Elle s’appelle Françoise, elle a 62 ans, et elle a peur. Pas d’un cancer, pas d’un infarctus. Elle a peur de perdre la tête. Sa mère est morte à 78 ans dans un EHPAD, incapable de reconnaître ses propres enfants. Sa tante maternelle a suivi le même chemin. Françoise oublie où elle a posé ses clés. Elle cherche un mot en pleine conversation. Elle se trompe de code de carte bleue. Son médecin lui dit : « C’est l’âge, ne vous inquiétez pas. » Et elle ne s’inquiète pas. Elle attend. Comme tout le monde. Parce qu’on lui a dit qu’Alzheimer est génétique, qu’il n’y a rien à faire, que c’est une fatalité.
Quand le Pr Vincent Castronovo, professeur de biochimie et de micronutrition, ouvre son cours sur Alzheimer au DU de Micronutrition, il commence par un chiffre qui fait tomber un silence dans l’amphithéâtre : un nouveau cas de démence toutes les 3 secondes dans le monde1. 46,8 millions de personnes vivent avec une démence en 2015. 74,7 millions en 2030. 131,5 millions en 2050. Et il ajoute immédiatement que Pfizer a abandonné la recherche en 2018, que Roche a fait de même en 2019, et que les quatre médicaments anti-Alzheimer ne sont plus remboursés en France depuis août 20182. Quatre médicaments qui traitaient les symptômes. Pas un seul qui s’attaquait aux causes. L’impasse thérapeutique est totale.
« La maladie d’Alzheimer est une maladie multifactorielle complexe qui ne peut être évitée ou prise en charge par une modalité thérapeutique unique. Chaque patient a un chemin différent. » Pr Vincent Castronovo, DU de Micronutrition
Ce que ton neurologue appelle dégénérescence est en réalité un dérèglement métabolique
La maladie d’Alzheimer (MA) est une démence neurodégénérative due à une mort progressive des cellules nerveuses à prédominance corticale. Elle touche en premier lieu les fonctions cognitives : la mémoire surtout : puis se répercute sur le comportement et l’adaptation sociale3. Dans 75 % des formes débutantes, ce sont les troubles de la mémoire qui apparaissent en premier. Pas la mémoire ancienne, qui est préservée longtemps, mais la capacité à retenir des informations nouvelles et à se projeter dans le temps. Puis viennent les troubles du langage (aphasie), de la gestuelle (apraxie), de la reconnaissance (agnosie) et des fonctions exécutives.
Comme je l’explique dans l’article sur le cerveau et la cognition, les neurones ne se divisent quasiment pas et doivent durer toute la vie. Quand ils meurent, ils ne sont pas remplacés. Et dans Alzheimer, la mort neuronale résulte de la conjugaison de deux mécanismes dégénératifs qui se cumulent.
Le premier : les plaques amyloïdes. La protéine précurseur de l’amyloïde (APP), normalement présente dans les membranes neuronales, est clivée par des enzymes appelées sécrétases. Quand le clivage est anormal (bêta-sécrétase puis gamma-sécrétase au lieu d’alpha-sécrétase), il produit des peptides bêta-amyloïdes de 40 à 42 acides aminés qui s’agrègent en plaques insolubles entre les neurones4. Ces plaques sont toxiques. Elles déclenchent une inflammation locale, attirent la microglie activée, et provoquent la mort des neurones environnants.
Le deuxième : la protéine tau hyperphosphorylée. La protéine tau, comme je l’ai détaillé dans l’article sur la neurobiologie, stabilise les microtubules qui constituent l’autoroute du transport axonal. Quand elle est hyperphosphorylée : c’est-à-dire quand elle porte trop de groupements phosphate :, elle se détache des microtubules, s’agrège en amas insolubles appelés dégénérescences neurofibrillaires, et les microtubules se désassemblent. Le transport axonal s’effondre. Le neurone meurt, isolé et affamé.
ApoE4 : le gène qui ne condamne pas mais qui expose
L’apolipoprotéine E (ApoE) est une protéine du métabolisme lipidique. Elle existe sous trois isoformes : ApoE2, ApoE3 et ApoE4, caractérisées par la présence d’une arginine ou d’une cystéine en position 112 et 1585. La présence d’un ou deux allèles E4 de l’ApoE est un facteur de risque de survenue de la maladie d’Alzheimer. Pas une condamnation. Un facteur de susceptibilité.
Les porteurs de deux allèles ApoE4 ont un risque significativement plus élevé. Mais Castronovo insiste : ce risque est modulable. L’ApoE4 affecte la clairance de l’amyloïde : la capacité du cerveau à éliminer les plaques. Elle prend une forme tridimensionnelle aberrante et pathologique. Et elle est associée non seulement à Alzheimer mais aussi aux accidents vasculaires cérébraux, à la maladie de Parkinson, à la sclérose latérale amyotrophique, à la sclérose en plaques, à l’apnée du sommeil et à la neuropathie diabétique6.
Et voici le point capital : les porteurs d’ApoE4 sont aussi beaucoup plus vulnérables à la toxicité du mercure. Le polymorphisme ApoE constitue un facteur de susceptibilité génétique bien documenté dans la toxicité mercurielle. Les porteurs de deux APOE2 sont les moins exposés au risque. Ceux qui possèdent deux APOE4 ont un risque maximal7. C’est le croisement entre génétique et exposome qui fait la maladie, pas le gène seul.
L’acétylcholine : le neurotransmetteur de la mémoire qu’on oublie de nourrir
L’acétylcholine est le neurotransmetteur clé de l’apprentissage et de la mémorisation. C’est lui que les médicaments anti-Alzheimer cherchaient à protéger : les inhibiteurs de la cholinestérase (Aricept, Exelon, Reminyl) empêchaient sa dégradation dans la fente synaptique. Mais ils ne fabriquaient pas d’acétylcholine8.
L’acétylcholine provient de la lécithine et de la choline, des matières grasses que l’on trouve dans l’alimentation : légumineuses, certaines huiles végétales, œuf, abats (foie, cœur, rognons, cervelle), poissons et fruits de mer. Sa synthèse nécessite la choline acétyltransférase, qui utilise l’acétyl-CoA (produit dans les mitochondries) et la choline comme substrats. Si les mitochondries sont dysfonctionnelles : ce qui est le cas dans le vieillissement cellulaire :, la production d’acétyl-CoA diminue. Si l’alimentation est pauvre en choline, le substrat manque. Le neurotransmetteur n’est plus fabriqué en quantité suffisante. Et aucun médicament ne peut compenser ce déficit de fabrication.
La citicoline (CDP-choline) et la phosphatidylcholine sont les précurseurs les plus directs. Le DHA, comme je l’explique dans l’article sur les oméga-3, assure la fluidité membranaire nécessaire au fonctionnement des récepteurs cholinergiques. Sans fluidité membranaire, même l’acétylcholine disponible ne peut transmettre son signal.
Les facteurs de risque modifiables que personne ne regarde
Castronovo identifie les facteurs prédisposants d’Alzheimer. L’âge est le premier, évidemment. Mais juste derrière viennent les facteurs vasculaires : hypertension, diabète, dyslipidémie : puis l’allèle E4, les antécédents familiaux, le niveau d’étude, le statut social, la dépression, les traumatismes crâniens9. Et les facteurs protecteurs : haut niveau d’éducation, consommation modérée d’alcool, consommation de poisson au moins une fois par semaine, et facteurs nutritionnels dont les antioxydants.
Ce qui frappe, c’est que la majorité de ces facteurs sont modifiables. L’insulinorésistance, que je détaille dans l’article sur le syndrome métabolique, prive le cerveau de glucose. Certains chercheurs parlent de diabète de type 3 pour désigner la composante métabolique d’Alzheimer. L’homocystéine élevée : que j’aborde dans l’article sur le cholestérol : est neurotoxique et accélère l’atrophie cérébrale. Le stress oxydatif mitochondrial, décrit dans l’article sur le vieillissement, détruit les neurones de l’intérieur. La dysbiose intestinale produit des endotoxines (LPS) qui franchissent la barrière hémato-encéphalique et activent la microglie en mode inflammatoire chronique.
Tout est lié. Et tout est modifiable.
Le concept de la passoire : une approche globale, pas un miracle
Castronovo utilise la métaphore de la passoire pour expliquer Alzheimer. Imagine une passoire avec 36 trous. L’eau qui s’écoule représente la neurodégénérescence. Chaque trou est un facteur de risque : inflammation, stress oxydatif, métaux lourds, glycation, insulinorésistance, déficit en B12, carence en DHA, sédentarité, pollution, dysbiose, apnée du sommeil, dépression, isolement social. Si tu bouches un seul trou, l’eau continue de couler par les 35 autres. Il faut boucher le maximum de trous simultanément10.
C’est pourquoi les médicaments ont échoué. Ils bouchaient un seul trou. L’approche micronutritionnelle, couplée à l’activité physique et à la gestion du stress, en bouche dix, vingt, trente à la fois.
Le protocole nutritionnel cible simultanément :
La protection membranaire : DHA à haute dose (au moins 1 g/jour d’EPA+DHA, ratio DHA > EPA pour le cerveau). L’index oméga-3 érythrocytaire cible est de 8 à 10 %, comme pour la protection cardiovasculaire. Le DHA représente 40 % des acides gras des membranes neuronales. Sans DHA, pas de fluidité membranaire, pas de transmission synaptique.
Le contrôle de l’homocystéine : vitamines B6 (pyridoxal-5-phosphate, forme active), B9 (5-MTHF, pas l’acide folique synthétique) et B12 (méthylcobalamine). L’homocystéine cible : sous 7 µmol/L. L’hyperhomocystéinémie est un facteur de risque indépendant de démence et d’atrophie cérébrale.
L’énergie mitochondriale : CoQ10 (ubiquinol), acide alpha-lipoïque, vitamines B1 (thiamine pyrophosphate, cofacteur du complexe pyruvate déshydrogénase), B2 (riboflavine, précurseur du FAD), B3 (niacine, précurseur du NAD). Les mitochondries cérébrales consomment 20 % de l’oxygène total du corps. Sans cofacteurs, la chaîne respiratoire fuit des électrons qui deviennent des radicaux libres : exactement le mécanisme décrit dans le cours de Castronovo sur le stress oxydant.
La neuroprotection directe : vitamine D (immunomodulation, le récepteur VDR est présent dans l’hippocampe), zinc (cofacteur de plus de 300 enzymes dont la SOD cuivre-zinc), magnésium (régulation de l’excitotoxicité glutamatergique : le magnésium bloque les récepteurs NMDA, protégeant les neurones de la suractivation), curcumine (anti-inflammatoire cérébral, traverse la barrière hémato-encéphalique).
La détoxication : chélation douce des métaux lourds chez les porteurs d’ApoE4, soutien des phases de détoxication hépatique (glutathion, NAC, chardon-marie), limitation de l’exposition au mercure (amalgames dentaires, grands poissons prédateurs).
L’activité physique : comme je l’explique dans l’article sur le sport et les maladies chroniques, l’exercice stimule la production de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), le facteur de croissance des neurones. Il améliore la sensibilité à l’insuline cérébrale, augmente le flux sanguin cérébral, et stimule la neurogenèse hippocampique.
Quand commencer : la fenêtre de 20 ans que personne ne t’explique
Les lésions cérébrales d’Alzheimer commencent 15 à 20 ans avant les premiers symptômes cliniques. Quand Françoise oublie ses clés, le processus est déjà avancé. Quand le diagnostic est posé, la moitié des neurones hippocampiques ont déjà disparu. La prévention ne peut pas commencer au diagnostic. Elle doit commencer maintenant, dès 40-50 ans, par un bilan de micronutrition complet11.
Le dépistage génétique ApoE4 est simple, une prise de sang. Il ne condamne pas. Il oriente la stratégie. Un porteur d’ApoE4 sera plus vigilant sur les métaux lourds, plus strict sur les oméga-3, plus attentif à son insulinorésistance. Un non-porteur n’est pas à l’abri pour autant : 50 % des patients Alzheimer ne portent pas l’allèle E4.
Retard de 2 ans à la demande de première consultation. 50 % de patients non diagnostiqués. 1 patient sur 5 traité. 72 % des patients en institution sont déments12. Ces chiffres sont ceux de l’échec d’une médecine qui attend la maladie au lieu de la prévenir. La naturopathie et la micronutrition proposent l’inverse : agir sur le terrain avant que la passoire ne soit percée de partout.
Françoise n’est pas condamnée par ses gènes. Elle est condamnée par l’absence de prévention. Et ça, c’est réversible.
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Pour aller plus loin
- Cerveau et cognition : ce que la neurobiologie t’apprend sur la protection de tes neurones
- Bilan de micronutrition : les 7 analyses que ton médecin ne prescrit jamais
- Cancer et alimentation : ce que la micronutrition change dans l’équation
- Acétylcholine : le neurotransmetteur oublié de ta mémoire
Footnotes
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World Alzheimer Report 2015, Alzheimer’s Disease International. 9,9 millions de nouveaux cas de démence par an dans le monde. ↩
-
Arrêté du ministère de la Santé, Journal Officiel, juin 2018. Fin du remboursement des quatre médicaments anti-Alzheimer (Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl). ↩
-
Pr Vincent Castronovo, cours « Maladie d’Alzheimer et Micro-Nutrition », DU de Micronutrition MAPS 2020. ↩
-
Ibid. Mécanismes dégénératifs : plaques amyloïdes (clivage anormal de l’APP par bêta et gamma-sécrétases) et dégénérescences neurofibrillaires (protéine tau hyperphosphorylée). ↩
-
Ibid. Polymorphisme de l’apolipoprotéine E : trois isoformes (ApoE2, ApoE3, ApoE4) caractérisées par arginine ou cystéine en positions 112 et 158. ↩
-
Ibid. Pathologies associées au polymorphisme ApoE4 : AVC, Parkinson, SLA, SEP, apnée du sommeil, neuropathie diabétique. ↩
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Ibid. ApoE4 et toxicité du mercure : les porteurs de deux APOE4 ont un risque maximal de neurotoxicité mercurielle. ↩
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Ibid. L’acétylcholine provient de la lécithine et de la choline alimentaires (légumineuses, œufs, abats, poissons). ↩
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Ibid. Facteurs prédisposants : âge, facteurs vasculaires, ApoE4, ATCD familiaux, niveau d’étude, dépression, traumatisme crânien. ↩
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Ibid. Le concept de la passoire : approche multifactorielle personnalisée, chaque patient ayant un chemin différent. ↩
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Ibid. Les lésions précèdent les symptômes de 15 à 20 ans. Prévention recommandée dès 40-50 ans. ↩
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Ibid. Épidémiologie : 50 % non diagnostiqués, 1/5 traité, 72 % des résidents en institution sont déments. ↩
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