L'hiver en naturopathie : repos digestif, restriction calorique selon Bonnejoy, maladies hivernales selon Marchesseau, immunite, sommeil et froid hormetique.

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François Benavente

Naturopathe certifié

Il est six heures du matin, un jour de janvier. Le réveil sonne. Dehors, il fait encore nuit noire. Le thermomètre affiche trois degrés. Tu te retournes dans tes draps, tu remontes la couverture jusqu’au menton, et tout ton être te murmure la même chose : reste. Reste au chaud. Reste dans le noir. Reste au repos. Tu résistes quelques minutes, puis la culpabilité te rattrape. Tu te lèves, tu allumes les lumières, tu avales un café brûlant et tu te jettes dans la journée comme si c’était un matin de juin. Mais ce n’est pas un matin de juin. C’est un matin d’hiver. Et ton corps le sait mieux que toi.

Ce que la vie moderne interprète comme de la paresse, la naturopathie l’appelle de la sagesse biologique. L’envie de dormir plus longtemps, de manger moins, de ralentir le rythme, de se replier vers l’intérieur, ce ne sont pas des faiblesses. Ce sont des signaux ancestraux parfaitement calibrés par des millions d’années d’évolution. L’hiver n’est pas une saison à combattre. C’est une saison à habiter. Et les grands hygiénistes l’avaient compris bien avant que la science moderne ne vienne leur donner raison.

L’hiver selon Bonnejoy : la mort de la nature

Le Dr Bonnejoy, hygiéniste du XIXe siècle, a laissé des écrits d’une lucidité remarquable sur la manière dont l’Homme devrait traverser la saison froide. Sa vision est radicale, presque choquante pour nos mentalités contemporaines, mais elle porte en elle une vérité que nos ancêtres vivaient sans même avoir besoin de la formuler.

« Sous nos latitudes, l’hygiéniste averti doit embrasser cette période dite de ‘mort de la nature’. L’Homme doit alors, s’adapter, survivre et suivre lui aussi la loi commune à tous les êtres traversants eux aussi ce cycle : Celle de la restriction calorique, du repos digestif, du jeûne, du carême amenant à une purification des états humorales. »

La mort de la nature. Le mot est fort. Mais regarde autour de toi en janvier. Les arbres sont nus. Les champs sont vides. Les animaux hibernent ou ralentissent drastiquement leur métabolisme. La sève descend dans les racines. La terre elle-même semble retenir son souffle, comme si elle attendait quelque chose. Et Bonnejoy nous dit : l’Homme doit faire pareil. Restriction calorique. Repos digestif. Jeûne. Carême. Purification. Pas par mortification, pas par ascétisme religieux, mais par obéissance aux lois du vivant.

Nos ancêtres ne choisissaient pas de manger moins en hiver. Ils n’avaient tout simplement pas le choix. Les réserves de l’automne s’épuisaient, les marchés étaient vides, et la prochaine récolte ne viendrait qu’au printemps. Le corps humain s’est adapté à cette réalité pendant des millénaires. Il a appris à ralentir, à stocker, à économiser, à puiser dans ses propres réserves pour se nettoyer de l’intérieur. Et quand le printemps arrivait, quand les premières pousses perçaient la terre gelée, le corps était prêt. Purifié. Allégé. Prêt pour le renouveau.

La modernité a brisé ce cycle. Nous mangeons autant en janvier qu’en juillet. Nous vivons dans des appartements surchauffés. Nous nous éclairons artificiellement seize heures par jour. Nous courons d’un rendez-vous à l’autre sans jamais ralentir. Et nous nous étonnons d’être fatigués, enrhumés, déprimés dès que les jours raccourcissent. Nous avons oublié que l’hiver n’est pas un obstacle. C’est une nécessité physiologique. Un temps de jachère pour le corps humain, exactement comme la jachère est un temps de repos pour la terre.

Paul Carton, ce médecin-philosophe qui a tant marqué la naturopathie française du début du XXe siècle, allait plus loin encore dans cette idée de dépouillement volontaire.

« Le renoncement est la source de la vraie santé. Celui qui ne sait pas se priver ne saura jamais guérir. »

Ce renoncement dont parle Carton, ce n’est pas une punition. C’est une libération. Se priver temporairement de nourriture abondante, de stimulations permanentes, de lumière artificielle, c’est donner à ton organisme l’espace dont il a besoin pour faire son travail de fond. C’est exactement ce que Bonnejoy décrivait sous le terme de purification des états humoraux. Les fondements de la naturopathie reposent sur cette compréhension du terrain humoral : quand les humeurs sont encrassées, le corps ne peut pas fonctionner correctement. Et l’hiver, avec sa restriction naturelle, est le moment idéal pour ce grand nettoyage intérieur.

Les maladies hivernales : des crises d’élimination, pas des ennemis

Chaque année, c’est la même histoire. Dès que novembre arrive, les pharmacies se remplissent, les boîtes de paracétamol s’empilent sur les comptoirs, et la peur du rhume, de la grippe, de la gastro-entérite s’installe dans les esprits comme une fatalité inévitable. On parle d’épidémie, de virus, de contagion. On se lave les mains frénétiquement. On se vaccine. On supprime chaque symptôme dès qu’il apparaît. Mais a-t-on seulement pris le temps de se demander pourquoi le corps tombe malade en hiver ?

Pierre-Valentin Marchesseau, père de la naturopathie française, avait une lecture radicalement différente de ces maladies hivernales. Pour lui, le rhume n’est pas un ennemi. La grippe n’est pas une agression. La fièvre n’est pas un dysfonctionnement. Ce sont des crises d’élimination. Le corps, confronté à l’accumulation de toxines et de déchets métaboliques qu’il n’a pas pu éliminer pendant les mois précédents, profite du ralentissement hivernal pour lancer un grand ménage. Et ce ménage, il le fait avec les outils dont il dispose : la fièvre pour brûler les toxines, le mucus pour les évacuer par les voies respiratoires, la transpiration pour les expulser par la peau, la diarrhée pour les chasser par les intestins.

Chaque émonctoire est mis à contribution. Les poumons produisent du mucus, la peau transpire, les reins filtrent davantage, le foie accélère son travail de détoxication. C’est exactement ce que Marchesseau appelait l’autolyse dirigée : le corps intelligent qui organise sa propre purification. Et que fait la médecine conventionnelle face à ce processus ? Elle le bloque. L’antipyrétique fait tomber la fièvre. Le décongestionnant assèche le mucus. L’antidiarrhéique stoppe l’élimination intestinale. On supprime le symptôme, mais on empêche le corps de se nettoyer. Et les toxines, n’ayant pas pu sortir, s’accumulent davantage. Jusqu’à la prochaine crise, plus violente encore.

Le naturopathe ne supprime pas les symptômes. Il les accompagne. Quand un consultant arrive avec de la fièvre, on ne cherche pas à la faire tomber immédiatement. On s’assure qu’elle ne dépasse pas un seuil dangereux, bien sûr. Mais en dessous de 39 degrés, la fièvre est ton alliée. Elle accélère la production de globules blancs, elle active les enzymes immunitaires, elle crée un environnement hostile pour les agents pathogènes. Hippocrate lui-même disait : donnez-moi la fièvre et je guérirai toutes les maladies. Deux mille ans plus tard, la naturopathie reste fidèle à cette sagesse.

Le terrain, toujours le terrain. Un organisme dont les humeurs sont propres, dont les émonctoires fonctionnent correctement, dont la force vitale est suffisante, ne tombe pas malade en hiver. Ou si peu. C’est la qualité du terrain qui détermine la résistance aux infections, pas la puissance du virus. Marchesseau le répétait sans cesse. Et c’est pourquoi le travail du naturopathe commence bien avant l’hiver : par une cure de détoxination automnale qui prépare le corps à traverser la saison froide avec des humeurs aussi propres que possible.

L’immunité hivernale : zinc, vitamine D et sommeil

Schema des piliers naturopathiques de l'hiver

Si le terrain est la clé de la résistance aux maladies hivernales, encore faut-il savoir comment l’entretenir concrètement. Trois piliers se détachent de manière indiscutable dans la littérature naturopathique et dans la recherche scientifique moderne : le zinc, la vitamine D et le sommeil.

Le zinc est le minéral de l’immunité. Sans lui, tes lymphocytes T ne mûrissent pas correctement dans le thymus, tes cellules NK (natural killer) perdent leur capacité à détruire les cellules infectées, et la barrière muqueuse de tes voies respiratoires s’amincit, laissant la porte ouverte aux agents pathogènes. Or la carence en zinc est endémique dans nos populations occidentales. Entre 30 et 40 pour cent des adultes n’atteignent pas les apports recommandés. En hiver, quand la demande immunitaire augmente, cette carence devient critique. Les huîtres, les graines de courge, les lentilles, le foie de veau et le germe de blé sont tes meilleurs alliés. Quinze milligrammes par jour suffisent à maintenir une immunité fonctionnelle, mais la plupart des gens n’en consomment même pas la moitié.

La vitamine D est l’autre grand absent de l’hiver. Sous nos latitudes, de novembre à mars, l’angle d’incidence des rayons solaires est trop faible pour permettre la synthèse cutanée de vitamine D. Même si tu passes une heure dehors en plein soleil de janvier, ta peau ne produira quasiment rien. Et pourtant, cette vitamine (qui est en réalité une hormone) est indispensable à l’activation des lymphocytes T, à la production de peptides antimicrobiens dans les muqueuses, et à la modulation de la réponse inflammatoire. Sans elle, ton système immunitaire fonctionne à moitié. La supplémentation hivernale en vitamine D3, à raison de mille à deux mille unités internationales par jour, est l’une des rares recommandations sur laquelle naturopathes et médecins s’accordent unanimement.

Le sommeil, enfin, est le troisième pilier. Et peut-être le plus négligé. Pendant le sommeil profond, ton corps produit massivement des cytokines, ces molécules de signalisation qui coordonnent la réponse immunitaire. Les études montrent qu’une seule nuit de sommeil insuffisant (moins de six heures) réduit l’activité des cellules NK de 70 pour cent. Soixante-dix pour cent. En une seule nuit. Imagine l’effet cumulé de semaines entières de dette de sommeil. L’hiver, avec ses nuits longues, te donne naturellement l’occasion de dormir davantage. Huit à neuf heures ne sont pas un luxe en cette saison. C’est une nécessité biologique.

Au-delà de ces trois piliers, le froid hormétique constitue un outil puissant de stimulation immunitaire. L’hydrothérapie selon Kneipp utilise les douches fraîches progressives, les bains de pieds alternés chaud-froid et les affusions localisées pour entraîner le système vasculaire et activer les défenses naturelles. Le principe est simple : une exposition brève et contrôlée au froid provoque un stress positif (hormèse) qui force l’organisme à mobiliser ses ressources adaptatives. Les globules blancs augmentent, la circulation lymphatique s’accélère, la thermogenèse s’active. Kneipp ne connaissait pas ces mécanismes biochimiques, mais il observait leurs effets chez ses patients depuis les forêts de Bavière. Commence par terminer ta douche par trente secondes d’eau fraîche sur les jambes, puis remonte progressivement. En quelques semaines, ton corps s’adaptera et tu constateras que tu tombes moins souvent malade.

La phytothérapie hivernale complète cette approche. La propolis, cette résine récoltée par les abeilles sur les bourgeons des arbres, est un puissant antimicrobien naturel. L’échinacée stimule la phagocytose, cette capacité de tes globules blancs à « manger » les agents pathogènes. Le thym, en infusion ou en huile essentielle, désinfecte les voies respiratoires tout en fluidifiant le mucus. Ces plantes ne remplacent pas un terrain sain, mais elles le soutiennent quand la charge infectieuse est élevée.

L’alimentation d’hiver : racines, choux et soupes chaudes

Bonnejoy ne se contentait pas de théoriser sur la restriction calorique. Il détaillait avec une précision remarquable les aliments disponibles et souhaitables pour chaque mois de l’année. Son calendrier alimentaire de janvier est un document fascinant qui nous reconnecte à une réalité que les supermarchés nous ont fait oublier : en hiver, on ne mange pas de tomates, de fraises ou de courgettes. On mange ce que la terre produit en hiver.

« Choux de toutes espèces, betteraves, carottes, céleri, panais, salsifis, navets et poireaux, oignons, pois secs et haricots séchés, lentilles, champignons de couche. Pommes de terre de garde. »

Voilà le garde-manger de janvier. Des racines, des tubercules, des légumes de garde. Des aliments denses, concentrés, gorgés de minéraux puisés dans les profondeurs du sol. Le chou, roi de l’hiver, contient plus de vitamine C que l’orange. Le panais, ce légume oublié, est une mine de potassium et de folates. La carotte de pleine terre, celle qui a poussé lentement dans un sol vivant, concentre des caroténoïdes que son homologue de serre ne connaîtra jamais. Et les lentilles, ces petites graines si humbles, apportent fer, zinc, protéines végétales et fibres prébiotiques qui nourrissent ton microbiote intestinal.

En février, Bonnejoy note l’apparition des premiers feuillus sauvages : la mâche, le pissenlit (qu’il appelle dent-de-lion), les sommités tendres d’orties. Ces plantes sauvages, les premières à percer la terre encore froide, sont chargées d’une vitalité extraordinaire. L’ortie, en particulier, est l’une des plantes les plus riches en fer, en silice et en chlorophylle que la nature nous offre. Nos arrière-grands-parents la cueillaient dès qu’elle pointait le nez et en faisaient des soupes qui les reminéralisaient après les mois d’hiver.

Côté fruits, l’hiver offre les pommes et les poires de conservation, les châtaignes (véritable féculent naturel riche en glucides complexes), les noix, les noisettes et les amandes (sources de lipides de qualité et de magnésium), les dattes et les figues sèches (concentrés d’énergie), et les agrumes venus du sud (oranges, pamplemousses, citrons) qui apportent la vitamine C dont le corps a tant besoin en cette saison.

Les épices réchauffantes occupent une place centrale dans l’alimentation hivernale. Le gingembre stimule la digestion et la circulation périphérique, ramenant la chaleur vers les extrémités. Le curcuma, puissant anti-inflammatoire, soutient le foie dans son travail de détoxication. La cannelle régule la glycémie et réchauffe le corps de l’intérieur. Le clou de girofle, antiseptique naturel, protège les muqueuses buccales et digestives. Ces épices ne sont pas des accessoires culinaires. Elles sont des outils thérapeutiques que les médecines traditionnelles utilisent depuis des millénaires.

Et puis il y a la soupe. La soupe chaude, mijotée longuement, est peut-être l’aliment le plus adapté à l’hiver. La cuisson lente dans l’eau extrait les minéraux des légumes et les rend hautement biodisponibles. Le bouillon chaud réchauffe le corps, hydrate les muqueuses, facilite la digestion et apporte des électrolytes essentiels. Nos grands-mères qui servaient une soupe de poireaux-pommes de terre chaque soir d’hiver ne suivaient pas une mode. Elles obéissaient à une sagesse nutritionnelle millénaire. La cuisson douce est d’autant plus importante en hiver que le corps a besoin de toute la richesse enzymatique et vitaminique des aliments pour maintenir ses défenses.

Le repos : dormir plus en hiver est naturel

Quand les jours raccourcissent et que la nuit tombe à dix-sept heures, ton corps reçoit un signal sans ambiguïté : il est temps de ralentir. La glande pinéale, cette petite structure au centre de ton cerveau, détecte la baisse de luminosité à travers les cellules ganglionnaires de ta rétine et commence à produire de la mélatonine bien plus tôt dans la soirée qu’en été. Cette mélatonine n’est pas simplement « l’hormone du sommeil ». C’est un puissant antioxydant, un modulateur immunitaire, et un régulateur de l’ensemble de tes rythmes biologiques.

En hiver, la production de mélatonine est prolongée. Les nuits de quatorze heures génèrent une fenêtre de sécrétion bien plus large que les nuits de huit heures en été. Ton corps te demande de dormir huit à neuf heures en hiver. C’est parfaitement physiologique. C’est même nécessaire. Pendant ce sommeil prolongé, l’hormone de croissance répare tes tissus, les cytokines coordonnent ta réponse immunitaire, le système glymphatique nettoie les déchets métaboliques de ton cerveau, et la mémoire consolide les apprentissages de la journée.

Pourtant, combien d’entre nous respectent ce besoin ? La lumière artificielle, les écrans, les obligations sociales et professionnelles nous maintiennent éveillés bien au-delà de ce que notre biologie réclame. Nous dormons en moyenne sept heures en hiver, soit une à deux heures de moins que ce que le corps demande. Cette dette de sommeil chronique n’est pas anodine. Elle affaiblit l’immunité, favorise l’inflammation de bas grade, perturbe la régulation de l’appétit (ce qui pousse à manger davantage, exactement l’inverse de ce que Bonnejoy recommandait), et dégrade la santé mentale.

Pour retrouver un sommeil hivernal de qualité, le rituel du soir est fondamental. Tamise les lumières dès que la nuit tombe. Éteins les écrans au moins une heure avant le coucher. Prépare une infusion de tilleul, de camomille ou de passiflore. Laisse ton corps descendre naturellement vers le sommeil, sans forcer, sans culpabiliser de te coucher à vingt et une heures. En hiver, c’est l’heure naturelle. Pour approfondir cette question essentielle, consulte mon article complet sur le sommeil. La température de la chambre, l’obscurité totale, la régularité des horaires sont autant de conditions que ton corps réclame depuis des millénaires pour récupérer correctement.

Sérotonine et lumière : la dépression saisonnière

Si tu te sens plus triste en hiver, plus irritable, moins motivé, si tu as envie de sucre et de glucides dès que le ciel se couvre, sache que tu n’es pas faible. Tu es biologique. Le trouble affectif saisonnier (SAD, Seasonal Affective Disorder) touche entre 5 et 10 pour cent de la population sous nos latitudes, et une forme atténuée, le « winter blues », affecte jusqu’à 25 pour cent des gens.

Le mécanisme est limpide. La lumière du jour stimule la production de sérotonine, le neurotransmetteur de la sérénité, de la satiété et de la stabilité émotionnelle. En hiver, l’intensité lumineuse chute drastiquement. Un jour de décembre à Paris, l’éclairement dépasse rarement 2 000 lux, alors qu’un jour d’été en atteint 100 000. Ton cerveau reçoit cinq à cinquante fois moins de lumière. Et la sérotonine, dont la synthèse est directement dépendante de l’exposition lumineuse rétinienne, chute en proportion.

Moins de sérotonine signifie plus de fringales sucrées (le sucre stimule brièvement la sérotonine, d’où les rages de chocolat en novembre), plus de rumination mentale, moins de motivation, un sommeil paradoxalement perturbé malgré la fatigue, et une humeur générale qui s’assombrit avec les jours. Ce n’est pas dans ta tête. C’est dans ta biochimie.

La luminothérapie est l’outil le plus efficace contre la dépression saisonnière. Une lampe de 10 000 lux, utilisée 30 minutes chaque matin entre septembre et mars, compense le déficit lumineux et relance la synthèse de sérotonine. L’idéal est de l’utiliser dès le réveil, pendant le petit-déjeuner, entre 7 heures et 9 heures du matin. Les résultats sont souvent spectaculaires dès la première semaine.

Mais la luminothérapie ne suffit pas toujours. Il faut aussi donner au corps les précurseurs de la sérotonine. Le tryptophane, acide aminé essentiel, est la brique de base à partir de laquelle ton cerveau fabrique la sérotonine. On le trouve dans la banane, le chocolat noir (70 pour cent minimum de cacao), les noix, la dinde, les graines de courge et les flocons d’avoine. Le zinc, le magnésium, le fer et les vitamines B6 et B9 sont les cofacteurs indispensables à cette conversion. Sans eux, tout le tryptophane du monde ne produira pas un milligramme de sérotonine.

Et surtout, sors. Même par temps gris, même sous la pluie, même quand tout en toi te pousse à rester sur le canapé. La lumière naturelle, même voilée par les nuages, reste infiniment plus puissante que n’importe quel éclairage intérieur. Une marche de trente minutes en plein jour hivernal apporte entre 3 000 et 10 000 lux à ta rétine. C’est suffisant pour relancer la production de sérotonine, stimuler la vitamine D (même modestement), activer la circulation sanguine et oxygéner un cerveau qui en a désespérément besoin.

Le carême : le jeûne traditionnel comme outil de purification

Il est fascinant de constater que presque toutes les traditions spirituelles du monde ont placé une période de jeûne ou de restriction alimentaire à la fin de l’hiver. Le Carême chrétien (de fin février à début avril), le Ramadan (qui tombe parfois en hiver selon le calendrier lunaire), le Navratri hindou, le Vassa bouddhiste. Ce n’est pas un hasard. Avant d’être des pratiques religieuses, ces périodes de restriction étaient des nécessités physiologiques que la sagesse populaire avait codifiées en rituels sacrés.

Bonnejoy fait explicitement le lien entre restriction calorique, jeûne et carême dans sa description de l’hiver. Pour lui, cette période de privation n’est pas une pénitence. C’est un processus de purification biologique. Après des mois de ralentissement métabolique, d’alimentation plus lourde (viandes, féculents, graisses de conservation), le corps a besoin d’un temps de repos digestif pour éliminer les surcharges accumulées et préparer le renouveau printanier.

Le jeûne intermittent moderne, avec sa fenêtre alimentaire de huit heures et ses seize heures de repos digestif (le fameux 16:8), n’est rien d’autre que la version contemporaine de cette sagesse ancestrale. Pendant les heures de jeûne, le corps active l’autophagie, ce mécanisme cellulaire de nettoyage qui recycle les protéines endommagées, élimine les organites défectueux et renouvelle les cellules vieillissantes. L’autophagie est particulièrement active la nuit et en période de restriction calorique, ce qui fait de l’hiver le moment idéal pour cette pratique.

Mais attention. Le jeûne n’est pas un acte anodin. Il ne convient pas à tout le monde, et certainement pas à n’importe quel moment. Une personne épuisée, carencée, en hypothyroïdie sévère ou en insuffisance surrénalienne n’a rien à gagner à jeûner. Le jeûne est un outil de purification pour un organisme qui en a les ressources. C’est pourquoi Bonnejoy parle de restriction calorique et de repos digestif avant de parler de jeûne. On commence par alléger, par simplifier, par espacer les repas. On supprime les aliments les plus encrassants : sucres raffinés, produits laitiers pasteurisés, viandes grasses, alcool, café. On revient aux soupes, aux bouillons, aux compotes, aux tisanes. Et si le corps est suffisamment fort, si la force vitale est suffisante, alors on peut envisager un jeûne de courte durée sous supervision.

La transition du carême vers le printemps est un moment charnière. Le corps, allégé par des semaines de restriction, est comme un jardin préparé pour les semailles. Les émonctoires sont décongestionnés, les humeurs sont plus propres, la force vitale remonte. C’est le moment où les premières cures de printemps prennent tout leur sens : jus de bouleau, cure de sève, détox printanière par les plantes hépatiques et rénales. L’hiver aura préparé le terrain. Le printemps pourra l’ensemencer.

Et après l’hiver ?

L’hiver n’est pas une parenthèse. C’est un chapitre essentiel du grand cycle annuel de la santé. Sans lui, le printemps perd son sens. Sans la restriction hivernale, la détox printanière n’a rien à détoxifier. Sans le repos de la saison froide, le renouveau de la saison claire n’a pas de fondation sur laquelle s’appuyer.

Pense à l’arbre. En hiver, il semble mort. Ses branches nues se découpent sur un ciel gris, et rien ne laisse présager la débauche de vie qui l’attend. Mais sous l’écorce, dans les racines, dans la sève descendante, un travail immense se fait dans l’invisible. L’arbre ne dort pas. Il se prépare. Il concentre ses ressources, il renforce ses structures profondes, il accumule les réserves qui lui permettront, au premier signal du printemps, d’exploser en bourgeons, en feuilles, en fleurs, en fruits. Ton corps fait exactement la même chose, à condition que tu le laisses faire.

Quand les premières orties pointeront en mars et que les bourgeons éclateront sur les branches nues, ton corps sera prêt pour le renouveau. Découvre comment la naturopathie t’accompagne au printemps, quand les émonctoires se rouvrent et que la force vitale remonte comme la sève dans les arbres. Et si tu veux comprendre comment ce cycle se poursuit tout au long de l’année, explore aussi la naturopathie en été et en automne, car chaque saison apporte ses propres exigences et ses propres cadeaux.

Mais pour l’instant, si tu lis ces lignes en plein coeur de l’hiver, fais-toi ce cadeau : éteins ton écran un peu plus tôt ce soir, prépare-toi une soupe de poireaux et de carottes, bois une tisane de thym au miel, et couche-toi avec la nuit. Ton corps sait exactement quoi faire du repos que tu lui offres. Il l’attend depuis des mois. Il l’attend depuis toujours. Tu veux evaluer ton statut ? Fais le questionnaire melatonine gratuit en 2 minutes.


Pour aller plus loin

Tu veux approfondir ce sujet ?

Chaque semaine, un enseignement de naturopathie orthodoxe, une recette de jus et des réflexions sur le terrain.

Questions fréquentes

01 Pourquoi la restriction calorique est-elle recommandee en hiver ?

Le Dr Bonnejoy, hygieniste du XIXe siecle, observait que l'hiver correspond a 'la mort de la nature' ou l'Homme doit suivre la loi commune a tous les etres : restriction calorique, repos digestif, jeune et careme. Cette restriction permet au corps de se purifier, de restaurer ses fonctions digestives et de preparer le renouveau printanier. C'est un cycle naturel que nos ancetres respectaient instinctivement.

02 Les rhumes et grippes sont-ils vraiment des 'crises d'elimination' ?

Selon Marchesseau, pere de la naturopathie francaise, les maladies hivernales ne sont pas des ennemis mais des tentatives du corps pour eliminer les surcharges toxiniques accumulees. Fievre, mucus, transpiration sont des mecanismes de nettoyage. Plutot que de supprimer ces symptomes avec des medicaments, le naturopathe les accompagne en soutenant les emonctoires et en laissant le corps faire son travail de purification.

03 Comment renforcer son immunite en hiver ?

Trois piliers : le [zinc](/articles/zinc-carence-signes-solutions-naturelles) (huitres, graines de courge, lentilles) qui est le mineral de l'immunite, la vitamine D en supplementation (l'ensoleillement est insuffisant sous nos latitudes), et le sommeil suffisant (huit a neuf heures par nuit en hiver). Le froid hormetique par douches fraiches progressives selon la methode [Kneipp](/articles/kneipp-hydrotherapie-froid-naturopathie) stimule aussi puissamment les defenses naturelles.

04 Est-il normal de dormir plus en hiver ?

Absolument. Les nuits longues de l'hiver sont un signal biologique : le corps produit plus de melatonine, l'hormone du sommeil, en reponse a l'obscurite prolongee. Vouloir dormir huit ou neuf heures en hiver est parfaitement physiologique. Respecter ce besoin renforce l'immunite, permet la reparation cellulaire et prepare le corps pour le renouveau printanier. Pour approfondir, consulte [mon article sur le sommeil](/articles/bien-dormir-naturellement).

05 Quels aliments privilegier en hiver ?

Le Dr Bonnejoy liste pour janvier-fevrier-mars : choux de toutes especes, betteraves, carottes, celeri, navets, poireaux, lentilles, champignons et pommes de terre de garde. Cote fruits : pommes, poires, chataignes, noix, noisettes, amandes, dattes et agrumes (oranges, pamplemousses). Les epices rechauffantes (gingembre, curcuma, cannelle) completent l'alimentation hivernale.

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