Elle s’appelle Léa, elle a 33 ans. Quand elle s’est assise en face de moi, elle m’a tendu un classeur entier d’analyses biologiques. Deux ans de parcours PMA, quatre inséminations, un transfert d’embryon. Son gynécologue lui avait prescrit de l’acide folique en pharmacie et lui avait dit que ses analyses étaient « normales ». Normales. Sa ferritine était à 18. Son homocystéine à 14. Sa TSH à 3,8. Son zinc n’avait jamais été dosé. Son magnésium non plus. Normal, dans les normes du laboratoire. Mais ces normes-là ne sont pas des normes de santé. Ce sont des moyennes statistiques calculées sur une population déjà carencée.
Les chiffres sont sans appel. L’étude Hercberg, coordonnée par l’Institut Pasteur de Lille et publiée sur un échantillon représentatif de la population du Val-de-Marne, a montré que 95 % des femmes en âge de procréer ne reçoivent pas les apports recommandés en fer. 100 % d’entre elles sont en dessous du seuil optimal de zinc (15 mg/jour), et 80 % sont carencées en magnésium. Et c’est dans cet état nutritionnel que la majorité des femmes démarrent une grossesse.
« Les normes de laboratoire reflètent la moyenne d’une population malade, pas un objectif de santé. » Dr Thierry Hertoghe
Pourquoi ton médecin passe à côté
Le bilan prescrit en médecine conventionnelle avant une grossesse se résume souvent à une NFS, une sérologie toxoplasmose-rubéole, un groupe sanguin et parfois une glycémie à jeun. C’est un bilan d’exclusion. Il cherche à vérifier qu’il n’y a pas de pathologie grave. Mais il ne cherche pas à optimiser le terrain. Il ne dose ni l’homocystéine, ni le zinc, ni le sélénium, ni la balance d’acides gras, ni le magnésium érythrocytaire. Or ce sont précisément ces marqueurs qui déterminent la capacité d’une femme à mener une grossesse à bien et à donner à son enfant les meilleures conditions de développement.
Le Dr Jean-Paul Curtay, dans Nutrithérapie (tome 1), rappelle que la plupart des femmes arrivent au moment de la conception avec des apports déjà inférieurs aux apports recommandés. Elles ont subi durant des années des facteurs de surutilisation des micronutriments : pilule contraceptive (qui épuise les réserves de B6, B9, B12, zinc et magnésium), stress chronique, alimentation appauvrie, grossesses antérieures. Les modifications physiologiques induites par la grossesse modifient ensuite les besoins dans des proportions jamais négligeables. Le zinc plasmatique baisse progressivement, le magnésium chute au dernier trimestre, l’excrétion urinaire des folates augmente. Et le nouveau-né concentre la plupart des vitamines de la mère, la laissant en état de déplétion.
Même avec un régime étudié et adapté, l’alimentation seule n’est pas en mesure d’apporter tous les micronutriments aux doses nécessaires, notamment pour le zinc et les folates (Keen, 1994). C’est pourquoi le bilan biologique préconceptionnel n’est pas un luxe. C’est une nécessité.
L’homocystéine : le marqueur que personne ne dose
Si tu ne devais retenir qu’un seul marqueur, ce serait celui-là. L’homocystéine est un acide aminé soufré produit par le cycle de la méthylation. La méthylation est une réaction biochimique qui s’opère des milliards de fois par seconde à travers l’ensemble de nos cellules. Elle intervient dans la synthèse des nucléotides, la formation et la réparation de l’ADN, la méthylation des protéines et le métabolisme de l’homocystéine elle-même.
Un excès d’homocystéine résultant d’une carence en vitamines B ou d’une consommation excessive d’alcool est lié à un risque majeur de complications. Selon Hertoghe et Steegers-Theunissen (1992), le risque de fausse couche est multiplié par 3 à 5 lorsque le taux d’homocystéine de la mère dépasse 12,5 à 14 micromol/L. Ce risque s’étend aux malformations cardiaques congénitales, à la prééclampsie et au décollement placentaire. L’objectif optimal est simple : inférieure à 7 micromol/L.
Pour recycler l’homocystéine en méthionine, le corps a besoin de quatre cofacteurs essentiels. La vitamine B9, sous forme de 5-méthyltétrahydrofolate (et non d’acide folique synthétique, j’y reviendrai). La vitamine B12, sous forme de méthylcobalamine. La vitamine B6, sous forme de pyridoxal-5-phosphate. Et le zinc, cofacteur enzymatique de la réaction. Si un seul de ces cofacteurs manque, l’homocystéine s’accumule. Et les conséquences sur le fœtus sont directes.
La MTHFR : quand tes gènes compliquent les choses
La MTHFR (méthylène tétrahydrofolate réductase) est l’enzyme responsable de la conversion de la vitamine B9 en sa forme active, le 5-MTHF. C’est cette forme active qui, avec la B12, enclenche le processus de méthylation. Or nous portons tous dans notre patrimoine génétique des combinaisons de gènes qui « codent » plus ou moins efficacement.
La mutation la plus fréquente est le polymorphisme C677T. En version hétérozygote (un seul allèle muté), l’activité enzymatique baisse d’environ 35 %. En version homozygote (677TT, les deux allèles mutés), l’activité tombe à 25 % seulement. Cela signifie que le corps convertit quatre fois moins de B9 en forme active. L’homocystéine s’accumule, les folates de synthèse (acide folique des pharmacies) ne sont pas correctement métabolisés, et le risque de complications obstétricales augmente. Si tes taux d’homocystéine restent élevés malgré une supplémentation, ou si tu accumules de la B9 sanguine non métabolisée, mesurer ton polymorphisme MTHFR devient pertinent. La solution est d’augmenter graduellement la supplémentation en 5-MTHF jusqu’à trouver ta dose de croisière.
La thyroïde : le verrou silencieux de la fertilité
Les troubles thyroïdiens figurent parmi les affections endocriniennes les plus fréquentes chez les femmes en âge de procréer. Ce que la plupart des femmes ignorent, c’est que une sur cinq ayant fait une fausse couche ou rencontrant des problèmes de fertilité a un trouble thyroïdien non diagnostiqué (Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism). L’hypothyroïdie entraîne une élévation de la TSH qui intensifie la fréquence et l’intensité des règles et conduit à une absence d’ovulation. L’hyperthyroïdie dérègle la GnRH et provoque des cycles irréguliers.
L’American Thyroid Association recommande de maintenir une TSH inférieure à 2,5 mUI/L pour optimiser la fertilité. Or les normes de laboratoire vont jusqu’à 4,5. Une femme avec une TSH à 3,8 est considérée « normale » par son médecin, alors qu’elle est au-dessus du seuil recommandé pour la conception. Le panel thyroïdien préconceptionnel doit inclure TSH, T3 libre, T4 totale et surtout les anticorps anti-TPO, qui constituent un facteur indépendant de fausse couche même en l’absence d’hypothyroïdie franche. J’ai détaillé les cofacteurs thyroïdiens dans l’article sur la thyroïde et la micronutrition : iode, sélénium, zinc, fer, tyrosine, vitamine D et vitamine A sont les briques de base de la fonction thyroïdienne.
Au cours des quatre premiers mois de grossesse, la thyroïde maternelle assure 100 % de l’apport en T3 au fœtus. Les hormones T4 ne traversent pas le placenta. Si la mère ne convertit pas correctement sa T4 en T3, le cerveau du fœtus en développement en subit directement les conséquences : retard de développement psychomoteur et intellectuel.
Les normes optimales vs les normes de laboratoire
C’est ici que la vision naturopathique diffère fondamentalement de l’approche conventionnelle. Les normes de laboratoire sont calculées en additionnant l’ensemble des résultats de l’année précédente, en retirant les 2,5 % de valeurs extrêmes hautes et basses. Ce qui vous donne une norme pondérée sur une population… déjà carencée. Le Dr Hertoghe, dans son Textbook of Nutrient Therapy, propose des normes optimales basées sur les observations cliniques et un nombre considérable d’études.
L’écart entre les deux est parfois vertigineux. Une ferritine à 20 ng/mL est dans la norme du labo, mais l’objectif préconceptionnel selon Curtay est de 80 à 100 ng/mL, à atteindre idéalement par l’alimentation car une supplémentation en fer minéral comporte des risques pro-oxydants majeurs. Le magnésium sérique est un marqueur quasi inutile : il ne reflète que 1 % du stock total de l’organisme. C’est le magnésium érythrocytaire qu’il faut doser, avec un objectif de 2,2 à 2,6 mmol/L. Et l’étude du Val-de-Marne montre que 80 % des femmes sont en dessous de ce seuil.
Le zinc mérite une attention particulière. 100 % des femmes en âge de procréer ne reçoivent pas les 15 mg recommandés par l’alimentation, et 75 % d’entre elles en reçoivent moins des deux tiers (Curtay). Un manque de zinc pendant les premières semaines de grossesse entraîne un risque accru de fausse couche, de malformations congénitales, de retards de croissance et de complications lors de l’accouchement. Le taux de zinc plasmatique mesuré avant l’accouchement est un puissant facteur prédictif des conditions de déroulement de l’accouchement.
Les acides gras et la balance glucidique
Le cerveau d’un bébé contient un tiers d’EPA, un acide gras polyinsaturé synthétisé à partir d’oméga-3. Les gaines de myéline du système nerveux contiennent un tiers de DHA, un autre dérivé des oméga-3. L’ensemble des cellules du fœtus ont besoin d’EPA et de DHA pour constituer des membranes cellulaires fonctionnelles. Or il est fréquent d’avoir une mauvaise balance d’acides gras, avec une prédominance massive d’oméga-6 pro-inflammatoires au détriment des oméga-3.
Le rapport oméga-3/oméga-6 est abaissé chez les mères d’enfants prématurés (Reece, 1997). La balance d’acides gras érythrocytaire est l’examen de choix pour évaluer ce ratio. Et les oméga-3 sont très fragiles : ils s’oxydent rapidement, ce qui rend la qualité de la supplémentation critique. La cuisson douce et les huiles de première pression à froid (cameline, lin, noix) sont les bases d’un apport alimentaire correct.
La balance glucidique est un autre axe souvent négligé. Le dosage de l’HOMA (marqueur d’insulinorésistance) et de l’HbA1c (hémoglobine glyquée) permet de dépister une intolérance au glucose précoce. Le déficit en vitamine B6 est un facteur majeur d’intolérance au glucose chez la femme enceinte (Curtay), et le magnésium est un facteur essentiel de la tolérance au glucose. Les femmes présentant un SOPK sont particulièrement à risque d’insulinorésistance et doivent faire l’objet d’un dépistage systématique avant la conception.
Le timing : 6 à 12 mois avant
Curtay est catégorique : les conseils préconceptionnels doivent être suivis au minimum 6 mois avant la conception, idéalement un an. Et ils valent aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Le père fumeur est la première cause de fausse couche (l’ADN des spermatozoïdes est irradié par le tabac). Un père fumeur augmente le risque de leucémie de l’enfant de 50 %. Si les deux parents fument, ce risque est multiplié par quatre.
La supplémentation en acide folique débutée avant la conception a permis de réduire le risque et la récidive de malformations du tube neural (Milunsky, 1989). Il est recommandé de commencer trois mois avant. Pour le magnésium, la supplémentation n’améliore le développement fœtal que si elle débute au premier trimestre. Et pour la ferritine, atteindre un taux optimal de 80 à 100 ng/mL par l’alimentation (foie de volaille, boudin noir, sardines, lentilles) prend plusieurs mois.
Concrètement, le premier rendez-vous consiste à croiser l’anamnèse (questionnaires, symptômes, antécédents) avec le bilan biologique. Rappelle-toi que seul un médecin ou un biologiste est habilité à interpréter officiellement une analyse. Les biologistes de réseaux comme Bio Avenir le font gratuitement. Le naturopathe, lui, travaille sur le terrain : il croise les marqueurs avec les symptômes pour individualiser le protocole alimentaire et de supplémentation. Comme le rappelait Marchesseau, l’individualisation est la clé.
Ce que la naturopathie ne fait pas
La naturopathie accompagne la préparation à la conception. Elle ne se substitue ni au suivi gynécologique ni au bilan médical de fertilité. Si tu as des antécédents de fausses couches à répétition, de règles douloureuses ou de troubles thyroïdiens, le bilan médical complet est indispensable. L’anémie gravidique est un facteur de risque majeur qui multiplie par 2,5 à 3 le risque de prématurité et de faible poids à la naissance.
Le bilan périconception naturopathique ne remplace pas le médecin. Il complète ce que le médecin ne fait pas : doser les cofacteurs, évaluer le terrain, anticiper les carences. Six mois de préparation peuvent faire la différence entre une grossesse chaotique et une grossesse sereine.
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Pour aller plus loin
- Thyroïde et fertilité : le verrou que personne ne lève
- Alimentation et grossesse : ce que tu manges programme ton bébé
- Périconception : les suppléments que ton gynécologue ne connaît pas
- Vitamine B9 (folates) : méthylation, grossesse et homocystéine
Sources
- Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie. Tome 1. Boiron, 2008.
- Hercberg, S. et al. « Consommation alimentaire d’un échantillon représentatif de la population du Val-de-Marne. » Rev. Epidem. Santé Publ. 39 (1991) : 245-261.
- Hertoghe, Thierry. Textbook of Nutrient Therapy. International Medical Books, 2019.
- Steegers-Theunissen, R.P.M et al. « Hyperhomocysteinemia and recurrent spontaneous abortion. » Lancet (1992).
- Keen, C.L et al. « Should vitamin-mineral supplements be recommended for all women with childbearing potential? » Am. J. Clin. Nutr. 59 (1994) : 532S-539S.
« Laissons la maladie aux médecins, c’est leur métier et ils le font merveilleusement bien. Et laissons au naturopathe le soin de trouver l’homme sain derrière le malade. » Pierre-Valentin Marchesseau
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