Quand j’entends « mon gynécologue m’a prescrit de l’acide folique et du fer avec de la vitamine C pour préparer ma grossesse », je sais qu’on va avoir une longue conversation. Ce n’est pas que le gynécologue a tort. C’est qu’il applique un protocole standardisé qui date des années 1990, basé sur des formes synthétiques bon marché, sans tenir compte des avancées en nutrithérapie ni des particularités génétiques de chaque femme. Supplémenter une future maman avec une seule vitamine, c’est comme arroser un seul coin d’un jardin en espérant que tout pousse.
Le Dr Jean-Paul Curtay, dans Nutrithérapie, pose le constat sans détour : même avec un régime étudié et adapté à la grossesse, l’alimentation n’est pas en mesure d’apporter tous les micronutriments aux doses nécessaires. Et la majorité des femmes arrivent à la conception déjà carencées. Pilule contraceptive, stress chronique, alimentation appauvrie par l’agriculture intensive : les réserves sont au plus bas au moment où les besoins explosent.
« L’individualisation est la clé. Supplémenter une femme avec une seule vitamine est réducteur et potentiellement dangereux. » Dr Jean-Paul Curtay
Folates vs acide folique : la confusion qui peut coûter cher
C’est la première distinction que personne ne t’explique. L’acide folique et les folates ne sont pas la même chose. L’acide folique est un composé synthétique qui n’existait pas avant sa synthèse chimique en 1943. Les folates, eux, regroupent un ensemble de vitamines B9 naturellement présentes dans les aliments (légumes verts, foie, légumineuses).
Le problème est biochimique. L’acide folique, pour être utilisé par ton corps, doit subir une réduction et une méthylation dans le foie via une enzyme appelée dihydrofolate réductase (DHFR). Cette conversion est lente, variable d’une personne à l’autre, et potentiellement incomplète. Si une quantité excessive d’acide folique est prise, elle s’accumule dans le sang sous forme non convertie. Des niveaux élevés d’acide folique non métabolisé ont été liés à certains cancers, ce qui rend la prescription systématique d’acide folique aux femmes enceintes assez scandaleuse au regard des connaissances actuelles.
La forme recommandée est le 5-méthyltétrahydrofolate (5-MTHF). Cette forme est directement assimilable par l’intestin grêle, sans passer par la conversion hépatique. Elle contourne complètement le problème de la MTHFR. Car rappelons-le : 25 % de la population porte la mutation MTHFR 677TT, qui réduit l’activité de cette enzyme à 25 % seulement. Une femme porteuse de cette mutation qui prend de l’acide folique de pharmacie ne convertira qu’un quart de ce qu’elle avale. Le reste s’accumule. J’ai détaillé ce mécanisme dans l’article sur le bilan périconception.
Il est recommandé de démarrer la supplémentation en 5-MTHF au minimum trois mois avant la conception et de la maintenir tout au long de la grossesse. Le rôle des folates dans la fermeture du tube neural (moelle épinière) est bien établi : la supplémentation réduit la fréquence des malformations du tube neural d’environ trois quarts (Milunsky, 1989).
Le fer : pourquoi tu ne dois pas prendre n’importe quoi
C’est peut-être le point le plus contre-intuitif de cet article. Le fer est indispensable, certes. Une anémie multiplie par 2,5 à 3 le risque de prématurité et de faible poids à la naissance. Mais une supplémentation en fer mal conduite est potentiellement plus dangereuse que la carence elle-même.
Le Dr Curtay l’explique sans ambiguïté. Le fer à l’état minéral (fumarate, sulfate, gluconate de fer, les formes classiques en pharmacie) est un minéral fortement pro-oxydant. La réaction de Fenton transforme le fer ferreux (Fe2+) et le peroxyde d’hydrogène (H2O2) en radical hydroxyle (HO*), le deuxième oxydant le plus puissant présent dans la nature après le fluor. Sa durée de vie est de l’ordre du milliardième de seconde. Autant dire qu’aucune étude scientifique ne peut garantir que les antioxydants endogènes (catalase, glutathion peroxydase, SOD) seront au bon endroit, au bon moment et en nombre suffisant pour neutraliser ce radical.
Et il y a pire. On trouve partout des compléments de fer enrichis en vitamine C, présentés comme un « plus » pour l’absorption. Or selon Curtay, le fer catalyse l’oxydation de la vitamine C et engendre des radicaux libres supplémentaires. Bien que la vitamine C potentialise l’absorption du fer (fait indéniable), le prix biologique à payer semble plus élevé que le bénéfice.
Le protocole Curtay est limpide. Si une supplémentation en fer est nécessaire (ferritine basse confirmée par le bilan), il faut protéger l’organisme des effets pro-oxydants par du magnésium (qui régule la pénétration cellulaire du fer) et des polyphénols (qui, contrairement à la vitamine C, restent stables en présence du fer). La lactoferrine est une alternative intéressante : cette protéine naturelle du lait transporte le fer sans générer de radicaux libres. Mais l’idéal reste d’atteindre une ferritine de 80 à 100 ng/mL par l’alimentation (foie de volaille, boudin noir, sardines, lentilles) bien avant la conception, quand on a le temps devant soi.
Le fer doit toujours être pris à distance du zinc, car la supplémentation en fer est un antagoniste puissant de l’absorption du zinc et de la vitamine E.
La B12 : méthylcobalamine, pas cyanocobalamine
La vitamine B12 est essentielle au recyclage de l’homocystéine et à la synthèse de l’ADN. Les sources principales sont exclusivement animales : viande, poisson, œufs. Même les sous-produits animaux (lait, fromage) n’en contiennent qu’en quantité insuffisante. Les végétariennes et les véganes sont systématiquement à risque de carence.
La forme qui circule en pharmacie est la cyanocobalamine, une forme synthétique qui contient un résidu de cyanure (en quantité infime, certes, mais pourquoi choisir cette forme quand il en existe de meilleures ?). La forme recommandée est la méthylcobalamine, directement utilisable par l’organisme sans étape de conversion. Elle participe directement au cycle de la méthylation, celui-là même qui recycle l’homocystéine.
La digestion de la B12 est un processus complexe en trois étapes. Les glandes salivaires sécrètent l’haptocorrine, qui protège la B12 de l’acidité gastrique. L’estomac produit le facteur intrinsèque, qui permet l’absorption dans l’iléon. Si l’une de ces étapes est compromise (gastrite, IPP au long cours, chirurgie bariatrique), l’absorption est altérée et la supplémentation sous forme sublinguale devient nécessaire.
Les oméga-3 : le cerveau de ton bébé en dépend
Le cerveau d’un bébé contient un tiers d’EPA. Les gaines de myéline qui constituent son système nerveux contiennent un tiers de DHA. L’ensemble des cellules du fœtus ont besoin d’EPA et de DHA pour constituer des membranes cellulaires fonctionnelles. Et le fœtus est directement dépendant de la consommation de la mère.
La supplémentation en oméga-3 est très importante pendant les huit premiers mois de grossesse. Cependant, il faut arrêter un mois avant l’accouchement car les EPA et DHA fluidifient le sang et pourraient augmenter le risque hémorragique lors de la délivrance. Choisir un complément avec un indice TOTOX (taux d’oxydation) le plus bas possible est essentiel : les EPA/DHA sont très fragiles et peuvent s’oxyder rapidement. Envoyer des acides gras endommagés au fœtus serait contre-productif. Les garder toujours au réfrigérateur.
Le rapport oméga-3/oméga-6 est abaissé chez les mères d’enfants prématurés. L’alimentation moderne, avec son excès d’huiles de tournesol, de maïs et de soja, crée un déséquilibre massif en faveur des oméga-6 pro-inflammatoires. Les huiles de cameline, de lin et de noix, les poissons gras (sardines, maquereaux, anchois) et la cuisson douce sont les bases d’un apport alimentaire correct.
Les cofacteurs qu’on ne te prescrit jamais
La vitamine D3 agit comme une hormone. Un manque est lié à des perturbations de la croissance squelettique chez l’enfant et à un risque accru de prééclampsie chez la mère. La vitamine D permet également aux hormones thyroïdiennes de pénétrer dans les cellules, ce qui en fait un cofacteur crucial de la thyroïde. L’INSERM recommande la supplémentation dès le début de la grossesse, car la vitamine D est importante dès le premier trimestre pour l’épargne de calcium dans les os maternels, en prévision des 30 g de calcium qui passeront au fœtus au dernier trimestre. Curtay ajoute que les enfants nés de mères carencées en vitamine D présentent des dysmaturités cérébrales et un risque augmenté d’autisme. La D3 végétale issue de lichen est préférable à celle issue de lanoline (graisse de mouton), qui peut contenir des traces de détergents.
Le sélénium protège contre les fausses couches, la prééclampsie, l’accouchement prématuré et le diabète gestationnel. Il est aussi cofacteur de la conversion T4-T3 thyroïdienne, comme je l’explique dans l’article sur la thyroïde et la fertilité. Deux à trois noix du Brésil par jour couvrent les besoins.
Le magnésium est le grand oublié. Ses besoins peuvent être trois fois plus importants d’un individu à un autre selon le niveau de stress. 80 % des femmes sont carencées (Hercberg). Il régule la pénétration cellulaire du fer, la tolérance au glucose, la synthèse d’ATP et plus de 300 réactions enzymatiques. Dans les régions où l’eau est riche en magnésium, la fréquence de la prééclampsie est plus basse. La forme bisglycinate est la mieux tolérée au niveau digestif.
La vitamine C favorise l’ovulation. Les vitamines A et E protègent l’ensemble des acides gras du fœtus (gaines de myéline, cerveau, membranes cellulaires). Et les protéines ne doivent pas être négligées : l’arginine est un acide aminé conditionnellement essentiel pour la croissance embryonnaire et le transfert des nutriments de la mère au fœtus (objectif : 1,4 g/kg/jour de protéines).
Ce qu’il ne faut PAS prendre
Le fer minéral associé à la vitamine C (pour les raisons expliquées ci-dessus). L’acide folique synthétique (au profit du 5-MTHF). Les oméga-3 oxydés (vérifier l’indice TOTOX). Les compléments contenant du cuivre et du manganèse (pro-oxydants, selon Curtay). Et évidemment : zéro alcool (la consommation pendant la grossesse doit être égale à zéro, le cerveau fœtal y est hypersensible), zéro tabac, et une attention particulière aux perturbateurs endocriniens (plastiques, cosmétiques aux parabènes, eau du robinet).
Ce que la naturopathie ne fait pas
La naturopathie ne se substitue pas au suivi obstétrical. Si tu as une anémie sévère (ferritine inférieure à 10), un suivi médical avec supplémentation sous contrôle est indispensable. Le naturopathe travaille en amont, sur la préparation du terrain, et en complément, sur l’optimisation des cofacteurs avec des formes bioactives. Chaque supplémentation doit être individualisée selon un bilan biologique préalable.
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Pour aller plus loin
- Bilan périconception : les analyses que ton médecin oublie
- Alimentation et grossesse : ce que tu manges programme ton bébé
- Grossesse : la micronutrition que personne ne te prescrit
- Post-partum : restaurer ton corps après l’accouchement
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Sources
- Curtay, Jean-Paul. Nutrithérapie. Tome 1. Boiron, 2008.
- Hertoghe, Thierry. Textbook of Nutrient Therapy. International Medical Books, 2019.
- Milunsky, A. et al. « Multivitamin/folic acid supplementation in early pregnancy reduces the prevalence of neural tube defects. » JAMA 262 (1989) : 2847-2852.
- Keen, C.L et al. « Should vitamin-mineral supplements be recommended for all women with childbearing potential? » Am. J. Clin. Nutr. 59 (1994) : 532S-539S.
- DOI : 10.3109/10715768609051638 (Fer et oxydation de la vitamine C).
« Chaque digestion est une bataille. » Paul Carton
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